/finance
Navigation

Des réseaux sociaux utilisés pour arnaquer les investisseurs

L’information financière publiée sur les plateformes des géants du web doit être prise avec prudence

Le porte-parole de l’Autorité des marchés financiers, Sylvain Théberge (en médaillon), explique que le stratagème de manipulation des marchés, le <i>pump and dump</i>, peut être alimenté par les réseaux sociaux. Sur la photo, le siège social de l’AMF, à Québec.
Photo Courtoisie et tirée de Twitter Le porte-parole de l’Autorité des marchés financiers, Sylvain Théberge (en médaillon), explique que le stratagème de manipulation des marchés, le pump and dump, peut être alimenté par les réseaux sociaux. Sur la photo, le siège social de l’AMF, à Québec.

Coup d'oeil sur cet article

Les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter peuvent permettre aux fraudeurs de piéger les investisseurs plus facilement qu’avant, préviennent des experts consultés par Le Journal.

« On est beaucoup plus fragiles, en bonne partie parce que les réseaux sociaux n’aident pas », tranche Claude Mathieu, professeur titulaire à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, responsable du diplôme en lutte contre la criminalité financière.

Selon lui, les gens ont tendance à trop se fier à « l’effet wow » sur internet. « Les stratagèmes n’ont pas changé, mais la techno a énormément accéléré les risques », analyse-t-il.

Un avis partagé par l’avocat-fiscaliste associé chez De Grandpré Chait, Martin Delisle, lequel pense que les investisseurs doivent aujourd’hui redoubler de vigilance en ligne.

« C’est facile et rapide de solliciter les gens pour collecter de l’information via les réseaux sociaux, soit pour de la collecte d’information, soit pour de l’investissement », illustre l’homme qui enseigne la fiscalité à HEC Montréal.

Facebook et Twitter

À l’Autorité des marchés financiers (AMF), on met en garde les investisseurs contre des messages frauduleux qui peuvent circulent sur Facebook et Twitter.

L’AMF souligne par exemple que le stratagème de la manipulation de marchés, appelé pump and dump, peut s’alimenter grâce à ces sites. « Les fraudeurs font une série de déclarations fausses ou trompeuses sur Facebook, sur Twitter, dans des blogues », explique son porte-parole Sylvain Théberge.

Le chien de garde des marchés financiers ajoute que les fraudeurs des plateformes de négociations en ligne « sont actifs sur des médias sociaux comme Facebook et Twitter ».

À la Chambre de la sécurité financière (CSF), on rappelle que la meilleure façon de se protéger des charlatans est d’appeler l’AMF ou la CSF.

« Les conseillers financiers ont assez d’expérience pour déceler les attrape-nigauds. C’est toujours un bon réflexe de parler à votre conseiller de l’affaire du siècle que vous venez de vous faire offrir », conclut le porte-parole de la CSF, Yves Bonneau.

Des fraudes qui peuvent conduire au suicide

Suicides, dépressions, divorces... les victimes de fraudes financières sont souvent rongées à vie par la honte d’avoir tout perdu, comme l’a confié au Journal l’une des victimes de France-Josée Dancause, qui leur a soutiré plus de 20 millions $.

« Il y a eu des divorces, des suicides, des faillites, des dépressions, de la maladie. Les gens n’ont pas seulement perdu leur argent. Ils ont perdu leur dignité, leur entourage et tous leurs amis », raconte la voix tremblotante, sous le couvert de l’anonymat, une victime du stratagème pyramidal à la Ponzi orchestré par France-Josée Dancause.

En août 2018, Mme Dancause a été condamnée à 10 ans de prison pour avoir mis en place un système frauduleux qui lui a permis de s’emparer de plus de 20 millions $ auprès de petits investisseurs qui lui faisaient confiance.

À l’époque, elle avait esquissé un sourire aux investisseurs floués présents au palais de justice de Longueuil, ce qui avait provoqué leur colère.

Au lendemain de leur condamnation, France-Josée Dancause et ses complices, Daniel St-Denis, Alain Péloquin et Sophie Jolicœur étaient libérés en attendant que la Cour d’appel se penche sur le dossier.

Détresse psychologique

Près d’un an plus tard, la douleur est toujours aussi vive chez ses victimes traumatisées par le stratagème qui a perduré de 2006 à 2013.

« J’ai tout perdu. J’ai perdu ma famille, ma maison, ma santé. Je n’ai plus rien », ajoute celle qui reçoit fréquemment des appels d’investisseurs ruinés incapables d’arrêter de pleurer à l’autre bout du fil.

Chez eux, la tristesse cède parfois la place à la colère. Une colère envers les fraudeurs qui les ont humiliés financièrement, mais aussi envers le système de justice qui leur laisse un goût amer.

« Le système de justice est fait pour ceux qui ont de l’argent », conclut la victime, épuisée par des années de combats au péril de sa santé.


BESOIN D’AIDE ?

► Si vous ou un de vos proches êtes en détresse, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) pour obtenir une aide immédiate partout au Québec, 24 heures par jour et 7 jours par semaine, ou rendez-vous à l’urgence.

5 stratagèmes les plus connus

1. La fraude à la Ponzi

La pyramide de Ponzi est un système bien huilé. En gros, le fraudeur prend l’argent d’un investisseur et s’en sert pour payer de faux rendements à d’autres. Le jeu peut durer un certain temps. Mais le jour où le fraudeur n’est plus capable de recruter de nouveaux investisseurs, tout s’écroule. « Il est alors trop tard puisqu’il n’y a plus d’argent dans les comptes. La combine à la Ponzi peut être jumelée à plusieurs autres types de fraudes », souligne l’Autorité des marchés financiers (AMF).

2. Manipulation de marchés (pump and dump)

Depuis l’arrivée d’internet et des réseaux sociaux, la manipulation de la valeur des investissements est de plus en plus facile à faire. Pour faire mousser l’intérêt d’une entreprise, les fraudeurs peuvent faire de fausses déclarations sur Facebook ou Twitter. Des investisseurs flairent alors la bonne affaire et achètent des actions de la compagnie. Après, c’est le silence radio. On n’en entend plus jamais parler. « Le prix des actions baisse rapidement. Ceux qui les ont achetées perdent leur argent », observe l’Autorité des marchés financiers.

3. Le délit d’initié

Lorsqu’on achète des actions d’une compagnie après avoir obtenu de l’information privilégiée que personne d’autre ne possède, on peut être reconnu coupable d’un délit d’initié. « Un délit d’initié est un acte illégal qui consiste à acheter ou à vendre des titres en utilisant une information qui n’est pas accessible pour le public. La communication d’information privilégiée peut également être considérée comme un délit d’initié », prévient l’AMF.

4. Vente pyramidale

Les fraudeurs des ventes pyramidales font miroiter des rendements très élevés si les investisseurs misent leurs œufs dans leur entreprise. Ils promettent aussi plus d’argent à ceux qui recrutent de nouveaux investisseurs. « Les promoteurs vous incitent à parrainer d’autres investisseurs qui deviendront vos “filleuls”, “affiliés”, “recrues”, etc. », relate l’AMF. En vrai, l’argent n’a jamais été investi et se retrouve dans les poches des fraudeurs.

5. Plateformes en ligne illicites

Des plateformes en ligne proposent des produits frauduleux, comme des devises, des actions ou encore de la cryptomonnaie. Une fois de plus, ces bandits se tournent vers Facebook et Twitter pour donner un vernis de crédibilité à leur magouille. Témoignages fictifs, commentaires fabriqués... ils font tout pour séduire les investisseurs. « Ils répliquent systématiquement aux témoignages de victimes et aux messages d’alerte », ajoute l’AMF.

L’AMF en quelques chiffres

Poursuites en 2017 :

  • 82 contre 124 personnes et sociétés

Amendes et pénalités :

  • 44,4 millions $

Chefs d’accusation :

  • 64 chefs d’accusation à la Loi sur les valeurs mobilières (LVM) ou à la Loi sur les instruments dérivés (LID)
  • 9 chefs d’accusation à la Loi sur la distribution de produits et services financiers (LDPSF)
  • 31 chefs d’accusation portés pour des infractions à la Loi sur les entreprises de services monétaires (LESM)
  • 2 chefs d’accusation portés pour des infractions à la Loi sur les contrats des organismes publics (LCOP)

Source : Autorité des marchés financiers, année 2017

Quatre dossiers majeurs de l’AMF

  • Amendes de 2,1 millions $ à Denis Patry (Corporation Zénith) pour informations fausses ou trompeuses
  • Amendes de 1,5 million $ et 90 jours de prison à Serge Ollu pour un stratagème de pump and dump
  • Amendes de 1,1 million $ à Mathieu Tremblay pour du délit d’initié
  • Amendes de près de 700 000 $ à Guy Drouin et Ressources minières Andréanne pour des manquements à la Loi sur les valeurs mobilières

Source : Autorité des marchés financiers, année 2017