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Un spécialiste des fraudes s’est fait avoir par un «ami»

L’avocat en faute et son client doivent rembourser plus d’un demi-million de dollars

Projet de deux maisons rue Collins
Photo Jean-François Cloutier L’une des deux maisons de Côte-Saint-Luc a été la cible d’un violent incendie en 2014. Elles ont été en partie financées par le procureur fraudé Claude Haccoun.

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Un procureur retraité spécialiste des fraudes a lui-même été trompé par un ami en qui il avait confiance qui doit maintenant lui rembourser des centaines de milliers de dollars investis dans un projet immobilier.

En mai, la Cour supérieure a tranché en faveur de l’ancien procureur de la Couronne Claude Haccoun.

Celui-ci alléguait que l’avocat Henri Simon, un ami de longue date, l’avait fraudé dans une affaire d’investissement immobilier, entre 2012 et 2014.

Les deux coupables Me Henri Simon, à gauche, et le promoteur Tyronne Candappa.
Photo courtoisie
Les deux coupables Me Henri Simon, à gauche, et le promoteur Tyronne Candappa.

Or, la preuve n’a pas établi que Me Simon avait sciemment participé à une fraude, mais sa conduite a été qualifiée de trompeuse par le tribunal, et teintée de conflits d’intérêts.

Me Haccoun s’y connaissait pourtant en matière de fraudes. En 40 ans de carrière, il a notamment joué un grand rôle dans les accusations portées contre le fraudeur d’une centaine de petits investisseurs, Vincent Lacroix, deux ans avant sa retraite, en 2008. Il s’est par la suite intéressé à l’immobilier.

Tout a débuté quand le retraité a demandé conseil à son « ami ». Henri Simon, spécialiste de l’immobilier, lui avait suggéré d’investir dans le projet de maisons de luxe.

Deux maisons allaient être construites à Côte-Saint-Luc, sur l’île de Montréal. Elles devaient lui rapporter un rendement de 100 %.

Accusations criminelles

L’avocat a toutefois omis de lui faire part des démêlés avec la justice de son client, le promoteur déchu Tyronne Candappa, et de ses intérêts personnels dans le projet.

Candappa a déjà fait la manchette pour avoir tiré sur un de ses clients et fraudé les acheteurs d’un autre projet domiciliaire. Il était aussi en faillite, une information que Henri Simon détenait.

« Ce n’est pas à moi de dire ces choses-là », a-t-il argué au tribunal, qui n’a pas retenu l’argument. Claude Haccoun a plaidé qu’il n’aurait jamais investi, s’il avait su.

Puis, comme les travaux ne s’amorçaient pas, faute d’argent, l’audacieux Henri Simon lui a redemandé des fonds. Claude Haccoun était alors hospitalisé pour un cancer.

En 2014, une des propriétés qui devait finalement lui être vendue a été rasée par un incendie criminel. Et des hypothèques avaient été enregistrées sur les deux maisons, le laissant sans remboursement.

Insouciant

« Me Simon a fait preuve d’une telle insouciance à l’égard des intérêts de son ami et client que sa négligence, ses omissions, ses réticences et enfin son manque de franchise et de loyauté ont entraîné ce dernier dans une spirale financière de laquelle il fut incapable de se dégager », peut-on lire dans le jugement de 538 paragraphes.

Candappa et lui doivent solidairement 515 000 $ à Me Haccoun. Un autre 28 200 $ doit lui être versé par Candappa et l’entreprise responsable du projet.

Selon le site juridique Droit inc., Me Simon compterait porter le dossier en appel.

♦ Tyronne Candappa doit subir son procès pour fraude en septembre. Sa cause d’agression armée, qui lui a valu une condamnation de cinq ans, a été portée en appel.