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La rivière Khwai: le bras nord de l’Okavango

Coucher de soleil sur une savane.
Photo courtoisie Coucher de soleil sur une savane.

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En mars et avril, lorsque le fleuve Okavango entre en crue, la rivière Khwai, un de ses affluents les plus septentrionaux de son immense complexe hydrographique intérieur, se métamorphose littéralement avec l’arrivée des eaux. Encore plus au nord de cette zone, s’étendent de grandes régions sauvages où se trouvent la réserve Selinda et le parc national de Chobe notamment, et ce, jusqu’à la rivière Linyanti qui deviendra plus en aval le fleuve Kwando, puis enfin le Zambèze qui se jette dans l’océan indien.

Ces cours d’eau formeront successivement la frontière entre le Botswana et la Namibie, puis entre la Zambie et le Zimbabwe, avant de traverser le Mozambique. Mais sur la rivière Khwai, l’eau, poussée par l’impulsion d’une crue venue de l’Angola, se perd et envahit progressivement les terres avoisinantes, déborde sur les pistes, les zones forestières et les savanes. Ici, contrairement à ses sœurs du nord du pays, la rivière perd son lit et avec lui, la direction de l’océan où elle ne parviendra jamais. Elle n’est qu’un des bras perdus du delta intérieur de l’Okavango et ses eaux limpides finiront majoritairement par s’évaporer, mais aussi par s’infiltrer dans les sables du Kalahari.

En avril, la végétation aquatique est à nouveau à son paroxysme et recouvre quasiment l’ensemble du cours principal de la rivière. C’est alors la pleine période du rut chez les impalas et les mâles se pourchassent dans des courses ponctuées de sauts vertigineux. Ces hardes, sous le contrôle de mâles dominants, s’éparpillent dans le bush et les savanes, l’oreille alerte face à la possible présence de léopards et de lycaons, leurs principaux prédateurs.

Lion dans la végétation des rives de la rivière Khwai.
Photo courtoisie
Lion dans la végétation des rives de la rivière Khwai.

Jardin d’éden

Explorer les rives de cette rivière s’apparente à s’évader dans un jardin d’éden naturel, par des pistes parfois moins larges que le véhicule lui-même. Pittoresque. Enchanteur. Et quelque peu acrobatique... Combien de fois ai-je du stoppé mon 4X4 pour laisser passer quelques éléphants sur la piste ? Combien de fois m’a-t-il fallu reprogrammer à la hâte un GPS pour contourner une zone et me rendre là où un groupe de lions aperçu plus tôt allait passer 15 minutes plus tard ? Des dizaines.

Lycaon ou chien sauvage d’Afrique.
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Lycaon ou chien sauvage d’Afrique.

La combinaison de cette présence d’eau continue dans un désert semi-aride, soutient ici un système écologique d’importance mondiale. Plus qu’ailleurs au Botswana, l’eau permet le développement végétal même dans les périodes les plus arides de la saison sèche, ce qui soutient des populations d’impalas, de gnous et de zèbres très importantes. La présence de ces populations d’herbivores permet à son tour une densité de prédateurs comme les lions, léopards et lycaons, plus importante que dans le reste du pays.

Impala mâle sur les rives de la rivière Khwai.
Photo courtoisie
Impala mâle sur les rives de la rivière Khwai.

Naturellement, les buffles et éléphants, ces animaux dont la demande en eau est beaucoup plus grande, sont très présents à proximité du milieu aquatique. Tout comme les hippopotames et crocodiles dont les yeux immobiles se laissent parfois entrevoir en surface dans un trou de végétation.

Éléphant d’Afrique qui s’alimente dans une zone humide.
Photo courtoisie
Éléphant d’Afrique qui s’alimente dans une zone humide.

Autonomie complète

Comme partout au Botswana dans ce style de voyage en autonomie, la nuit, la vie sauvage est reine et descendre de l’abri rassurant et sécuritaire de sa tente au sommet du véhicule, demande d’infimes précautions, car les hyènes, lions et léopards ne sont jamais très loin.

Vous êtes au cœur du de la vie sauvage africaine, sans aucune structure, sans aucune protection.

Léopard d’Afrique au repos dans 
un acacia sur les berges de la rivière Khwai.
Photo courtoisie
Léopard d’Afrique au repos dans un acacia sur les berges de la rivière Khwai.

La nuit, seules votre tente et sa moustiquaire vous séparent de ce bush aux mille tonalités et de certains des prédateurs les plus iconiques de la planète. Mais soyez sans crainte, la vie sauvage s’observe et vous apprendrez vite à trouver vos marques avec ces voisins peu communs.

Le bon sens est une règle d’or avec la faune sauvage. Ne prenez pas de risque. Surtout la nuit. Ne les importunez pas et restez calme. Ils le resteront à leur tour, sans le moindre doute. Grands fauves comme éléphants. Attention cependant, car les pistes qui mène vers ses lieux et qui permettent de s’y enfoncer, sont parfois véritablement coupées par les eaux, amenant à faire de nombreux détours, des passages à gué, ou de francs demi-tours.

Hippopotame dans un bras d’eau libre de la rivière Khwai.
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Hippopotame dans un bras d’eau libre de la rivière Khwai.

C’est l’aventure ! Mais une aventure où la surprise et l’émerveillement sont à chaque coin de savane, chaque méandre de rivière.

C’est un paradis pour les amants de la nature à l’état pur.


♦ Benjamin Dy est biologiste et ­photographe de faune sauvage. Il prend plaisir à parcourir des territoires peu explorés.