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Le petit dictateur

Le petit dictateur
ANNIE T. ROUSSEL/JOURNAL

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Le dictateur est une personne qui, après s’être emparée du pouvoir, l’exerce sans contrôle.

Bâillon, élimination de Transition énergétique Québec, accaparement du Fonds vert par le gouvernement, troisième lien et éventuelle disparition des commissions scolaires sont quelques-uns des éléments qui donnent une allure de plus en plus « trumpienne » à notre premier ministre. Ses habitudes de dirigeant d’une compagnie, où il avait loisir de tout contrôler et de s’assurer de la satisfaction des actionnaires aux actions privilégiées, dominent encore trop sa personnalité et lui font peut-être oublier les fondements démocratiques.

La commission scolaire English-Montreal a déposé une requête en injonction pour bloquer la décision du ministre de l’Éducation de céder deux de ses écoles à la commission scolaire de la Pointe-de-l’Île. Plutôt que de s’en tenir aux motifs soutenant la décision de son ministre, monsieur Legault a préféré faire le jars en trouvant un prétexte supplémentaire à l’abolition des commissions scolaires parce que ces dernières font obstacle à ses décrets. Il veut livrer l’éducation à une armée de technocrates qui obéiront docilement à ses diktats sans remettre en question les choix douteux. Il argüe que ce n’est pas des commissaires élus par 15 à 20% de la population qui ont la légitimité pour remettre en cause une décision ministérielle. Il devrait au contraire s’inquiéter du peu d’engouement de la population pour l’éducation, lui qui en fait une priorité.

Dans un tout autre domaine, il a le culot d’essayer de faire accroire que son intervention dans le conflit d’ABI a contribué au dénouement du conflit. Il laisse entendre que les travailleurs ont compris son message à l’effet que le syndicat ne se montrait pas raisonnable, ce qui expliquerait que ces derniers aient accepté la quatrième offre finale à l’encontre de leur exécutif syndical. J’imagine déjà l’attitude du premier ministre dans la prochaine ronde de négociation avec les employés de l’État où il voudra faire fi à la première occasion de leurs représentants syndicaux pour s’adresser directement à eux et leur donner la leçon sur leurs conditions de privilégiés. Il augure d’un sabordement des droits syndicaux trop embarrassant dans sa gouvernance débridée.

Malgré l’armée d’experts qui conclue qu’un troisième lien pour relier les deux rives dans la région de Québec est inutile, le ministre des Transports improvise une conférence de presse annonçant un tunnel. Paradoxalement, le ministre de l’Éducation voudrait imposer des pratiques d’enseignements fondées sur des données probantes alors qu’au ministère des Transport on voudrait les oublier. Rongée par le clientélisme électoral, la CAQ magasine ses arguments à l’enseigne qui accrédite ses préjugés.

Le souci de contrôle des opinions et des décisions se révèle également à l’environnement. Le gouvernement veut bien faire apparence de coquetterie avec une petite teinte écolo, mais il refuse que le développement économique soit conditionné par le souci climatique.

Finalement, même le parlement peut s’avérer de trop pour un gouvernement qui tolère mal les contre-pouvoirs. À défaut de l’abolir, on peut se satisfaire de le bâillonner!