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Zoofest: quand l’humour devient politique

Zoofest: quand l’humour devient politique
Photo Agence QMI, TOMA ICZKOVITS

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MONTRÉAL | Dans le cadre du festival Zoofest qui s’est ouvert jeudi soir, l’humour à saveur politique prend une place importante au sein des nombreux spectacles à l’affiche, un genre tout aussi difficile à définir que nécessaire socialement selon quatre humoristes qui tentent de faire le tour de la question.

«Ce n’est pas un genre l’humour politique, c’est un thème peut-être, mais je ne pense pas que c’est une manière d’écrire. Tu peux avoir de l’humour noir, de l’humour absurde, mais ce n’est pas un genre en soi», soutient d’emblée Fred Dubé, qui présentera son spectacle «La lutte du guacamole» au Théâtre Sainte-Catherine à partir de ce vendredi.

«Dès que tu prends la parole, c’est politique, même quand tu fais des "jokes" de couples», poursuit-il.

Pour les trois autres humoristes présents à cette table ronde informelle, c’est l’intérêt qui guide d’abord leur démarche et leur volonté d’avoir un propos politique.

«Je pense que ça vient aussi de ce qu’on aime en humour. Moi, ça n’a jamais vraiment été un choix conscient. Ce qui m’a amené à l’humour, c’est ce genre d’humour là», soutient Colin Boudrias, dont le spectacle «Chevalier blanc» aura également lieu au Théâtre Sainte-Catherine.

«Tant qu’à travailler sur un numéro, j’aime mieux travailler sur quelque chose qui m’intéresse», poursuit Alexandre Forest, qui revient cette année avec son spectacle «Mûr», en plus d’un deuxième projet, intitulé «La révolution très chill», présentés respectivement au Studio Hydro-Québec du Monument-National et au Théâtre Impro Montréal.

«Des blagues d’épicerie, de bowling, des affaires de même, c’est juste que rapidement, je vais me désintéresser de ces "jokes"-là, je n’aurai pas envie de les améliorer», ajoute-t-il.

«Ça peut devenir ennuyant quand tu ne dis rien», enchaîne rapidement Louis T, qui présentera son spectacle «Vérités et conséquences» à partir de la semaine prochaine, au Studio Hydro-Québec du Monument-National.

Un propos

Malgré leur intérêt indéniable pour la chose politique et leur désir tout naturel de se lancer dans des numéros à caractère social, il reste néanmoins que ce genre d’humour nécessite davantage de travail.

Zoofest: quand l’humour devient politique
Photo Agence QMI, TOMA ICZKOVITS

«On a un désir de communiquer, mais ce n’est pas évident quand tu t’assois à ta table et que tu te dis, je veux parler de paradis fiscaux par exemple, poursuit l’humoriste reconnu pour ses courtes capsules humoristiques sur différents thèmes de l’actualité. Parce que quand ça fait une heure que t’es devant ta page, tu réalises que ce n’est pas évident finalement d’en parler. Tandis que si tu voulais parler de ta blonde ou du ménage, après 15 ou 20 minutes tu risquerais déjà d’avoir trouvé une couple de gags.»

Des difficultés

Vouloir faire passer un message à travers l’humour représente ainsi une difficulté certaine, d’autant plus que les pièges sont nombreux. L’humour politique exige de s’éloigner à la fois du ton moralisateur et de la facilité. Les critiques peuvent arriver rapidement.

«Personnellement, ça m’est déjà arrivé que je fasse des blagues sur la grossophobie ou sur le racisme et que quelqu’un me dise après le "show": celle-là ton rire tu vas le chercher à une drôle de place. Et dans ces moments-là, j’enlève le gag», explique Colin Boudrias.

«Un des défis, c’est de ne pas tomber dans la facilité ou le cliché. Par exemple, je peux avoir un rire facile en attaquant certains chroniqueurs ou certaines personnes, mais quand je fais ça, je ne gagne pas mon combat. On se fait rire entre nous, mais je ne gagne rien», indique Louis T.

L’humour politique serait-il alors trop complexe pour ce qu’il rapporte? Est-ce efficace socialement que de construire des numéros sur des questions sociales ou d’actualité?

«C’est vraiment une bonne façon de donner accès à des idées qui ne sont pas si accessibles autrement. Comme si tu mettais du chocolat autour d’une vis que tu voulais faire avaler à quelqu’un», explique Colin Boudrias, le sourire aux lèvres.

«Moi, ce serait plutôt le contraire, la vis autour du chocolat», conclut Fred Dubé, déclenchant du même coup un rire général.

Trois autres spectacles au Zoofest

Tour d’horizon de trois spectacles à ne pas manquer avec Cyndi Trudel, directrice de la programmation du Zoofest.

  • 1- Le dernier gala de l’humanité - 11, 13, 17 et 18 juillet à L’Astral

«C’est super intéressant parce que c’est vraiment dans l’air du temps. On travaille avec Alexandre Bisaillon, Anas Hassouna, Coco Belliveau, Jo Cormier et Charles Beauchesne. C’est un spectacle qu’on construit autour du fait que les humoristes pensent que c’est le dernier spectacle de l’humanité, tout le monde pense que c’est l’apocalypse qui arrive, puis c’est évidemment le moment où on se questionne sur l’impact qu’on a eu sur la Terre.»

  • 2- Le Show Queen - 13 et 17 juillet à L’Astral

«C’est une collaboration avec Fierté Montréal, c’est un peu un hommage à "La guerre des clans", on fait une équipe d’humoristes contre une équipe de drag queens. C’est vraiment un jeu-questionnaire, c’est deux soirs, ce seront deux spectacles complètement différents. Ils vont répondre à des questions, on sait que les drags ont la réplique facile et les humoristes aussi, alors ça risque d’être très ludique, très intéressant, un beau "show" de fin de soirée.»

  • 3- Blagues et confidences - 13, 16, 17 et 18 juillet à L’Astral

«On travaille avec Jean-Sébastien Girard, c’est quatre soirs avec quatre invités différents. Le soir des membres de "La soirée est encore jeune" est déjà plein, mais les trois autres spectacles avec Mariana Mazza, Louis-José Houde et Julien Lacroix, il reste encore de la place. Ce sont des entrevues très ludiques avec des invités, Jean-Sébastien a une bonne touche d’humour aussi, il va toujours essayer d’aller chercher la confidence de l’artiste, mais en même temps, nous, on lui a préparé des petites surprises.»