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Le Québec des «p’tits vieux»

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J’arrive d’Afrique. Je suis encore sur le décalage horaire, mais le plus gros décalage qui me frappe, chaque fois, c’est le fossé démographique. Il y a tellement de jeunes en Afrique comparativement à nos sociétés vieillissantes.

Un défi réel

C’est tout le contraire de nos sociétés post-industrielles. Un défi bien réel qu’on a tendance à sous-estimer et qui a des impacts majeurs sur l’ensemble des politiques publiques, tant sur le plan économique, financier, politique que constitutionnel.

L’Institut de la Statistique du Québec (ISQ) vient de le confirmer en publiant, hier, « Les Perspectives démographiques du Québec et des régions 2016-2066. »

Si la tendance se maintient, le Québec serait une nation de « p’tits vieux » dès la prochaine décennie, alors que les 65 ans et plus dépasseraient, en nombre, les 0-19 ans, à compter de 2022.

De 2016 à 2066, les aînés enregistreraient une hausse significative de 1,3 million sur 1,7 million, soit près des « trois quarts de la croissance totale envisagée ».

Le vieillissement de la population est le lot de la plupart des sociétés occidentales, sauf celles qui ont pris les moyens de stopper l’hémorragie.

Pour le Québec, les nouvelles ne sont pas bonnes. Son accroissement naturel deviendrait négatif à compter de 2032, alors que « le nombre des décès devrait surpasser le nombre des naissances ».

L’autre préoccupation majeure touche les disparités de populations en région. Certaines, déjà dévitalisées, s’affaibliront davantage en perdant de leur poids démographique, soit « la Côte-Nord (–15 %), la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (–9 %), le Bas-Saint-Laurent (–6 %) et le Saguenay–Lac-Saint-Jean (–6 %). »

Gouverner, c’est prévoir

Plus qu’un recueil de données statistiques, « les perspectives démographiques du Québec et des régions » sur un horizon de cinquante ans, est un outil indispensable de planification et d’élaboration des politiques publiques.

C’est une lecture obligatoire pour le premier ministre du Québec, son gouvernement et les élus de l’Assemblée nationale.

Car au-delà des chiffres, ce que ce document expose ce sont les tendances lourdes qui influenceront l’avenir du Québec. Or, « gouverner, c’est prévoir ».

Robert Bourassa est l’un des rares premiers ministres à avoir compris l’importance de la démographie. Il en avait fait une préoccupation constante sachant que le poids politique du Québec au sein du Canada en dépendait.

D’où son insistance sur l’élargissement des compétences du Québec en matière d’immigration dans l’Accord du lac Meech.

Si rien n’est fait pour assurer une croissance naturelle de la population, le gouvernement du Québec devra hausser ses seuils d’immigration, de façon significative, afin de pérenniser ses services publics et pallier ses pénuries de main-d’œuvre.

Autrement, il n’y a pas de quoi être fiers de se dire une « Nation » si le peuple n’a plus le goût et la capacité de se renouveler naturellement et de transmettre son histoire, ses valeurs et sa culture aux générations futures. Le réveil risque d’être brutal.