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La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs

La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs
Photo courtoisie

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Cet été encore, mes lectures de vacances ont été très hétéroclites. De la philosophie, de la poésie, de l’architecture, de l’art culinaire et du jardinage.

Des thèmes très variés, d’époques et de styles différents. Tout pour m’éloigner de la grisaille de la politique partisane et des tourments de l’actualité nationale et internationale.

Pas de tabou

Au nombre de mes trouvailles, il y a La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs, une œuvre poétique, rédigée vers 1420 par Mouhammad al-Nafzawi, de la tribu berbère de Nafzawa, pour le souverain de Tunis, Abd al-Aziz Abou-Faris.

On le devine, on y parle de sexe. Je l’avais lu en arabe, et j’étais curieuse d’y replonger dans la langue de Molière. C’est le genre de livre qui demeure nouveau tant qu’on ne l’a pas lu.

Nous sommes au début du 15e siècle, un siècle avant que Jacques Cartier ne pose pied au Canada, en 1534. Bien avant que les islamistes ne fassent de la sexualité un tabou et du corps de la femme une obsession maladive qu’il faut emmailloter dans des tchadors, des burqas et des burkinis.

Kamasutra arabe

La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs est considéré comme un manuel des arts de l’amour et un chef-d’œuvre de l’érotologie musulmane, une sorte de Kamasutra d’expression arabe.

Non seulement les plaisirs charnels s’y exprimaient en toute liberté, mais ils se déclinaient aussi à la « Gloire de Dieu. »

Son auteur, Mouhammad al-Nafzawi, était d’ailleurs un « cheikh préposé à la prière, un savant émérite dans les sciences religieuses » et un scientifique prodiguant des conseils et des soins médicaux.

L’ouvrage avait fait sensation en Occident, dès le milieu du 19e siècle, mais c’est à René R. Khawam, traducteur rigoureux des grands textes arabes, que l’on doit de l’avoir rendu accessible en langue française, dans son intégralité et son authenticité.

On y décrit notamment les positions et les manières de faire l’amour, les qualités et les défauts des hommes et des femmes en la matière, les différents noms donnés au sexe féminin et masculin, les maladies liées à la sexualité et les manières de les soigner.

Avec une liberté déconcertante, on y décrit de façon détaillée l’acte sexuel et les étapes de la jouissance chez l’homme et chez la femme jusqu’à « la sensation suprême ».

Adeptes de la pornographie, s’abstenir, car ici tout est affaire de désir, de badinage, de douceur, d’affection, de tendresse, de parfum, de séduction, de subtilité et d’intelligence.

La prose y côtoie la poésie et des personnages historiques surgissent de contes enchanteurs, savamment harmonisés avec les récits érotiques, comme pour marquer les esprits.

La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs est aussi un témoignage de son époque sur la conception que l’on se faisait de l’amour et des relations sexuelles, avant que l’islam ne soit infesté par les tabous et les interdits.