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« Au Québec, j'ai oublié que j'étais Noire. »

« Au Québec, j'ai oublié que j'étais Noire. »
Photo Karina Marceau

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Parfois, on reçoit des commentaires sur notre société qui nous rendent fiers de qui nous sommes collectivement. Quand mon invitée des derniers jours m’a dit : « Au Québec, j’ai oublié que j’étais Noire. », cela m’a réchauffé le cœur. Particulièrement par les temps qui courent, alors que nous faisons face à de multiples attaques nous accusant d’être un peuple raciste.  

J’accueille actuellement chez moi Halimata, une Parisienne d’origine sénégalaise. Une femme d’une grande érudition avec laquelle il est possible d’échanger sur une grande variété de sujets; politique, histoire, religion, anthropologie, psychologie et j’en passe.  

Halimata est autrice, diplômée en littérature et enseignante au lycée. Elle planche actuellement sur des projets de documentaires. Nos intérêts communs nous ont poussées à nous connaitre virtuellement. Depuis plusieurs mois, nous entretenons une correspondance nourrie.  

Quand j’ai su qu’elle venait passer ses vacances dans la Belle Province, il allait de soi qu’elle était invitée chez moi dans la Vieille Capitale.    

Bien qu’Halimata ait habité cinq ans au Québec, à Gatineau, elle n’avait pas encore eu l’occasion de visiter la magnifique région de Charlevoix, où je me réfugie avec ma famille la fin de semaine.   

Nous y sommes allées ensemble.  

Que du positif   

Après son initiation à la pêche à la truite, où les moustiques avaient été particulièrement voraces, elle s’est mise à me parler de son expérience québécoise. Était-ce la beauté du moment, avec le soleil qui se couchait sur le lac, qui a favorisé une chaude brise d’éloges? « Bienveillance, chaleur et accueil » sont des mots qui sont revenus souvent dans sa bouche au sourire généreux.  

C’est alors que j’ai osé la question frontale.   

Et le racisme?  

« Jamais! Jamais pendant ce voyage ou mes cinq années passées au Québec je n’ai été victime de racisme ou entendu quelqu’un faire allusion à la couleur de ma peau. Au point où j’ai même oublié que j’étais Noire! »  

Halimata m’a raconté sa première expérience de recherche d’appartement au Québec en 2010. Lorsqu’elle téléphonait pour avoir de l’information sur le logement à louer, tout de suite les propriétaires reconnaissaient son accent parisien. C’est elle-même qui précisait d’emblée qu’elle était d’origine sénégalaise.   

« Mieux vaut prévenir que guérir! », me dit-elle. « Je ne voulais pas qu’ils apprennent que j’étais Noire lors de la visite et de me faire dire que l’appartement n’était plus disponible. Ça arrive si souvent en France. Je n’ai jamais connu ce genre de discrimination au Québec. Pour moi, c’est révolutionnaire! »  

Le choc du retour   

C’est en retournant vivre chez elle, en France, que le choc a été brutal. Les a priori dénigrants sur la couleur de sa peau lui sont devenus intolérables.   

« Tu parles bien français pour une Noire. » ou « C’est bizarre, vous écrivez comme une Française pas comme une Africaine. » ne sont que deux exemples parmi plusieurs autres qui ont déjà fait pleurer Halimata, qui est née en France et a étudié à l’Université Sorbonne Nouvelle.  

Une expérience bien personnelle  

L’expérience d’Halimata est bien personnelle et ne peut en aucun cas s’appliquer à l’ensemble du vécu de tous les individus de couleur, qu’ils soient Québécois ou visiteurs.   

Il suffit de lire le Rapport de La Ligue des Noirs du Québec sur la discrimination, le racisme et l’intégration dans la société québécoise, publié en 2017, pour constater qu’il y a encore de nombreux problèmes à régler tant sur le plan de l’équité en matière d’emploi, de la discrimination dans le système éducatif que du profilage racial.  

Mais pas de doute que le rapport humain dont on a collectivement fait preuve à l’égard de mon amie Halimata est une source d’inspiration. Un idéal à atteindre pour que tous puissent dire, comme elle : « On est tellement bien au Québec malgré l’hiver et les moustiques! »