/24m
Navigation

Être désiré

Bloc théatre scène humour spectacle cinéma
Photo Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Quand j’étais à l’école de l’humour, un des professeurs, que j’avais et que j’ai toujours en plus haute estime, nous disait qu’une des choses les plus importantes pour réussir dans le métier c’est de faire monter son niveau d’indispensabilité.

Être irremplaçable. Que dès que notre nom est mentionné quelque part, les autres possibilités disparaissent.

Cela va faire maintenant 10 ans que j’ai fini ma formation et je pense encore souvent à ce conseil. Comment est-ce que je peux me rendre encore plus indispensable?

Avec le temps, je me demande si ce leitmotiv inspirant n’est pas devenu un genre de pression que je porte sur mes épaules.

Comme si chaque fois que je voyais un nouveau projet intéressant se dessiner, je me sentais l’obligation de montrer mon intérêt. Et quand, finalement, ce sont d’autres gens qui sont choisis pour le faire, je me sens mal. Comme si je n’en avais pas assez fait. Mais qu’est-ce que j’aurais pu bien faire de plus pour qu’on pense à moi?

Comprenez-moi bien, je n’essaie pas ici de jouer la victime ou de me plaindre d’une quelconque injustice. Je ne manque pas de boulot et ma carrière se porte très bien. Je m’interroge plutôt sur la nécessité de se mettre autant de pression.

Je parle ici de ma réalité d’humoriste parce que c’est ce que je connais, mais je sais que la peur d’être remplacé, l’angoisse d’être mis de côté est bien réelle dans tous les domaines de carrière, d’études ou de vie sociale, en général.

Il y a quelque chose de bon là-dedans, certes, cela nous pousse à vouloir nous dépasser. À vouloir en faire plus pour montrer que nous sommes à la hauteur des attentes. Mais pourquoi est-ce si difficile par la suite de se sentir accompli? Pourquoi la force du travail et des efforts ne vient-elle pas avec son équivalent de satiété et de satisfaction?

Comme un chien qui court après sa queue, mais qui ne se sent pas pleinement satisfait quand il finit par l’atteindre. J’imagine que c’est normal jusqu’à un certain point de ne pas se sentir trop accompli, ça permet de ne pas trop rester assis sur nos lauriers.

Je crois que je devrais faire un effort. Je dis JE mais sentez-vous bien à l’aise de vous attribuer cette réflexion. Je devrais être capable de me contenter. De comprendre que je ne peux pas tout faire, tout avoir et être demandé par tout le monde. La vie est remplie de gens talentueux et travaillants qui méritent tout autant que moi, tout autant que vous d’être sollicités.

Trouver le juste équilibre entre la poursuite de l’excellence et la contemplation de l’instant présent. Ne pas toujours courir après quelque chose, sans non plus rester couché sur mes acquis. Une quête qui semble si simple par écrit, mais dont je cherche l’aboutissement depuis si longtemps.