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Un candidat de Maxime Bernier s’en prend aux grandes banques

Il allègue qu’une douzaine d’entre elles auraient gonflé le prix de l’argent

Raymond Ayas
Photo Martin Chevalier Raymond Ayas, qu’on voit ici avec quelques-unes de ses pièces d’argent, estime des milliers de Québécois se sont fait flouer par des banques.

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Un candidat du Parti populaire du Canada de Maxime Bernier réclame 200 millions $ à de grandes banques pour un complot allégué dans la fixation du prix de l’argent.  

« Je veux exposer le cartel des banques et je veux le faire exploser », martèle Raymond Ayas, courtier immobilier et candidat du Parti populaire du Canada dans Ahuntsic-Cartierville.  

Ayas, un ex-président de l’association du Parti conservateur d’Ahuntsic-Cartierville, est un passionné de l’argent en tant que métal.  

Il dit avoir fait l’achat de 1000 onces d’argent depuis une dizaine d’années, pour une valeur d’environ 25 000 $, auprès d’un marchand spécialisé de Montréal.  

Il est convaincu que sa valeur va croître de manière importante.  

Mais en 2016, il dit avoir compris qu’il s’était fait berner par un « cartel » de grandes banques internationales qui auraient fixé le prix de base (spot price en anglais) de la ressource artificiellement.  

Selon le recours collectif dont il est le demandeur, un groupe de banques, dont la Banque Scotia, a comploté à Londres pendant 15 ans et derrière de « l’information privilégiée » entre elles sur des « transactions confidentielles » de leurs clients à venir pour établir le prix de l’argent.  

Son combat  

Le prix était manipulé frauduleusement, selon lui, à l’avantage des banques pour gonfler leurs profits.  

Ayas mène depuis 2016 un combat pour obtenir un dédommagement pour les Québécois. Selon lui, les gens ont pu se faire avoir à cause de placements faits par leurs conseillers dans des fonds communs ou dans leurs régimes de retraite.  

« Je me sens floué. La moindre erreur que fait le petit contribuable, il se fait taper sur les doigts. Pour les grandes banques, c’est une autre histoire », confie-t-il.  

Le recours collectif n’a pas encore été autorisé au Québec, mais un recours semblable aux États-Unis visant plusieurs des mêmes banques a été autorisé en 2018.  

Il y a quelques mois, une des banques poursuivies, la Deutsche Bank, a d’ailleurs accepté de verser 2,1 millions $ au groupe représenté par Ayas pour régler le litige. La banque allemande accepte aussi de coopérer et de fournir de l’« information et de[s] données essentielles » au recours.  

La Deutsche Bank avait déjà conclu des règlements similaires pour des recours du même ordre en cours en Ontario et aux États-Unis en versant de l’argent.  

« C’est une grosse affaire », assure le candidat de Maxime Bernier.  

♦ La Banque Scotia, la Deutsche Bank, la Banque HSBC et la banque suisse UBS font partie des institutions visées au Québec. C’est le cabinet d’avocats Siskinds Desmeules qui assume les frais du recours au Québec. Ce dernier a toutefois droit à 33 % de toutes les sommes qui pourraient être obtenues.  

Il se défend d’être un complotiste  

Raymond Ayas se défend d’être un partisan de théories du complot obscures, mais il a été mêlé à quelques controverses dans les dernières années.  

Alors qu’il était le porte-parole de l’Association des parents catholiques du Québec (APCQ), il est intervenu dans le débat sur le programme d’éducation à la sexualité du ministère de l’Éducation. Il a participé à la préparation d’un livre en 2019 qui propose de retirer les enfants de ces cours obligatoires.  

En 2017, il avait dû s’expliquer à La Presse pour une conférence organisée par l’APCQ (intitulée « De la Révolution française à la Révolution tranquille »), dont l’annonce avait été faite sur le site de l’archevêché de Montréal avant de disparaître. Le lieu de la conférence avait aussi dû être déplacé.  

Conférencière louche  

Une des conférencières invitées était l’historienne française Marion Sigaut. Elle entretient des liens avec Alain Soral, un polémiste condamné pour antisémitisme, et son groupe Égalité et Réconciliation, avait révélé La Presse.  

« Ce n’est pas mon amie », nous a dit Raymond Ayas, tout en ne niant pas connaître ses liens avec Alain Soral.   

« Ça ne me concerne pas », a-t-il affirmé.   

Raymond Ayas a également reconnu qu’un membre du groupe Dans mes souvenirs s’était présenté lors de la conférence pour faire une entrevue avec Mme Sigaut.  

Ce groupe publie sur Facebook des propos antiféministes et qui dénigrent le défilé de la Fierté gaie, a pu constater notre Bureau d’enquête.   

Sur Facebook, Raymond Ayas a aussi déjà aimé la page du groupe Dans mes souvenirs, mais il nous a assuré en entrevue qu’il n’avait « aucun rapport avec [le groupe] ».  

 – Avec la collaboration de Brigitte Noël