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De fil en aiguille vers une nouvelle vie

Elle s’est lancée en affaires après que son poste de designer industriel à la Ville de Montréal ait été aboli

Geneviève Lorange
Photo PIerre-Paul Poulin Geneviève Lorange, fondatrice de Bigarade, dans son atelier à Montréal.

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Après que son poste de designer industriel à la Ville de Montréal a été aboli, Geneviève Lorange a compris : le salariat, très peu pour elle. Elle a alors décidé de se lancer en affaires « pour être maître de son destin ».

Elle a fondé Bigarade, spécialisée dans la fabrication de literie. Si elle se rend compte aujourd’hui que l’entrepreneuriat est loin d’être un long fleuve tranquille, elle reste alignée sur sa mission : favoriser le bien-être et le confort grâce à des produits de qualité faits à la main.

À l’origine de Bigarade, il y a eu un cadeau, un coussin qu’elle a fait pour sa grand-mère, celle qui lui a transmis sa passion de la couture.

« Elle était si contente que j’aie fait quelque chose juste pour elle. C’est de là que j’ai eu envie de faire du bien aux gens en créant des housses de couette, des draps et autres produits de literie. »

Elle a alors trouvé un local « pas trop cher » dans Hochelaga-Maisonneuve pour y installer sa boutique-atelier. Le propriétaire a exigé un dépôt de 1000 $, ce qui était à peu près tout ce qu’elle avait dans son compte en banque. Il lui restait sa carte de crédit pour acheter ce qu’il fallait pour aménager le lieu qui avait bien besoin de rénovation.

Bigarade a ouvert ses portes le 6 avril 2016.

Le même jour, elle passe à l’émission Les Dragons. « Cela m’a donné une belle visibilité qui a aidé au démarrage », relate Geneviève qui a accepté une offre conjointe de Danièle Henkel et Gilbert Rozon. « Mais le deal ne s’est jamais concrétisé », ajoute-t‐elle sans vouloir en dire plus.

Rappelons que Geneviève Lorange fait partie du groupe de plaignantes les « Courageuses » contre l’ancien PDG de Juste pour rire, accusé d’agressions sexuelles.

Local, durable, responsable

Ce malheureux épisode ne l’a pas fait dévier de sa route et, rapidement, ses créations connaissent du succès.

Chez Bigarade, tout est fait maison, de la coupe à l’emballage en passant par l’assemblage. La femme d’affaires accorde aussi un grand souci à ce que ses produits aient une empreinte écologique la plus faible possible. Elle achète local, utilise des matières naturelles et entièrement biodégradables et limite les emballages.

Elle peut faire des kilomètres pour trouver un fournisseur et mettre la main sur des tissus anciens. « J’achète la quantité qui est disponible, c’est pourquoi certaines collections sont en édition limitée. »

Au fil des années, sa marque s’est enrichie de nouveaux produits : oreillers, coussins, pantoufles et plus récemment pyjamas. En plus des particuliers, elle a aussi commencé à servir une clientèle d’affaires pour des cadeaux corporatifs, ce qui représente aujourd’hui environ 15 % de son chiffre d’affaires.

Ce printemps, Bigarade a déménagé dans un nouveau local, à quelques portes seulement de celui qu’elle occupait. « J’avais besoin de plus d’espace surtout pour la partie atelier », explique Geneviève, qui a le bonheur de travailler avec sa mère, responsable de la production.

Un appel à l’aide

Avec les hauts de la vie d’entrepreneure viennent aussi les bas. La fatigue et les tracas aidant, Geneviève a frappé un creux après le déménagement, à tel point qu’elle a voulu tout arrêter.

Elle a alors lancé un appel à l’aide sur le groupe Femmes de tête sur Facebook. Les messages d’encouragement se sont mis à déferler sur le fil, et elle a même reçu des offres de partenariat.

« J’ai trouvé une associée qui va m’aider pour le côté gestion, qui n’est pas ma force. J’ai réalisé que je ne pouvais pas tout faire seule. »

Elle s’associe donc avec Ariane Lefebvre, copropriétaire de BBQ Québec, qui apportera surtout ses conseils et son temps pour l’aider à développer Bigarade.

« C’est un moment de découragement qui marque un tournant pour moi, explique-t-elle. Je n’ai jamais eu peur de montrer ma vulnérabilité, et chaque fois que je l’ai fait, je me suis fait de nouveaux amis. On a souvent une vision idéalisée de l’entrepreneuriat, mais c’est un parcours rempli d’embûches. Il faut savoir demander de l’aide quand on en a besoin. »

Geneviève Lorange, 35 ans

  • Baccalauréat en design industriel, Université de Montréal, 2009
  • Designer industrielle, Ville de Montréal, 2007 à 2010
  • Fondatrice de Bigarade, 2015

UNE DE NOS MEILLEURES DÉCISIONS

  • « D’avoir pignon sur rue, même si c’est à l’opposé des tendances du commerce de détail. Cela m’a aidée à développer la clientèle qui aime voir et toucher ce qu’elle achète. »

UNE DE NOS PIRES DÉCISIONS

  • « J’ai dit non à trois reprises à des projets d’association, même si ces personnes avaient des forces complémentaires aux miennes. Chaque fois, la peur de partager mon bébé a pris le dessus... Mais là, j’ai compris ! »