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Les périls de la diplomatie à l’ère de Trump

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Le départ de l’ambassadeur britannique à Washington, suite à la fuite de ses notes diplomatiques très critiques de l’administration Trump, souligne l’extrême difficulté de faire affaire avec un pays où la politique est soumise aux sautes d’humeur d’un leader à la personnalité erratique.

Kim Darroch, jusqu’à hier ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, était un diplomate efficace au jugement politique sûr.

La divulgation de ses notes diplomatiques brutalement honnêtes, qui exposent les dysfonctions de l’administration américaine et le caractère impulsif du président, a provoqué l’ire de Donald Trump et déclenché une mini-crise dans les relations américano-britanniques.

L’épisode démontre les difficultés pour les partenaires des États-Unis, dont nous sommes, de s’adapter à un monde où les règles et la logique de la politique sont supplantées par les humeurs d’un président erratique.

Des observations impitoyables

Le jugement porté par le diplomate sur l’administration Trump est impitoyable. Il décrit une Maison-Blanche « dysfonctionnelle », « incompétente et inepte ». Selon lui, Donald Trump « irradie l’insécurité ».

Bien sûr, ces communications confidentielles ne représentaient pas l’opinion officielle du gouvernement britannique, mais visaient à donner l’heure juste aux décideurs de Londres sur le contexte politique de Washington.

Il n’y a rien là d’inhabituel. En fait, on n’apprend rien dans ces mémos secrets qu’on ne peut pas lire ou entendre quotidiennement dans les médias non inféodés au président Trump.

Personnalisation excessive

Les problèmes soulignés par l’ex-ambassadeur tournent presque tous autour de la personnalité du président et de l’empreinte que celle-ci laisse sur le paysage politique de Washington.

Normalement, quand on décrit les travers d’un gouvernement, on parle des failles d’un système, des obstacles bureaucratiques ou d’une certaine logique du jeu des intérêts.

Dans le Washington de Donald Trump, c’est comme si tout se résumait à des problèmes de personnalité, et comme Trump tient à monopoliser toute l’attention et à concentrer le pouvoir autour de sa personne, il s’agit le plus souvent de sa personnalité à lui.

Ce n’est pas normal, dans un système politique dit démocratique, qu’on ne puisse se faire entendre en haut lieu qu’en flattant l’ego du président.

Normalité suspendue

Le gouvernement britannique, qui a désespérément besoin de l’appui de Washington pour minimiser les dégâts du Brexit, en est réduit à définir ses grandes orientations politiques en fonction de la personnalité d’un président dont le comportement défie toute logique politique conventionnelle.

Le Canada est dans la même inconfortable position. Malgré ses efforts louables pour gérer ce contexte exceptionnel, le gouvernement libéral reste vulnérable aux sautes d’humeur du président, et personne ne peut affirmer sérieusement qu’il en serait autrement pour un gouvernement d’un autre parti.

Dans toutes les capitales, on doit recevoir le genre de missives qu’envoyait Darroch. Celles-ci mentionnent peut-être que les relations avec les niveaux inférieurs du gouvernement américain continuent à peu près normalement, malgré la turbulence au sommet, comme si tout était suspendu dans l’attente d’un retour à la normale. Ce retour viendra-t-il ? Bien malin qui peut le prédire.