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Un boisé prisé par les scientifiques

Des biologistes y ont créé huit étangs et planté presque 5000 spécimens d’arbres de 27 espèces

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L’ASSOMPTION | Un boisé de Lanaudière en cours de revitalisation attire la curiosité de biologistes d’Europe et d’Australie, en plus de servir à des expériences scientifiques aux résultats surprenants. 

«On entendait juste des maringouins il y a deux ans, maintenant, j’entends chanter les grenouilles, c’est comme un rêve», s’enthousiasme Daniel Kneeshaw, professeur de biologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) qui pilote plusieurs activités de recherche dans le boisé des Terres noires. 

Ce terrain de 37,4 hectares, situé à un peu plus d’un kilomètre aux abords de la route 341, à L’Assomption, était autrefois un site d’extraction illégale de tourbe et de terre noire appartenant à un investisseur privé, qui contenait notamment 14 tonnes de déchets et plus de 200 pneus. 

Le site, qui est maintenant la propriété de la Fiducie de conservation des écosystèmes de Lanaudière (FCEL), est un incroyable terrain de jeux pour biologistes québécois et étrangers. 

Sa terre noire est très riche en matière organique, plus riche que d’autres types de terre, selon Michel Leboeuf, biologiste et directeur général de l’organisme à but non lucratif. 

«Il y en a plus en Europe de ce genre de terre. Elle a des dépôts organiques qui datent de très, très longtemps», explique-t-il. 

L’organisme a investi 465 000 $ de subventions pour notamment créer huit étangs qui ont généré sept espèces d’amphibiens et planter 4800 spécimens d’arbres, de 27 espèces différentes, affirme M. Leboeuf. 

Une jeune forêt de bouleaux gris.
Photo collaboration spéciale, Simon Dessureault
Une jeune forêt de bouleaux gris.

Impressionnante diversité 

Les deux biologistes se disent par ailleurs émerveillés et impressionnés que la biodiversité revienne si vite, après la création de ces microhabitats il y a moins de deux ans. 

«Les espèces qu’on espérait voir revenir l’ont fait dès la première année. C’était un chantier ici avant», rappelle Michel Leboeuf, faisant notamment référence au crapaud d’Amérique, à la rainette versicolore et à la grenouille léopard. 

Afin de voir s’ils peuvent créer des écosystèmes plus résistants, des chercheurs ont planté un grand nombre d’espèces variées d’arbres, une à côté de l’autre, tels des mélèzes, érables rouges, peupliers, sapins, épinettes, etc. Chaque espèce est identifiée de tissus de différentes couleurs. 

«On teste différentes combinaisons d’espèces et on regarde si la biodiversité végétale va nous permettre de lutter d’une meilleure façon contre les espèces envahissantes [dont la propagation constitue une menace pour l’environnement]», avance Daniel Kneeshaw, qui fait référence à la plante herbacée phragmite et au nerprun, un type d’arbuste, très présents sur ce terrain malgré les nombreux efforts d’éradication. 

«Si on peut diversifier, est-ce qu’on peut avoir une meilleure résilience des écosystèmes et une meilleure productivité?» se questionne M. Kneeshaw. Il veut voir si cette mixité des espèces d’arbres peut créer un écosystème différent, mais plus fort et plus résistant. 

Le secteur de la friche à l’entrée du boisé où les scientifiques font diverses expérimentations.
Photo collaboration spéciale, Simon Dessureault
Le secteur de la friche à l’entrée du boisé où les scientifiques font diverses expérimentations.

Biologistes de partout 

Le boisé des Terres noires est si singulier que de nombreux biologistes étrangers viennent l’étudier. C’est le cas d’un biologiste d’Espagne, de passage l’été dernier pour comprendre la cohabitation des arbres dans un milieu plus humide, alors que la sécheresse est une problématique en Espagne. 

Des biologistes allemand et australien sont également venus faire leur tour comme le terrain est un «beau défi d’analyse scientifique pour les chercheurs». 

«Le climat d’Australie ne ressemble pas du tout à ce qui se passe au Québec, alors il y avait un intérêt à voir comment ça se passe ici», explique M. Kneeshaw. 

Un groupe de l’Université de Toronto, un écologiste forestier du Vermont et différents groupes universitaires du Québec ont également visité la petite merveille scientifique. 

Un lieu important 

Le biologiste insiste sur l’importance de la création de ce genre de lieux au Québec, particulièrement dans un contexte de perte de milieux humides à cause de l’étalement urbain. 

«Il faut commencer quelque part comme le film L’homme qui plantait des arbres, a imagé le scientifique faisant référence à la nouvelle dont le personnage principal crée une forêt. On va le faire nous-mêmes si le gouvernement ne le fait pas.» 

M. Kneeshaw a en effet expliqué qu’il est difficile de faire ce genre de travail au sud du Québec, car il y a beaucoup de terrains privés et qu’on perd des milieux humides. 

«Le gouvernement vise le nord et les grandes superficies, mais c’est au sud du Québec qu’il y a le plus de besoins [pour ce genre de milieux]», dit le professeur.