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Bye-bye Jésus!

Bye-bye Jésus!
Photo Courtoisie Assemblée-Nationale

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 Dans les cours d’enseignement religieux, lorsque nous étions plus jeunes, on nous enseignait : « Où est Dieu? Dieu est partout ». Il y a maintenant quelques exceptions ! 

 Le crucifix ornant le Salon bleu et qui donnait l’impression de pontifier les travaux de l’Assemblée nationale a été décroché mercredi. Sans touchante cérémonie. Un employé de l’Assemblée nationale est monté sur un escabeau, alors qu’il n’y avait personne, et, de ses mains gantées, a enlevé le Christ-en-croix comme s’il s’agissait de n’importe quel bibelot passéiste. 

 La personne qui a été mandatée pour cette tâche est un employé lié au service de recherches et des archives. 

 Le bureau du président François Paradis et celui du secrétaire général ont convenu de cette façon de faire, qui a été soumise et approuvée par le Bureau de l’Assemblée nationale (BAN), où sont représentés les quatre partis politiques. 

 Si l’on se fie à la vidéo fournie aux médias par l’Assemblée, l’opération a duré 32 secondes... Circulez, y’a rien à voir ! Plus sobre que ça, tu meurs. 

 Mais une page d’histoire a été tournée, et c’est bien ainsi. 

 Cheminement 

 Lorsque la présence du crucifix a été remise en question, il y a quelques années, spontanément, l’idée de le retirer me rebutait. 

 Il me semblait que ce repli équivalait à effacer une partie de notre histoire, en échange de l’effort demandé pour que le port des signes religieux chez les personnes en autorité soit interdit. 

 Comme s’il fallait à tout prix marchander, donner quelque chose en retour. 

 Comme si, collectivement comme peuple, il fallait larguer un symbole pour exiger que le principe de laïcité prévale sur le droit individuel de porter un signe religieux en toutes circonstances. 

 Bien des élus n’étaient pas prêts non plus à céder sur cette question, que ce soit en raison de l’importance du symbole religieux ou de son caractère patrimonial, et ont cheminé depuis. 

 Au premier chef, le premier ministre François Legault, qui a déclaré : « Moi, j’aurais préféré le garder, mais on a décidé de faire un compromis » lors de l’adoption de la loi sur la laïcité sous bâillon. 

 Mine de rien, c’est l’abandon d’un engagement électoral, puisque la CAQ avait promis de le laisser en place. 

 Le retrait a été appuyé par tous les partis, au moyen d’une motion unanime en chambre, le 28 mars, il faut le rappeler. 

 En toute logique 

 Logiquement, si on demande au personnel en autorité de retirer tout signe religieux au nom du principe de séparation de l’état et de la religion, on ne peut pas laisser un crucifix au-dessus de la tête du président de l’Assemblée nationale. 

 Par ailleurs, le caractère patrimonial sera préservé puisque le crucifix sera exposé entre le Salon rouge et le Salon bleu, au centre de l’Hôtel du parlement, près du buste de Samuel de Champlain. 

 Seront exposées, en fait, les deux versions. C’est-à-dire le crucifix original installé sous Duplessis en 1936, et celui datant de 1982, qui vient d’être retiré. 

 Témoin de notre histoire 

 Ce Christ-en-croix aura été témoin privilégié de moments marquants de notre histoire. 

 Par exemple, lorsque Robert Bourassa a lancé, solennellement, que « le Québec est, aujourd’hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement ». Il a aussi assisté à bien des moments loufoques qui pimentent les travaux parlementaires. 

 Comme lorsque l’ex-président de l’Assemblée nationale, Michel Bissonnet, a souligné le départ de la vie politique du péquiste Jean-Pierre Charbonneau en disant : « vous allez faire des couchi-couchi... avec votre épouse », en mimant des gestes qui laissaient perplexe. Si ma mémoire est fidèle, il faisait référence au Ju-jitsu que pratiquait M. Charbonneau, mais Michel n’en était pas à une approximation près ! 

 Le crucifix fait l’histoire maintenant, à son tour, en étant déboulonné. On lui a montré la sortie... mais il ne sera pas bien loin, à l’extérieur de la chambre.