/sports/opinion/columnists
Navigation

Marc Bergevin poussé à la limite

Coup d'oeil sur cet article

Marc Bergevin perdra peut-être son pari, mais il n’avait plus le choix de tenter sa chance. Matt Duchene lui avait dit non merci même si l’offre du Canadien était supérieure, à ce qu’on dit, à celle des Predators. 

Duchene semblait avoir fait son idée depuis longtemps. Il possédait déjà une propriété à Nashville. Il aime la musique country. De plus, le taux d’imposition ne s’élève qu’à 5 % dans l’État du Tennessee. 

Bergevin savait probablement aussi qu’Anders Lee ne viendrait pas poursuivre sa carrière à Montréal. Le gros attaquant américain a finalement décidé de demeurer capitaine des Islanders de New York. 

Marché inégal 

Ainsi va le marché des joueurs autonomes sans compensation. 

Comme prévu, Sergei Bobrovsky a accepté une offre des Panthers de la Floride, où l’État ne perçoit pas d’impôts comme au Texas (Stars de Dallas), au Nevada (Golden Knights de Vegas), au Dakota du Sud et dans l’État de Washington, qui aura son équipe de la LNH à compter de 2021. 

Artemi Panarin a choisi d’aller jouer sur la grande scène de Broadway, dans la Grosse Pomme. 

La LNH est devenue une entreprise à deux têtes. D’un côté, il y a les équipes américaines, au nombre de 24. De l’autre, le Canada avec ses sept équipes. 

Le commercial télévisé de Molson qui proclame sur les réseaux anglophones que Hockey is a Canadian Game ne tient plus depuis longtemps. Le libre échange favorise toujours les Américains. 

Il y a bien quelques exceptions. L’an dernier, John Tavares a choisi de rentrer à la maison en se joignant aux Maple Leafs de Toronto. Hier, Tyler Myers, un Américain originaire de Houston au Texas qui a grandi à Calgary, a déménagé de Winnipeg à Vancouver. 

 Mais la vague n’est pas forte. 

 Un 35e choix au repêchage 

 Face à ce dilemme, Bergevin a opté pour le marché des joueurs autonomes avec compensations et il n’a pas choisi un deux de pique. 

 Sebastian Aho est doté d’un talent extraordinaire. Qu’il ait été sélectionné au 35e rang à la séance de repêchage de 2015 relève de l’incompréhension. Le Canadien avait choisi le défenseur Noah Juulsen au 26e rang et ne possédait pas de choix au deuxième tour. 

 Aho a disputé une dernière saison en Finlande après avoir été repêché. Il a haussé sa production à chacune de ses trois premières saisons en Caroline, passant de 49 à 65 puis à 83 points. 

 Après avoir redonné espoir à leurs partisans au cours de la dernière saison, les Hurricanes peuvent difficilement le laisser partir. Ils doivent poursuivre sur leur élan. Aho est leur joueur numéro un. 

 Or, on dit que leur propriétaire, Tom Dundon, éprouve des problèmes financiers. En mars dernier, il a déposé une poursuite dans une cour de San Antonio afin de récupérer un magot de 70 millions qu’il avait investi dans l’Alliance of American Football, qui a interrompu ses activités après seulement trois mois d’activités. 

 La décision de retenir ou non les services d’Aho lui reviendra. 

 Aller au max 

 Les chances du Canadien auraient-elles été meilleures si Bergevin était allé au max dans son offre ? 

 Ses partisans pensent que oui. Il suffit de lire leurs réactions dans les réseaux sociaux. Le prix à payer aurait été quatre choix de première ronde pour un salaire dépassant 10 568 589 $. 

 Pour un salaire moyen variant entre 6 341 153 $, le montant proposé à Aho, et 8 454 871 $, la compensation est un choix de première, de deuxième et de troisième ronde. 

 Mon opinion : Bergevin aurait dû miser la totale, ce qui aurait augmenté la compensation monétaire à verser au joueur de centre finlandais pour les deux premières années du contrat. Les Hurricanes n’auraient peut-être pas été disposés à égaler une telle offre. 

 Chaque million compte, n’est-ce pas ? 

 Et l’argent n’est pas un problème pour le Canadien. 

 C’est la même chose pour les Rangers, les Bruins, les Blackhawks, les Flyers ou les Leafs. Dans deux ans, c’est peut-être une de ces équipes qui soumettra une offre hostile à Jesperi Kotkaniemi. 

 La tête sur la bûche 

 Marc Bergevin sait qu’il joue gros pour la prochaine saison. La possibilité que le Canadien puisse rater les séries pour une quatrième fois en cinq ans fait grimacer Geoff Molson. 

 Le Tricolore ne pourra se permettre de récolter moins de points au classement. Il devra aller de l’avant. Ce n’est pas pour rien que Bergevin a choisi de soumettre une offre à Sebastian Aho. Il va se croiser les doigts jusqu’à ce que les Hurricanes fassent connaître leur décision. 

 Il s’en trouve pour dire que tout ça n’est que du baratin, que Bergevin a posé ce geste pour sauver la face auprès du public. 

 Geoff Molson n’a pas caché lors d’une entrevue que j’ai réalisée avec lui, il y a deux semaines, que le marché des joueurs autonomes est difficile pour son organisation. 

 On le sait tous. 

 Bergevin devait tenter quelque chose. D’où cette décision de courtiser Aho qui est le grand gagnant dans tout ça. Si les Hurricanes retiennent ses services, son salaire net sera plus élevé en Caroline puisque le taux d’imposition n’est que de 5,75 %. 

 Une seule option 

 La seule option qui s’offre au CH et aux autres équipes établies au Canada est de faire signer des contrats à long terme à leurs jeunes joueurs de talent. 

 Lorsque les Kotkaniemi, Poehling, Caufield ou Romanov en auront terminé avec leur premier contrat et s’ils ont répondu aux attentes, l’organisation devra faire en sorte de ne pas les exposer à la concurrence. 

 Les contrats-ponts disparaissent progressivement. Nombreux sont les joueurs qui peuvent évoluer dans la LNH à 18, 19 ou 20 ans. Après trois saisons dans la LNH, certains d’entre eux obtiennent des contrats lucratifs. 

 Regardez Sebastian Aho. 

 Pourquoi une équipe ne soumettrait-elle pas une offre à Mitch Marner ? 

 Rien ne l’interdit. C’est prévu dans la convention collective entre l’Association des joueurs et la Ligue nationale. 

 C’est la seule façon, de toute évidence, pour le Canadien d’avoir la chance d’embaucher un joueur autonome de renom.