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Equifax, rien pour rassurer

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Q : Est-ce une bonne occasion d’investir dans Equifax à la suite du vol de données chez Desjardins ?


R : Equifax fait beaucoup d’argent, mais n’est pas nécessairement un bon placement.

Le géant Equifax affiche une capitalisation boursière de 16,7 milliards $ US (G$), des revenus approchant les 3,4 G$ (28,15 $ par action), une trésorerie de 583,6 M$, une marge d’opération de 10,85 % (derniers 12 mois) et une dette élevée, à 2,88 G$ (son ratio dette/équité est le double des autres firmes de services financiers).

Fondée en 1899, la compagnie emploie 9000 personnes dans 14 pays. Equifax (EFX) forme un oligopole avec ses deux compétiteurs, Experian (EXPGY) et TransUnion (TRU). Son modèle d’affaires est simple : créditeurs et institutions lui envoient gratuitement des renseignements sur le crédit des consommateurs, elle leur revend ces informations agrégées sous forme de dossier et de cote de crédit. Elle offre aussi aux consommateurs des services de surveillance, d’assurance et d’assistance en cas d’usurpation d’identité. En gros, Equifax est une machine à faire de l’argent. Et pourtant...

Les effets du hack de 2017

En juillet 2017, Equifax fut victime d’une des plus importantes cyberattaques de l’histoire, exposant des informations confidentielles (numéros d’assistance sociale, noms, adresses, dates de naissance et mots de passe) de 143 millions de personnes, soit 44 % de la population américaine et environ 8000 Canadiens. Equifax n’a révélé l’attaque qu’en septembre. À son annonce, l’action a chuté de 31 %, effaçant 5,3 G$ de capitalisation boursière.

Le titre n’a jamais retrouvé son sommet du premier août 2017 (146,26 $) et il a fallu attendre un an avant que l’essentiel des pertes ne soit effacé.

Entre-temps, Equifax a dû se défendre devant le Congrès américain, qui l’a forcé à offrir gratuitement à ses clients américains le gel de leur dossier de crédit.

Les poursuites s’accumulent (rien qu’au Canada, on parle de dommages de 550 M$). Au dernier trimestre, la compagnie a provisionné 690 M$ US en ce sens et prévoit dépenser 1,25 G$ d’ici l’an prochain pour rehausser sa sécurité et migrer vers le nuage de Google.

Signalons que trois dirigeants ont vendu des actions APRÈS l’attaque, mais AVANT qu’elle soit révélée. La SEC s’est mise sur le cas...

Normalement, un investisseur à l’affût d’une aubaine devrait considérer Equifax. Mais je me méfierais. La compagnie a racheté de ses actions, mais ça n’a pas donné les résultats escomptés. Le titre a perdu 5 % au final en 2018, comparé à un gain de 15 % pour le secteur financier américain. Même si le titre a grimpé de 41 % depuis janvier (plus que le S&P 500), il demeure volatil. D’autant plus que la compagnie fut déficitaire de 10,23 % l’an dernier et la perte a excédé 2,3 % au dernier trimestre. Le rendement de dividende de 1,14 % n’est pas terrible non plus, pour un cours/bénéfice abusif de 30,10. Ceux d’Experian (2,17 %) et de TransUnion (0,41 %) incitent à fuir cette industrie qui profite mal de sa situation privilégiée.


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Les informations publiées dans cette chronique ne constituent pas des conseils ou des recommandations formulées par Le Journal. Toute personne intéressée doit consulter les conseillers ou professionnels autorisés pour ces fins par l’Autorité des marchés financiers.