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Du bronze grâce à Baie-Comeau

Le judoka Jacob Valois a su faire vite oublier sa Biélorussie natale

Victorieux contre le Philippin Shugen Nakano à son premier combat, Jacob Valois a ensuite tracé son chemin jusqu’à la médaille de bronze dans la catégorie des – 66 kilos.
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Victorieux contre le Philippin Shugen Nakano à son premier combat, Jacob Valois a ensuite tracé son chemin jusqu’à la médaille de bronze dans la catégorie des – 66 kilos.

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MONTRÉAL | Né en Biélorussie, adopté par un couple de Baie-Comeau et déménagé à Boucherville ; on dit de Jacob Valois qu’il pratique un judo instinctif et atypique. Avec un tel parcours à un si jeune âge, tout concorde !

La médaille de bronze remportée vendredi par Valois, au premier jour du Grand prix de judo de Montréal, laisse croire que le Canada a quelque chose entre les mains dans la catégorie des 66 kilos.

« Ma première médaille (en Grand Prix) devant ma famille et mes amis, c’est vraiment magique », a commenté l’athlète de 21 ans, exténué, après sa victoire contre l’Australien Nathan Katz.

« Baie-Comeau a tout changé »

Il y a encore des Jeux panaméricains au Pérou et des championnats du monde à Tokyo, d’ici à la fin du mois d’août, avant de commencer à parler de Jeux olympiques en 2020. Mais si cet athlète intense parvient à s’y qualifier, ça donnera une belle histoire à raconter pour Denis Valois et Nathalie Béland.

Ç’a débuté avec leur bonheur qu’ils avaient à partager quand ils ont adopté deux petits frères nés à Mogilev en Biélorussie. Nicolas, 3 ans et 10 mois, et Jacob, 2 ans et demi, ont entamé une nouvelle vie quand ils ont débarqué sur la Côte-Nord, en 2001.

« C’étaient des enfants qui couraient déjà et qui arrivaient dans une maison organisée », se souviennent leurs parents adoptifs, comme pour attester aujourd’hui que leur adaptation a été réussie.

Parmi l’école, les amis et les autres intérêts d’une enfance normale, il y a eu le Club de judo de Baie-Comeau dirigé par Robin Gagné. Les frères Valois y ont appris les règles de l’art dans un environnement réputé. Avant que la famille ne déménage à Boucherville il y a six ans, c’est à Baie-Comeau que Jacob a assis les bases d’une carrière qu’on croit pleine de promesses.

« Baie-Comeau a vraiment tout changé dans ma vie, entre autres grâce à mon entraîneur Robin Gagné. C’est lui qui m’a appris à aimer le judo », explique-t-il.

« Le judo m’aide à canaliser mon énergie. C’est plus qu’un sport. C’est un mode de vie. Je me suis fait plein d’amis, j’ai appris à contrôler mes émotions, j’ai appris le respect et la sincérité », avoue le médaillé de bronze des championnats panaméricains en avril.

Échanger avec ce verbomoteur permet de comprendre quand son père nous dit que « Jacob n’aime pas les affaires plates ». À son retour des championnats mondiaux juniors, l’automne dernier, il s’est fait tatouer sur le mollet droit les 21 pays qu’il a déjà visités grâce au judo.

Loin pour toujours

Il serait surprenant, toutefois, qu’on voie un jour le profil de la Biélorussie apparaître sur sa peau. Rien ne l’intrigue dans ce pays où il est né.

« Je sais que ce n’est pas vraiment le luxe là-bas. Il y a une partie de moi qui aimerait mieux ne pas trop en apprendre. Je vais toujours être originaire de là, mais je suis très bien au Canada. J’ai trouvé une belle famille et un beau pays », précise le jeune homme, qui ne nourrit pas davantage l’idée de rencontrer ses parents biologiques.

« Même si j’avais l’occasion, je ne le ferais peut-être pas. J’arriverais là-bas peut-être plus déçu qu’autre chose. Si je découvrais qu’ils vivent bien et qu’ils sont riches, je me dirais qu’ils ne voulaient pas de moi. S’ils sont pauvres, ça me ferait de la peine de le savoir. Je préfère me dire que j’ai été bien accueilli ici et que c’est un bonheur d’habiter au Québec et au Canada. »

On l’a clairement ressenti sur le tatami de l’aréna Maurice-Richard, vendredi soir, quand il a embrassé la feuille d’érable de son uniforme...

Un pied dans la porte

« Quand il a terminé troisième aux championnats panaméricains, on s’est dit : oups, la porte vers les Jeux olympiques vient de se débarrer ! Maintenant, on a un pied dedans et on peut rêver. »

Jean-Pierre Cantin avait la couleur facile dans ses propos après la médaille de bronze de Jacob Valois, vendredi soir, chez les — 66 kilos. L’entraîneur de l’équipe canadienne a tout de même exprimé de la réserve dans ce résultat, compte tenu de l’âge précoce de 21 ans de son protégé fraîchement sorti des rangs juniors.

Ce podium s’inscrit toutefois dans une suite logique de la progression depuis un an, selon Cantin, marquée par ses participations à trois autres Grands Prix depuis mai 2018.

« On ne sait jamais ce qui peut se produire en une journée. Sincèrement, je ne pensais pas que ça allait être aujourd’hui (vendredi), mais je suis content de l’avoir (sa première médaille). Je viens de briser la glace et ce n’est pas la dernière », a laissé entendre Valois, qui participera au Grand Prix de Budapest la semaine prochaine.

Jamais fini

La victoire par ippon en finale de Christa Deguchi contre Jessica Klimkait nous rappelle que ces deux filles, décidément, sont destinées à en découdre durant la prochaine année.

Leur cohabitation dans la catégorie des – 57 kilos cause la lutte à l’interne qui s’annonce la plus intense dans l’équipe canadienne en vue des Jeux olympiques de Tokyo. Avant leur match de vendredi, Deguchi et Klimkait occupaient respectivement les deuxième et troisième rangs mondiaux au classement olympique.

Or, une seule représentante par pays et par catégorie de poids est autorisée à participer aux Jeux. Née d’un père canadien et d’une mère japonaise, Deguchi a évalué que ses chances d’aller à Tokyo augmenteraient en tentant le coup avec une feuille d’érable au dos. L’Ontarienne Klimkait, membre du centre national d’entraînement à Montréal, n’a pas encore réussi à vaincre sa rivale en cinq combats en carrière.

Si les deux concurrentes occupent le top 8 mondial au mois de mai 2020, la règle pour les départager consistera en une série 2 de 3 derrière des portes closes.

Le match relevé pour la médaille d’or chez les – 60 kilos, remporté par le Japonais Takato Naohisa, triple champion du monde, contre le Russe Robert Mshvidobadze, premier au classement mondial, justifiait la présence d’un arbitre d’expérience. On n’a pas été surpris d’apprendre que le candidat choisi était le Français Mathieu... Bataille.