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Pétrole contre «courant»...

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François Legault pourrait bien avoir son « moment Énergie Est » dans les prochaines années.

Philippe Couillard a subi ce « supplice du pipeline », de 2014 à 2017. Il s’est tortillé d’hésitations devant ce projet d’oléoduc de 4600 km qui aurait acheminé quotidiennement 1,1 million de barils de pétrole des sables bitumineux albertains jusqu’au Nouveau-Brunswick.

Au départ, en septembre 2014, M. Couillard avait — de manière assez pitoyable — accepté, sans condition, que le pipeline traverse le Québec. Après tout, avait-il fait valoir, « le gouvernement fédéral dépense 16 milliards de plus qu’il ne perçoit au Québec » et « une grande partie de cette richesse [provient des] hydrocarbures ».

Quelques mois plus tard, le chef libéral cessait heureusement de jouer les sous-tapis et reprenait à son compte les conditions que d’autres provinces avaient déjà imposées aux promoteurs.

Résurrection

La question ne se pose plus : le projet de TransCanada a été officiellement abandonné en octobre 2017.

D’ailleurs, quand Jason Kenney, le puissant nouveau premier ministre de l’Alberta, plaide en faveur de la résurrection d’Énergie Est, François Legault a une réponse facile : « Il n’y a plus de projet ». C’est ce qu’il lui a rétorqué à Saskatoon, au Conseil de la fédération, cette semaine.

Mais dans notre Dominion pétrolier, tout pourrait changer assez rapidement. Le 21 octobre, Andrew Scheer, chef conservateur, pourrait prendre le pouvoir. Or, il défend l’idée d’un nouveau « Énergie Est », qu’il a poétiquement rebaptisé « corridor énergétique ».

Souvenirs de 2016

Que fera François Legault alors ? Reprendrait-il sa position de janvier 2016 ? Alors dans l’opposition, il ne rejetait pas totalement Énergie Est. Mais contrairement au Couillard de septembre 2014, lui disait vouloir profiter de la situation pour que ce soit « payant ».

« Si l’Alberta fait passer des milliards de dollars de barils de pétrole pour l’exportation, je pense que ce serait normal que le Québec obtienne des milliards de dollars de redevances », avait-il déclaré avant de lâcher « je préfère recevoir des redevances que de la péréquation ».

L’ennui, c’est que Québec n’a pas le pouvoir de prélever des « redevances ». En plus, le pétrole — même si on en utilise énormément et pour longtemps — est plus que jamais honni. L’« acceptabilité sociale », terme que Legault utilise chaque fois qu’une renaissance d’Énergie Est est évoquée, n’est tout simplement plus là. Déjà en 2016, Denis Coderre et 80 maires de la région de Montréal avaient formellement opposé une fin de non-recevoir à Énergie Est.

Un pari « faustien » sera proposé à François Legault : « Pétrole contre “courant” ». Déjà, le ministre de l’Énergie Greg Rickford, dans une rencontre en juin, a taquiné le ministre québécois Jonatan Julien en lui disant que l’Ontario serait peut-être plus disposée à acheter l’électricité québécoise si le Québec laissait passer un pipeline. Pour l’instant, la province voisine ne veut pas acheter plus que ce qu’on lui vend déjà.

Sauf que François Legault a tellement misé sur l’exportation d’électricité qu’il sera peut-être tenté par la proposition. Déjà, avant les évaluations environnementales, il ose se montrer favorable au projet Gazoduc. Voilà le début d’un corridor... étroit et risqué.