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Qui est encore Charlie ?

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La chose n’a rien de banal, un caricaturiste qui perd ses contrats en raison de tout ce qui a l’apparence d’un délit d’opinion.

Au royaume des Irving

Ça se passe au Noveau-Brunswick où la famille Irving, des raffineries et du conglomérat financier du même nom, est propriétaire de plusieurs journaux. Le caricaturiste Michael de Adder publie des caricatures dans ces journaux depuis 17 ans.

Oui, si longtemps.

Michael de Adder publie des caricatures très critiques de Donald Trump. Mais pas dans les journaux des Irving.

L’autocensure

Le caricaturiste est bien au fait des limites de ce que ses éditeurs dans les journaux des Irving sont prêts à publier. Aussi, sa caricature, puissante, de Trump, sur un terrain de golf près de sa voiturette et des corps du père réfugié décédé avec sa fille au bras, il ne la soumettra pas à ses patrons.

Mais cette caricature deviendra virale. Et ça agacera beaucoup ses patrons. Dans les 24 heures suivant sa publication, les 17 années de service de ce caricaturiste ne compteront plus pour rien. Les journaux des Irving coupent tous liens avec lui.

Des sujets tabous

Michael de Adder, via son compte Twitter, précisera qu’il a soumis plusieurs dessins éditoriaux critiques de Trump à ses patrons. Ceux-ci étant systématiquement refusés.

Car on n’apprécie pas la critique de certains alliés des Irving.

Aussi, pas possible pour de Adder de faire publier toute caricature moindrement critique du premier ministre néo-brunswickois Blaine Higgs, un ex-cadre de la pétrolière Irving.

Comment un caricaturiste peut-il exercer sa profession dans un cadre aussi restrictif ?

J’aime penser qu’un dessin éditorial réussi vaut n’importe quel texte d’opinion de 1000 mots.

La caricature est aussi essentielle que l’éditorial ou le journalisme d’opinion. La contraindre en fonction des intérêts des patrons mine l’essence même de sa fonction : critiquer, faire réfléchir, nous questionner.

Au royaume des Irving, on n’est pas Charlie.