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Les amis encombrants

François Legault
Photo Patrick Bellerose

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Les premiers ministres de l’Ouest se réjouissaient que le Québec emboite le pas dans leur contestation d’une taxe carbone imposé par Ottawa mais ils n’en comptent pas moins sur le gouvernement fédéral pour forcer le passage d’un oléoduc qui traversera la province vers les maritimes. Quant à l’électricité du Québec, l’Ontario ne veut même pas en entendre parler. Le Québec soumis et dépendant, tel est le destin canadien!

François Legault a surpris en faisant volte-face sur la taxe carbone, alors qu’après avoir fait front commun avec le gouvernement Trudeau sur la question, il se joignait finalement à la contestation de ses collègues devant les tribunaux. Ses prétentions sont à l’effet que la question relève de l’autonomie des provinces et que c’est à celles-ci de décider du taux de taxation. Le Québec ne s’était d’ailleurs pas vu imposer par Ottawa une telle taxe parce qu’il avait mis en place son propre régime, mais dans le cas de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario, le gouvernement fédéral a dû leur imposer cette taxe carbone, faute qu’elles aient procédé elles-mêmes. 

On peut se réjouir que le premier ministre Legault soit capable de changer d’idées et espérer qu’il en fasse autant dans d’autres projets douteux, il demeure toutefois qu’au nom de l’autonomie de la province il s’est allié à des premiers ministres qui n’éprouvent guère de souci pour l’environnement. On peut parier que les gens de l’Ouest seront réticents à taxer adéquatement les pétrolières et les industries en invoquant la santé économique et le maintien d’emploi. Après tout, Jason Kenney n’a-t-il pas mis fin aux fermetures progressives des mines de charbon? La source d’énergie la plus polluante! Quant à Doug Ford, il préfèrerait rénover ses centrales nucléaires plutôt que de dépendre du Québec en approvisionnement électrique.

Le Québec seul, en opposition avec le passage de l’oléoduc souhaité par l’Ouest sur son territoire, rappelle étrangement la position dans laquelle s’était retrouvé René Lévesque avec le rapatriement de la constitution en 1982. La faveur intéressée que François Legault a faite à ses collègues premiers ministres contestataires de la taxe carbone ne lui apportera aucune contrepartie et risque de devenir gênante à la lumière du peu d’empressement que ceux-ci ont pour taxer les pollueurs. La hargne du ROC contre la loi sur la laïcité n’ira pas en s’estompant. La retenue du gouvernement centrale risque de s’atténuer après les élections pour enfin satisfaire les demandes de l’Ouest et permettre le passage d’un oléoduc. L’entêtement de Doug Ford à lever le nez sur notre électricité s’amplifiera et les projets de barrage de notre premier ministre tomberont.

Jason Kenney voudrait pouvoir exporter son pétrole sale via le territoire québécois parce que la province lui serait redevable en recevant de la péréquation. Pourtant, cette péréquation ne fait que compenser les iniquités du gouvernement fédéral pour un Québec qui ne reçoit pas sa juste part des embauches et contrats réalisés par Ottawa. Kenney nous traite comme des assistés sociaux et entend bien nous maintenir dans cet état qui l’accommode. Il ose même parler de menace pour l’unité canadienne relativement à l’attitude du premier ministre Legault alors que c’est l’Albertain qui se comporte en matamore. 

Vive le Canada pour le Québec signifie rentrer dans le rang et s’effacer progressivement. En attendant, prend le chèque de la péréquation et « ferme ta gueule ».