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Ma voiture électrique

Ma voiture électrique
Photo courtoisie

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Après avoir mentionné dans un article que je conduisais un véhicule électrique (VE), beaucoup de lecteurs ont été interpellés.

Je le constate aussi quand je me déplace avec mon auto. Les gens sont tous curieux, intéressés pour plusieurs, inquiets pour certains et quelquefois critiques devant les différents incitatifs offerts pour favoriser la transition électrique.

Du fun

Je conduis une Nissan Leaf dans sa version qui procure 340 kilomètres d’autonomie. Traversant le parc des Laurentides et me rendant à Montréal au moins une fois par mois, j’attendais pour faire le saut une voiture qui me donnerait au moins 250 kilomètres.

Le fun que j’ai avec ça ! Oh ! lala... Je n’avais jamais été un « gars de char », mais je dois dire que je suis complètement gaga. La conduite est sportive et l’accélération, toute silencieuse, ne ressemble à rien de ce que j’avais connu. Le poids de la batterie fait coller l’auto à la route. Néanmoins, on prend plutôt plaisir à maximiser l’autonomie en roulant moins vite, donc plus prudemment, et le freinage et la descente des côtes contribuent à la recharge.

Je suis allé au Lac-Saint-Jean et ça m’a coûté en tout 9 $ d’électricité, comparativement à la soixantaine que me coûtait le plein de mon véhicule précédent pour le même trajet.

L’hiver, on dit de s’attendre à une perte d’autonomie de 40 %, principalement à cause du chauffage. J’aurai besoin de faire un stop à L’Étape, où on trouve deux bornes de recharge rapide. Ça ne me dérange pas, j’arrête presque toujours quand même.

La recharge

Beaucoup de gens pensent qu’ils ne peuvent avoir de véhicules électriques parce qu’il n’y a pas encore assez de bornes publiques dans leur région.

L’affaire, c’est que ce n’est pas vraiment important. Il faut juste sortir d’une logique où on fait un court arrêt pour alimenter sa voiture à une autre où la voiture se recharge pendant qu’elle est stationnée.

La plupart des utilisateurs font installer chez eux une borne de recharge à 240 volts. Ça prend environ 8 heures pour une recharge complète. Pas besoin de brancher tous les jours si vous ne faites que quelques dizaines de kilomètres.

On peut aussi utiliser un fil qui vient avec le véhicule et qui permet de se brancher dans une prise extérieure normale de 120 volts. C’est ce que j’ai fait chez ma mère, mais la recharge a pris près de deux jours, ce qui n’était pas un problème parce que j’étais là pour la fin de semaine.

Les incitatifs

Parlons des fameux rabais : 8000 $ au provincial pour les modèles dont le prix de base est de moins de 75 000 $ et 5000 $ au fédéral pour les modèles de moins de 45 000 $. On dit que cela revient à subventionner l’achat de véhicules haut de gamme.

C’est vrai en partie et les programmes pourraient être révisés, mais il y a aussi des modèles beaucoup moins onéreux. L’immense majorité des navetteurs font moins de 80 km par jour. Partant de là, plusieurs modèles avec une autonomie moins élevée ou hybrides branchables ne reviendront pas plus chers qu’un véhicule à essence, surtout en comptant qu’on n’aura plus à faire le plein et de vidanges d’huile et que les freins de ces véhicules s’usent beaucoup moins rapidement.

Et, rappelons-le, les VE émettent moins de polluants et utilisent une énergie produite au Québec, qui crée des emplois ici. Ça a une valeur, ça.

Mais, effectivement, les utilisateurs de VE ne payent plus de taxes sur l’essence, essentielles pour financer nos routes. Comme l’usage n’ira pas en reculant à mesure que les fabricants proposeront de nouveaux modèles, il faudra adopter une méthode de financement du réseau plus basée sur son utilisation que sur la consommation de carburant.

Je suis contre un autre incitatif, celui qui permet d’utiliser les voies réservées au transport en commun et au covoiturage. L’idée de ces voies est de faire passer plus rapidement les véhicules contenant un plus grand nombre de personnes et les VE n’y contribuent pas. Quand l’auto électrique se généralisera, il faudra abolir ce privilège et les gens vont râler.

Progression rapide

On disait encore récemment que la transition vers le VE ne levait pas. Or, du 31 mars au 31 mai 2019, période pendant laquelle le rabais fédéral est entré en vigueur, on est passé de 42 913 à 49 885 véhicules électriques ou hybrides branchables sur les routes du Québec. Six mille nouveaux véhicules en deux mois. La progression est rapide et ça n’ira qu’en accélérant.

À la fin, non, le véhicule électrique ne répond pas encore aux besoins de tout le monde et dans une perspective réaliste, il y aura encore longtemps des véhicules à essence sur nos routes pour différents usages. Et les amateurs de Mustang ont bien le droit de continuer à avoir du fun.

Reste que prétendre que les véhicules hybrides ou électriques ne conviennent pas à l’usage de la plupart des gens, notamment en région, c’est faux.