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«On court tous après les mêmes gros noms»

La multiplication des festivals au Québec entraîne des effets pervers

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Photo ANNIE T. ROUSSEL

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Au grand plaisir des amateurs de musique, les festivals ont poussé comme des champignons au Québec au cours des dix dernières années. Or, cette abondance entraîne des effets pervers : plusieurs grands festivals ont de plus en plus de difficulté à bâtir des programmations qui sortent du lot et qui suscitent l’engouement des festivaliers.

Selon Nick Farkas, programmateur chez evenko, qui organise Osheaga, Heavy MTL et Île Sonik, le problème se résume ainsi : les festivals sont de plus en plus nombreux à recruter de grandes vedettes internationales pour vendre des billets. En 2019, c’est le cas des événements aux quatre coins du Québec, et plus seulement dans les grands centres urbains.

« Au Québec, il y a quatre ou cinq ans, peu de festivals avaient des têtes d’affiche de grande ampleur à part nous, le Festival d’été de Québec et Montebello, note Nick Farkas. Maintenant, tu as des Bryan Adams, des Bad Religion et des Sum 41 qui jouent partout en région. C’est devenu plus difficile de se distinguer des autres. »

La Belle Province connaît le même phénomène que celui qui touche les festivals en Europe et aux États-Unis depuis plusieurs années, mais dans un contexte où le nombre de grandes vedettes capables de fédérer les foules ne grandit plus au même rythme qu’avant, soulève Louis Bellavance, directeur de la programmation au Festival d’été de Québec.

« On court tous après les mêmes gros noms. Donc, plus on ajoute de festivals, plus ça devient une chasse au talent extrêmement difficile. »

Le meilleur exemple en 2019 ? The Offspring. Le groupe punk californien tient l’affiche de trois festivals – Trois-Rivières, Québec et Alma – en plus de jouer au Bluesfest d’Ottawa.

Cachets

Par conséquent, les artistes se retrouvent avec le gros bout du bâton quand vient le temps de négocier les cachets, déplore le fondateur du défunt Rockfest de Montebello, Alex Martel.

« La compétition entre les événements leur permet de jouer à la surenchère. En faisant ça, tous les festivals se tirent dans le pied parce qu’il y aura toujours un promoteur qui va mettre l’argent de plus. Ensuite, l’artiste ne voudra plus revenir sur notre territoire pour moins cher. »

En outre, pointe Nick Farkas, les festivals au Québec sont désavantagés par le taux de change défavorable puisqu’ils doivent payer les stars en dollars américains.

Par exemple, ces jours-ci, pour retenir les services d’une star qui exige 1 million $ US, un événement québécois doit débourser 1,3 million $ CAN.

L’effet wow

Gavés de vedettes depuis quelques années, les festivaliers sont également devenus de plus en plus exigeants. Et quand une programmation les déçoit, ils n’hésitent pas à prendre d’assaut les réseaux sociaux pour exprimer leur mécontentement.

« Plus rien n’impressionne personne », se désole Alex Martel.

Ainsi, malgré la présence de Twenty One Pilots, Blink-182, Imagine Dragons et Mariah Carey, l’affiche 2019 du FEQ est loin d’avoir fait l’unanimité.

« C’est clair qu’on ne peut plus avoir le même effet wow, signale Louis Bellavance. La game a beaucoup changé depuis 2010 quand on arrivait en disant “Première fois à Québec” ou “Exclusivité québécoise”. »

Nick Farkas ajoute que l’effet wow est encore plus difficile à obtenir parce que les festivaliers québécois comparent les affiches des festivals d’ici avec celles des Coachella et Lollapalooza et autres grands événements musicaux en Amérique.

Pourtant, argue M. Farkas, en avril dernier, Coachella proposait Childish Gambino le vendredi et Tame Impala le samedi, alors qu’Osheaga les présentera le même jour. « Pour nous, c’était un coup énorme. Sauf que quand on l’a sorti, les gens ont dit : “Ouain, Tame Impala ne joue pas en tête d’affiche”. C’est impossible de plaire à tout le monde ! »

Y a-t-il trop de festivals ?

Le Québec présente un nombre croissant de festivals de musique chaque été. Mais est-ce que trop, c’est comme pas assez ?

Fondateur du Rockfest, Alex Martel se range du côté de ceux qui croient qu’il y en a trop. Après avoir longtemps courtisé les grosses vedettes rock, son Rockfest a fait faillite, l’hiver dernier, ce qui l’a contraint à présenter un festival de moindre envergure au printemps.

M. Martel parle « d’une saturation totale qui fait en sorte qu’il y a certainement moins de monde dans bien des festivals parce que la clientèle se divise entre les événements ».

Programmateur du Festival international de jazz de Montréal et des FrancoFolies, Laurent Saulnier pense le contraire. « Tous ont le droit d’exister, de survivre et d’essayer de passer à travers toutes les tempêtes imaginables », estime-t-il, concédant que la longévité d’événements comme les siens leur procure des assises plus solides pour faire face aux tempêtes.

Pour sa part, le fondateur du Piknik électronique, Michel Quintal décrie ceux qui copient une formule à succès, « qui créent des festivals similaires à un autre », dans le même marché.

« Je n’ai rien contre une idée originale. C’est quand tu crées un truc similaire que ça cause des problèmes, autant pour la clientèle que pour le booking. »

Saine compétition

Dans les régions, où il n’est désormais plus rare de voir des formations comme Weezer (Festivent de Lévis) ou Nickelback (Grandes Fêtes Telus de Rimouski), on plaide évidemment pour l’abondance des événements.

« Une saine compétition, ça pousse tout le monde à être meilleur », soutient le programmateur de Festivent, Sébastien Huot, qui attire chaque année des stars internationales en plein cœur du quartier Saint-Jean-Chrysostome.

Même son de cloche à Rimouski, où le parc Beauséjour se remplit pour entendre les Bryan Adams, Roger Hodgson et Billy Talent que Sébastien Noël réussit à attirer dans cette région située à 300 km à l’est de Québec.

« Des festivals, il y en a pour tout le monde, déclare le directeur général des Grandes Fêtes Telus. La destination compte aussi. Nous sommes dans le Bas-du-Fleuve dans un petit marché. À côté de Québec et Montréal, nous sommes une goutte d’eau dans l’océan, mais une offre de groupes internationaux peut aider à faire venir des touristes chez nous. »

Musique en continu

De mai à septembre, les festivals de musique s’enchaînent au Québec.

PASSÉS

Metro Metro

  • 18 et 19 mai
  • Cardi B, Future, Snoop Dogg

Montebello Rock

  • 14 et 15 juin
  • MXPX, Vulgaires Machins

FrancoFolies

  • 14 au 22 juin
  • Ariane Moffatt, Koriass

Festival international de jazz de Montréal

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
  • 26 juin au 6 juillet
  • Norah Jones, Charlotte Cardin

Festivoix de Trois-Rivières

  • 27 juin au 7 juillet
  • The Offspring, Marc Dupré

EN COURS

Piknik Électronique de Montréal

  • Tous les dimanches du 19 mai au 29 septembre
  • Omnom, Soul Clap

Festival d’été de Québec

  • 4 au 14 juillet
  • Mariah Carey, Blink-182

Festivalma d’Alma

  • 5 au 13 juillet
  • The Offspring, Loud

À VENIR

La Fête du lac des Nations de Sherbrooke

  • 16 au 21 juillet
  • Wyclef Jean, CCR, Loud

Le Festif de Baie-Saint-Paul

  • 18 au 21 juillet
  • Gogol Bordello, Les Trois Accords, Marjo

Grandes Fêtes Telus

  • 18 au 21 juillet
  • Nickelback, Pitbull, Éric Lapointe

Heavy Mtl

  • 27 et 28 juillet
  • Slayer, Ghost, Godsmack

Festivent de Lévis

  • 31 juillet au 4 août
  • Weezer, Sean Paul

Osheaga

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Photo AFP
  • 2 au 4 août
  • Childish Gambino, The Lumineers, Tame Impala

Île Sonik

  • 9 et 10 août
  • Marshmello, Above & Beyond, Kaskade

International de montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu

  • 10 au 18 août
  • Akon, Walk off the Earth, Loud

Agorafest de Québec

  • 29 août au 1er septembre
  • Limp Bizkit, Dennis DeYoung

Festival de montgolfières de Gatineau

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Photo Martin Chevalier
  • 29 août au 2 septembre
  • Nickelback, Les Trois Accords, Ariane Moffatt