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De gré ou de force, dehors, les clandestins!

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Photo AFP

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Les rafles, en principe, ont commencé pendant la nuit. La police américaine de l’immigration avait au moins 2000 immigrants clandestins dans sa ligne de mire, éparpillés dans une dizaine de grandes villes. Arrestations manu militari et déportation dans leur pays d’origine. Pas d’ambiguïté sur le message envoyé aux autres familles qui se dirigent vers la frontière sud des États-Unis : vaut mieux virer de bord !

On verra bien si ce n’aura été qu’un autre de ces fameux coups de gueule, de ces bravades émises à tout vent qui scandalisent et effraient, mais que Donald Trump ne mène finalement pas à exécution. Parce que c’est toujours possible que tout soit annulé au dernier moment, que ces familles entrées illégalement aux États-Unis dans l’espoir d’améliorer leur sort et qui ont passé la semaine à ne pas répondre à leur porte aient involontairement pris part à une grosse pub politique.

L’élection présidentielle américaine se tiendra dans 479 jours, mais la campagne a déjà débuté. Les candidats démocrates veulent de se faire voir et entendre et ils y parviennent lentement au fil des débats qui ont déjà commencé. Donald Trump, qui aime siphonner l’air de la pièce médiatique, veut ramener l’attention vers lui et mobiliser, du même élan, ses partisans.

Parce qu’il aura besoin de chacun d’entre eux. Le président américain, qui continue de bénéficier d’une économie qui fonctionne à plein régime et maintient un rythme de création d’emplois inouï, ne parvient pas à relever son plafond d’appui. Cette semaine encore, une série de sondages ne plaçait l’approbation de sa présidence qu’à 43 %, au mieux 44 %, résultat chétif pour un tel succès économique.

PRÉSIDER À COUP DE FEUX D’ARTIFICE

L’immigration constitue LE thème qui rallie tous ses sympathisants... et un peu plus encore. Un sondage SSRS, réalisé au début du mois pour CNN qu’on ne peut surtout pas accuser de complaisance à l’égard du président, relevait que 74 % des Américains jugeaient qu’une crise faisait effectivement rage à la frontière. Si 54 % des démocrates considèrent que la crise tient au traitement réservé aux migrants, 63 % des républicains estiment que c’est tout simplement le nombre de personnes qui essaient de franchir la frontière qui cause problème. Et il s’avère que les indépendants sont plutôt d’accord avec eux.

Par conséquent, Donald Trump, qui fonctionne à coups d’éclat, voit dans le spectacle d’agents d’immigration cognant virilement aux portes, ordonnant d’ouvrir et sortant les illégaux menottes aux poignets comme la preuve par excellence qu’il sait agir « présidentiellement », c’est-à-dire, dans son esprit, de manière forte et autoritaire. Ses supporteurs en rêvent.

À LA GUERRE COMME À LA GUERRE

Ces raids d’ICE – Immigration and Customs Enforcement, la police de l’immigration – visent, jure-t-on, les criminels, comme les terroristes sont visés lors des bombardements en Afghanistan ou en Somalie, par exemple. Et, de pareille façon, c’est reconnu, on se retrouve avec des « dommages collatéraux ».Avec les terroristes, ce sont ceux qui se trouvent tout près ou qui vivent avec eux qui sont soufflés par la même explosion. Pour les sans-papiers, ce sont des « déportations collatérales » que l’on prévoit : les agents pourront détenir des illégaux qui se trouvaient sur le lieu de leur raid, même si ce n’était pas eux qui étaient visés. Ce ne serait qu’un début. Ils seraient environ un million à avoir reçu un avis d’expulsion. On commence par 2000, question de voir les réactions. Et les sondages. N’oubliez pas, il y a une élection à gagner sur le dos de ces immigrés !

Villes où se concentrent les immigrants illégaux