/news/green
Navigation

Claque au visage pour les Beaucerons

Les nouvelles zones inondables dévoilées cette semaine sont loin de satisfaire les sinistrés

Coup d'oeil sur cet article

 BEAUCEVILLE | Les Beaucerons acceptent très mal la nouvelle cartographie des zones inondables proposée par le gouvernement et qui fera perdre beaucoup de valeur à des centaines de propriétés. C’est comme si un deuxième coup d’eau, une douche froide, avait frappé la Beauce, laissant les citoyens dans l’angoisse de voir leur patelin se transformer en ville fantôme.  

 Le ministère des Affaires municipales a présenté ses nouvelles zones d’intervention spéciale lors d’une rencontre au centre Caztel de Sainte-Marie, jeudi soir.  

 Les zones, qui touchent 813 municipalités à travers la province, sont toutefois loin de faire l’unanimité. Trop grandes, trop restrictives; les élus et les citoyens auraient voulu être consultés. Plus de 300 propriétés pourraient être touchées. C’est donc une partie importante de la municipalité qui risque de perdre gros.  

 «C’est comme s’ils avaient peinturé au rouleau avec les yeux fermés. Deux grosses lignes, chaque bord de la rivière, sans jamais nous consulter, déplore le maire de Beauceville, François Veilleux. Pourtant, c’est nous qui la connaissons, la rivière.»  

 Drames humains  

 Un peu partout le long du boulevard Renault, complètement submergé en avril, des résidents et des commerçants tentaient d’avaler la nouvelle.  

 Réjean Mathieu avait une entente verbale pour la vente de son commerce de mécanique automobile tout juste avant l’inondation. Évidemment, l’opportunité s’est envolée et maintenant que son garage fait partie de la zone inondable, il perd sa valeur.  

 «J’ai eu 71 ans jeudi. J’aimerais ça en profiter un peu avant de mourir, mais là, ça ne vaut plus rien. C’était une partie de mon fonds de pension», soupire l’homme. «Je ne pense même plus à vendre. À l’inondation de 1991, j’avais recommencé à neuf, mais là je suis vieux pour toujours recommencer.»  

 Un peu plus loin, Lucie Veilleux et Mario Cloutier s’inquiètent eux aussi pour leurs projets. Leur magnifique maison ancestrale n’a presque pas été endommagée au printemps, mais elle se retrouve malgré tout dans la nouvelle zone.  

 «On voulait rester ici encore une dizaine d’années, mais ça va être quoi quand on va vouloir vendre? On va vendre au prix du terrain? Ça n’a pas de sens. Je suis encore dans le déni, je ne veux pas penser au pire, mais c’est dur», confie Mme Veilleux.  

 «Moi, j’ai peur que ça devienne une ville fantôme, ajoute son conjoint. L’ambiance a changé depuis l’inondation, il ne se passe plus rien.»  

 Inquiétude grandissante  

 Cette ambiance lourde qui plane sur la ville qui n’a même plus d’épicerie depuis l’inondation inquiète le maire Veilleux. Parce que des citoyens en pleurs dans son bureau, il en a vu défiler depuis quelques semaines.  

 «On a été chanceux de ne perdre personne dans la débâcle, mais je n’ai pas envie d’en perdre après non plus», lance l’élu, qui espère voir des ministres du gouvernement Legault se déplacer sur le terrain «pour réaliser que la zone n’a pas de sens».  

 «Mon père disait toujours: “Si vous ne voulez pas aider, au moins, ne nuisez pas.” Là, ils font les deux, ils n’aident pas et ils nuisent.»  

 La grogne est telle que des citoyens commencent à songer à manifester à Québec selon François Veilleux.  

 Un propriétaire de logements a également confié au Journal qu’il refuserait de payer les taxes municipales sur un édifice construit l’an dernier. «Avoir su, j’aurais investi ailleurs. Donc je n’ai pas l’intention de payer les taxes sur ça», fustige Simon Larochelle.  

 Impatients de voir leurs indemnisations  

 BEAUCEVILLE | En plus des nouvelles zones inondables, des commerçants de la Beauce doivent composer leurs dossiers d’indemnisation, malgré les difficultés à joindre les fonctionnaires du gouvernement.  

 «On dirait qu’ils se foutent pas mal de nous autres. On laisse des messages et on n’a pas de retour d’appel. On n’a pas eu de nouvelles d’eux autres depuis un bon moment déjà», déplore Sandy Drolet, propriétaire du Dépanneur Beauceville.  

 Incluant l’inventaire et les dommages, elle et son conjoint en ont pour 400 000$ de pertes dans cette mésaventure. L’argent de la reconstruction partielle a dû être emprunté et le couple ne sait même pas encore s’il se qualifie pour l’indemnisation.  

 «400 000$, on rembourse ça à coup de cennes quand on vend des paquets de gomme. C’est angoissant parce qu’on ne sait pas ce qui va arriver», lance la propriétaire.  

 Le propriétaire du Garage M R Mathieu a lui aussi envoyé comme demandé des soumissions sur les achats de nouveaux équipements, mais depuis, plus rien. «Je prends le risque d’acheter les équipements quand même, il faut bien que je continue à travailler moi», explique Réjean Mathieu.  

 Au ralenti  

 Le maire de Beauceville indique qu’un seul des commerçants sinistrés a reçu les montants d’indemnités auxquels il avait droit après la débâcle. Une aberration, selon lui.  

 Son homologue de Saint-Joseph-de-Beauce s’inquiète aussi de voir le gouvernement plancher sur la cartographie et sur les autres mesures de prévention, quand les indemnisations peinent à être réglées.  

 «Le plus urgent, ce n’est pas de planifier ce qui va arriver dans trois ou quatre ans, c’est de régler le problème des gens qui ont vécu 2019 et qui ont perdu beaucoup depuis l’inondation», tonne Pierre Gilbert.  

 Résidents et commerçants bouleversés  

 «On dirait déjà qu’on est dans un village fantôme et ça ne regarde pas bien avec les nouvelles zones inondables et le moratoire. C’est inquiétant, et tout le monde ici est en colère.»  

Photo Le Journal de Québec

 – Sandy Drolet, propriétaire, Dépanneur Beauceville   

 «Ça fait 42 ans que je suis sur le bord de la rivière, mais pourtant, ils ne nous ont jamais consultés pour se renseigner sur la rivière. C’est un fiasco, tout simplement. Et on se sent moins importants que les poissons qui sont dans la rivière qu’ils n’ont pas voulu drainer.»  

Photo Le Journal de Québec

 – Réjean Mathieu, propriétaire, Garage M R Mathieu   

 «Le gouvernement a travaillé à l’envers. Ils ont pris une décision et ils nous consultent après. C’est comme si je m’arrachais moi-même une dent et que j’allais demander à mon dentiste après si c’est correct. Ça manque de logique. La rivière, on la connaît, ici.»  

Photo Le Journal de Québec

 – Francois Veilleux, maire de Beauceville