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Impuissance numérique

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Depuis qu’elle a été rendue publique, on ne cesse de parler de la faille de la sécurité numérique chez Desjardins. Et cela va de soi. Dans une petite société comme le Québec, où Desjardins n’est pas qu’une institution financière parmi d’autres, mais une institution nationale, le traumatisme est général.  

Chacun, à sa manière, est touché. Et à ce qu’on en comprend, la gestion de la catastrophe par Desjardins n’a rien d’exemplaire. Comme si la plus célèbre coopérative québécoise se permettait de traiter le dossier avec désinvolture. Combien sont-ils en ce moment à gâcher leur début d’été en essayant de réparer la situation avec Equifax ? 

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Desjardins 

Allons au-delà du seul cas de Desjardins. C’est une époque qui se révèle. 

Le commun des mortels, chaque jour, sans toujours s’en rendre compte, confie des informations personnelles essentielles à des entreprises, en faisant le pari, pas complètement insensé, qu’elles seront traitées de manière sécuritaire.  

Il se dit : les grandes entreprises doivent prendre la sécurité de leurs clients au sérieux, non ? Il refuse de se méfier de tout le monde tout le temps. Il constate aujourd’hui qu’il est bien désarmé quand le système craque. 

Ce qui domine depuis quelques jours, c’est un sentiment d’impuissance qui pousse au désarroi. Que faire, répètent un peu partout les victimes de cette brèche informatique ? On croit même comprendre qu’elles sont plus fréquentes qu’on ne le dit, comme le rappelait Le Journal, hier, dans un article consacré au traitement des données privées par les fonctionnaires fédéraux .  

En d’autres mots, même le gouvernement, dont la première mission est d’assurer la sécurité des citoyens, ne se montre pas à la hauteur de la sécurité numérique.  

Il y a une première leçon à retenir de ça : nous sommes de plus en plus confrontés à des pouvoirs impersonnels, sur lesquels notre emprise est terriblement limitée. Voudrions-nous les affronter et les placer devant leurs responsabilités que nous ne saurions trop comment faire. Si chacun sait à peu près naviguer sur internet, qui pourrait sérieusement expliquer même de la manière la plus simple qui soit comment fonctionne ce qu’on appelait encore hier le cyberespace ? Nous jouons d’un instrument, mais c’est lui qui se joue de nous.  

Nous savons bien, aussi, que nous ne décrocherons pas de la civilisation virtuelle. Elle progressera toujours davantage. Nous sommes à l’aube de ce nouveau monde, et nous avons encore le souvenir de l’ancien, où il était encore possible, en dernière instance, de se confronter à celui qui commet une faute grave, pour qu’il assume ses responsabilités.  

Mais la justice peut s’adapter, on le sait, aux crimes informatiques et à la négligence de même nature. 

Justice 

Il ne nous reste plus qu’à espérer que la crapule (ou les crapules) coupable de la fuite chez Desjardins soit sévèrement punie, qu’on fasse un exemple avec elle, pour envoyer un message tout simple : la confidentialité est un droit fondamental.  

Ceux qui disposent d’un grand pouvoir et qui trahissent leur fonction doivent être réprimandés sans ambiguïté. C’est ainsi que la confiance sera restaurée.