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Le match arrangé

manifestation ABI
Photo d'archives, Simon Clark

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L’avantage n’est pas au travailleur car les lois et les gouvernements penchent depuis belle lurette du côté du capital et des employeurs. Le couteau sur la gorge et abandonnés par l’État, les travailleurs de l’aluminerie de Bécancour ont plus signifié leur reddition qu’accepter les offres finales d’une multinationale qui roulent sur l’or.

Le ministre Jean Boulet joue la surprise face au pourcentage élevé enregistré pour l’acceptation de ces quatrièmes offres finales, mais il doit rire sous cape après ses interventions et celles du premier ministre pour forcer la main des travailleurs. Pour ajouter à la tragicomédie, l’ancien ministre des finances, Raymond Bachand, qui profite bien du capitalisme, ajoutait son grain de sel dans une lettre ouverte en y allant d’un appel aux travailleurs pour qu’ils se montrent raisonnables. Comme si la pression d’un lock-out et de ministres n’était pas suffisante, les édiles municipaux et les entreprises de la région espéraient une issue prochaine du conflit tout en demeurant muets sur le comportement d’ABI.

Plusieurs experts rappelleront que c’est la paix industrielle au Québec et que les journées de travail perdues à cause de grèves ont presqu’été réduites à néant. Il serait toutefois plus juste d’évoquer une soumission permanente qu’une paix industrielle, alors que le rapport de force des travailleurs a été considérablement amoindri par les délocalisations de production et les lois spéciales au cours des dernières décennies. Les plus longs conflits ont d’ailleurs résulté de lock-out patronaux où ceux-ci s’ingéniaient à contourner sous différentes formes la « loi anti-scabs ».

Dans un monde du travail transformé en jungle, le concept de solidarité s’est sans cesse étiolé alors que chacun tente de sauver sa peau comme il le peut. Pire, il se trouve parfois des profiteurs en marge de ces conflits qui soutirent quelques bénéfices en se substituant aux travailleurs ou en acceptant de réaliser la production en un autre lieu. La poursuite du travail dans les autres alumineries de la province et le manque d’appui des communautés locales auront achevé la résistance.

Les travailleurs d’ABI méritent le respect pour s’être tenu debout dans des conditions perdantes dès le point de départ. Ces conditions perdantes se sont d’ailleurs amplifiées avec l’arrivée d’un gouvernement de gens d’affaire. Les caquistes ont pris parti au lieu d’assumer le rôle d’arbitre qui sied à l’État.