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Cours de sacres pour les touristes sur Airbnb

L’atelier a été suivi par 400 personnes cette année

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La scène se passe un dimanche soir dans le restaurant Frite Alors! de la rue Rachel, dans le Plateau-Mont-Royal. Trois Américaines, trois Françaises et une Ontarienne dégustent des poutines, tandis qu’Alissa Bonneville, pendant une heure et demie, leur inculque des rudiments de joual.  

«Cri... de câli... de tabar...» articule laborieusement une touriste texane avec l’accent qu'on peut imaginer. Tous les autres applaudissent. «Cib... d’host... de sacra...» bredouille à son tour une voyageuse originaire du New Jersey. Bravo! Une Strasbourgeoise choque tout le monde en prononçant le mot «tabernacle» de la manière la plus franco-française possible.  

L’atelier de joual de 90 minutes est donné par Alissa Bonneville (au centre, qui a les bras ouverts) dans des poutineries, comme ici dans un Frite Alors! de Montréal.
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI
L’atelier de joual de 90 minutes est donné par Alissa Bonneville (au centre, qui a les bras ouverts) dans des poutineries, comme ici dans un Frite Alors! de Montréal.

Apprendre à sacrer et à ficeler des chapelets de sacres en les combinant entre eux est le fait saillant de cet atelier «Cours de Québécois», offert moyennant 18 $ par l’entremise de l’application Airbnb depuis février et suivi par quelque 400 voyageurs depuis. Également au menu: les versions adoucies comme câline, sacramouille ou tabarnouche.  

«C’est sûr que les gens rient! Pas juste mon groupe, les gens autour. C’est amusant pour les Québécois d’entendre des étrangers de partout dans le monde essayer de sacrer!» lance Alissa Bonneville. Ses élèves sont un tiers anglophones, un tiers Français/Suisses/Belges et un tiers d’ailleurs. «Beaucoup de Français désirent s’initier au joual!» remarque-t-elle.  

Alissa Bonneville s’est déjà fait chasser de La Banquise parce que son groupe d’apprentis-sacreurs troublait certains clients. «Lorsque nous sentons que nous fâchons quelqu’un ou s’il y a des enfants à la table d’à côté, je sors avec mon groupe pour aller dans le parc Lafontaine.»  

Révélation  

Originaire d’Ottawa et scolarisée en anglais, Mme Bonneville a vécu surtout dans le West Island. «Lorsque j’ai commencé à suivre des cours de cirque dans l’Est de Montréal et que j’ai côtoyé des Québécois, ça a été une révélation linguistique», se souvient-elle. La femme de 32 ans note avec enthousiasme toutes les expressions savoureuses qu’elle entend. Elle loge maintenant sur le Plateau.  

«Ma passion pour le joual et le parler québécois m’a inspiré cette idée d’atelier que j’ai inscrit dans Airbnb pour les voyageurs curieux et que les bons commentaires des gens m’ont permis de faire connaître», raconte celle dont la principale occupation consiste à enseigner le «tissu aérien» (une discipline de cirque) avec sa compagnie appelée CirQus.  

Tensions  

Mme Bonneville commence ses ateliers en résumant en vingt minutes l’histoire du Québec contemporain, notamment en ce qui a trait à la loi 101 ou au référendum de 1995. Elle mentionne bien sûr le Frère Untel, qui a forgé l'expression «joual» (manière populaire de prononcer cheval) pour désigner le patois national.  

Elle donne son atelier «Cours de Québécois» quatre fois par semaine dès qu’il y a au moins deux élèves. Un de ses groupes la semaine dernière comptait quatorze personnes — son record.  

Le restaurant La Banquise est son lieu de prédilection, mais il est aussi ridiculement achalandé; elle envisage donc de faire une tournée des «poutineries».