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La « renaissance » de Karine Belly

La « renaissance » de Karine Belly
Photo d'archives, Chantal Poirier

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Après plus de 50 000 billets vendus et d’innombrables critiques favorables pour Mamma Mia !, Karine Belly peut enfin pousser un long soupir de soulagement. Pour certains, le succès de la comédie musicale était pratiquement assuré grâce à la réputation du spectacle applaudi par plus de 65 millions de spectateurs aux quatre coins du monde, en plus de la présence des plus grands canons du répertoire d’ABBA ponctuant son intrigue. Mais la comédienne savait qu’elle avait quelque chose à prouver en enfilant les escarpins de Tanya. Peut-être même plus que ses collègues.

« Il n’y a jamais rien de gagné d’avance », lance tout de go Karine Belly en entretien au Journal, plus tôt cette semaine.

Ça, c’est vrai. Et tout particulièrement pour ce qui concerne sa présence au sein de la troupe de Mamma Mia !. Car ce n’est un secret pour personne : depuis plus d’une décennie, la comédienne d’origine française est la conjointe de Serge Postigo, qui signe ici la traduction, l’adaptation et la mise en scène de la comédie musicale à succès.

Elle se devait donc d’être à la hauteur et de briller particulièrement fort aux côtés de ses collègues, sur la scène du Théâtre St-Denis. Sinon, certains auraient rapidement insinué qu’elle a décroché le rôle grâce à sa relation avec Serge Postigo, plutôt que pour ses aptitudes scéniques. Bref, la pression était forte.

« J’ai beaucoup plus à prouver que les autres. Serge a été excessivement exigeant et pointilleux parce que, lui non plus, il ne voulait pas entendre “Ah, elle, on sait pourquoi elle est là”. Mais ce rôle-là, j’ai travaillé fort pour l’obtenir. Je n’ai pas eu de passe-droit », souligne la comédienne.

Peur d’un refus

En effet, elle a dû se soumettre au rigoureux processus d’audition, tout comme l’a fait chacun de ses collègues. Et l’expérience n’a pas nécessairement été aisée pour Karine Belly, qui a même tenté se désister en cours de route.

« J’étais en lice pour ce rôle avec d’autres comédiennes qui avaient beaucoup plus d’expérience que moi en comédie musicale ; une d’entre elles avait même déjà joué sur Broadway. Alors, à un certain point dans le cycle d’auditions, j’ai dit à Serge que je me retirais de la course. J’étais tellement convaincue que je n’aurais pas le rôle que je préférais partir moi-même plutôt que d’essuyer un refus », raconte-t-elle.

La suite de l’histoire, on la connaît puisque Karine Belly se produit depuis plus d’un mois dans la comédie musicale, aux côtés de Joëlle Lanctôt, Romane Denis, Sharon James et autres Éloi Archambaudoin. Et, tant dans le public que parmi les critiques, ils sont nombreux à encenser sa performance, notamment dans la chanson Does Your Mother Know (devenue Si maman veut bien en français).

Pause professionnelle

Voilà qui a de quoi la faire sourire. Parce que la comédienne ne le cache pas : le rôle de Tanya est pour elle une « renaissance », rien de moins, après des années particulièrement difficiles.

En effet, Karine Belly a mis sa carrière sur pause durant quatre années, à la suite de la mort de sa fille Lily Rose, décédée quelques heures après sa naissance en 2011.

« Ça m’a mise par terre à un point innommable. Je n’acceptais tellement pas la mort de ma fille, il me fallait avoir un autre enfant pour continuer à vivre. Alors, j’ai mis ma carrière entre parenthèses jusqu’à la naissance de mon fils Valentin. Et ça n’a pas été bon du tout sur le plan professionnel », confie-t-elle.

« Un rôle fort »

Sa carrière a donc enfin pu redémarrer, tant au Québec que dans sa France natale. Mais avec l’âge, les rôles qui s’offraient à elle devenaient de moins en moins étoffés et intéressants.

« Durant les trois quarts de ma carrière, on m’a confié des rôles par rapport à mon physique. Les personnages de bimbos, je les ai tous faits. Mais à 48 ans, je n’ai plus l’âge de le faire. Et comme je n’ai pas le physique d’une mère de famille traditionnelle, on ne pense pas à moi pour ces rôles-là », explique-t-elle.

C’est là que le personnage de Tanya est entré dans sa vie. Et même si elle sait que l’aventure Mamma Mia ! se terminera en septembre, elle est loin d’être prête à faire ses adieux à ce rôle.

« C’est un rôle fort comme il y en a rarement pour les femmes de mon âge. Tellement que je me demande déjà comment je vais faire quand je vais devoir quitter le personnage de Tanya. Je rêve que Judy Kramer, qui détient les droits de Mamma Mia !, vienne voir notre show à Montréal et qu’elle décide de nous autoriser à aller le présenter dans d’autres pays francophones », avance-t-elle, une pointe d’excitation dans la voix.

L’invitation est donc lancée.


Mamma Mia ! est présenté au Théâtre St-Denis de Montréal jusqu’au 27 juillet, puis à la salle Albert-Rousseau de Québec à compter du 14 août.