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L’exemple des fourmis

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Voici une histoire vraie qui m’a été racontée récemment. Il existe, au Panama, des fourmis pour qui les mots solidarité et entraide ne sont pas que des leurres, comme on en trouve parfois dans certaines caisses dites populaires.  

Des chercheurs universitaires ont placé, sur un trajet emprunté par des colonies de fourmis, des planches de bois trouées de petits trous de différentes grosseurs. Ces fourmis, qui mesurent entre deux millimètres et un centimètre, ont trouvé une méthode tout à fait unique et révolutionnaire pour déjouer l’obstacle. Elles utilisent leur propre corps pour boucher les trous qu’elles rencontrent sur leur passage. Et, oh surprise! c’est de façon démocratique qu’elles décident lesquelles parmi elles, en fonction de leurs aptitudes, devront jouer le rôle de « bouche-trou ». Voici comment cela se passe. Lorsqu’une fourmi trébuche sur un trou et qu’elle ne peut le franchir, d’autres fourmis s’approchent aussitôt et mesurent avec leur corps le diamètre du trou. Si le trou est relativement petit, elles cherchent parmi leur groupe une fourmi de cette taille qui pourra couvrir le trou adéquatement. Et si le trou est plus grand, elles font le même processus de sélection et trouvent la fourmi appropriée. Ainsi, les autres fourmis pourront poursuivre leur chemin, sans risque. À la fin de la journée, ces « fourmis-passerelles » retournent dans leur maison.  

Je ne peux certes pas prêter des sentiments à ces « fourmis-boucheuses-de-trou », qui n’ont rien à voir avec nos cols bleus au printemps. Je ne peux donc affirmer qu’elles sont fières d’avoir ainsi servi de « pont vivant » à leurs consœurs, qui les ont piétinées allégrement toute la journée. Mais s’il fallait imaginer un monde meilleur, c’est ainsi que je le penserais : avec des centaines, des milliers, des millions d’êtres humains qui n’hésiteraient pas à aider leurs sœurs et leurs frères, en cas de besoin. Unis face au danger comme une seule et même grande famille humaine, une seule équipe, qui serre les rangs pour mieux surmonter les obstacles.  

Je sais, ça peut sembler quétaine de le dire ainsi, je peux paraître comme un pelleteux de nuages de plus. Une sorte de curé anachronique. Et pourtant qui peut affirmer qu’il n’aura jamais, mais jamais besoin d’un ami, d’un frère, d’une sœur, un jour, pour qu’on le sorte du pétrin ou qu’on lui donne un simple coup de main?  

Aujourd’hui, ceux qui font preuve d’abnégation et de désintéressement dans l’aide humanitaire ne sont pas des héros populaires, personne n’en parle à peu près jamais. Et c’est peut-être bien ainsi, car on ne cherche pas la gloire lorsqu’il s’agit d’aider son prochain. Sinon, ce serait donner raison à l’écrivain Paulo Coelho qui affirme : « Les gens ont toujours tendance à vouloir aider les autres, uniquement pour se sentir meilleurs qu'ils ne sont en réalité. »  

Mais on souhaiterait néanmoins que ce monde dans lequel nous vivons soit moins branché sur des valeurs de consommation et de gloire personnelle. Intervenir, aider, protéger, donner la main ne signifient pas perdre son individualité ni ses désirs de vivre intensément et de jouir de chaque moment qui passe. Moi, j’aime la vie à la folie, je n’ai rien d’un éteignoir, j’aime bien boire, bien manger, j’aime voyager, m’amuser et découvrir de nouveaux horizons, j’aime aussi l’amour, presque démesurément, mais cela ne m’empêche pas de rêver d’un monde meilleur et de mettre la main à la pâte, à l’occasion. Car si lutter pour un monde meilleur nous interdit d’avoir du plaisir et de nous amuser, alors, ça ne vaut vraiment pas la peine.   

Tous ces petits gestes anodins, sans éclat, loin des caméras et des journalistes, me procurent néanmoins une immense satisfaction, celle de me sentir utile. La solidarité, cela commence dans ma cour!