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«Je suis de gauche, mais pas de cette gauche»

Plusieurs se dissocient de «cette gauche-là», cette secte victimaire, qui n'a que l'excommunication et l'accusation en bouche...

«Je suis de gauche, mais pas de cette gauche»
Photo d'archives Agence QMI, TOMA ICZKOVITS

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Vibrant plaidoyer d’un artisan de la Révolution tranquille devant ce qu’est devenue la gauche au Québec...  

Le titre de cette chronique n’est pas de moi; je l’ai piqué à un homme que je respecte, un militant de gauche que je trouve inspirant et avec lequel j’ai eu le bonheur de collaborer dans le cadre de l’ouvrage collectif Démantèlement tranquille chez Québec Amérique.  

Un certain Roméo Bouchard.   

Il a publié récemment une courte publication sur les réseaux sociaux qui a beaucoup fait réagir. La voici :   

Gauche diversitaire: de plus en plus toxique  

À mon grand regret, je me vois forcé de plus en plus de me distancier de ceux que je qualifie souvent de gauche diversitaire ou multiculturaliste.  

Le débat avec cette gauche est de plus en plus impossible parce que ces gens ont la vérité et s'en font les justiciers. Ils ne discutent pas et ne veulent pas discuter: ils s'imposent et ils censurent de plus en plus, C'est la nouvelle rectitude politique. Xavier Camus n'est plus une exception: on retrouve aisément les mêmes comportements intellectuels et sociaux dans les prophéties de Sol Zanetti et les écrits narcissiques de Folco.. Tous ceux qui ne pensent pas comme eux sont rapidement "réduits" à l'extrême droite, à Mathieu-Bock-Côté, lui-même étant réduit au nationalisme ethnique le plus odieux et devenu l'ennemi public. Leur alliance avec l'Islam politique et le multiculturalisme chartiste canadien, suite à la Loi 21, est désormais ouverte. Les chroniques de Christian Rioux montrent bien, d'ailleurs, que le même drame se joue en France et ailleurs dans le monde.  

Leur infiltration, comme un virus, à travers Québec solidaire qui se fait un devoir de les représenter, est observable un peu partout dans les tribunes publiques, les médias publics et sociaux, les milieux universitaires, intellectuels et artistiques, les maisons d'édition, les syndicats même. Un militant syndical de longue date m'expliquait récemment que la position qu'a prise la CSN contre la Loi 21 ne représentait nullement l'opinion de la majorité des travailleurs de la Centrale, mais que ceux-ci ont refusé de prendre le micro par crainte de se voir traités de racistes. Ils gagnent même les campagnes avec la venue de néo-ruraux qui apportent avec eux, certains du moins, ce virus dont on se serait bien passé et qui vient nous éloigner encore davantage des vrais défis sociaux et économiques des régions.  

Ils envahissent tous les champs d'action et de débat, avec leur hache de déconstruction: le nationalisme, la citoyenneté, la démocratie, la laïcité, les Autochtones, les Noirs, le racisme, le féminisme, les sexes et les genres, l'histoire, le colonialisme, la reproduction, l'éducation, tout, Ils déconstruisent tout mais ne construisent rien.  

Je suis de gauche, mais pas de cette gauche. Je suis d'une gauche citoyenne, liée au peuple, à mon peuple, celui qui est rené à la Révolution tranquille, s'est ouvert à la liberté, au monde, à la tolérance, à l'égalité et à la solidarité sociale, à la démocratie, à un peuple généreux et joyeux et non à cette secte de victimaires qui n'ont que l'excommunication et l'accusation en bouche: le retour des jansénistes.  

J'ai un pied dans le passé, un autre dans l'avenir et la tête dans le présent. J'ai des racines qui me permettent de tenir dans le vent. J'ai encore 18 ans....  

« Cette gauche-là »  

Roméo Bouchard met le doigt sur une fracture, ouverte, qui est désormais nommée, pointée, mais qui ne date pas d’hier. Et ce n’est pas un hasard si sa publication a été très partagée, par de nombreuses gens qui, comme lui, n’en peuvent plus de « cette gauche-là ».   

Aussi, Bouchard effleure un peu le malaise qui existe au sein du parti qui se voulait l’incarnation politique de la gauche au Québec, de ses aspirations, de ses revendications.   

Je ne compte plus les témoignages de militants de Québec solidaire, déçus, outrés même souvent, devant la trahison de leur parti, notamment, dans le dossier de la laïcité.   

Récemment, une personne que j’estime et qui a eue le courage de mettre sa face sur une pancarte de Québec solidaire lors des dernières élections me pointait vers cette déclaration de Sol Zanetti lors de son assermentation à titre de député :   

« Je me range derrière le compromis Bouchard-Taylor. Mon point de vue personnel là-dessus n’est pas important. Je trouve qu’il serait vraiment antidémocratique que des gens se fassent élire sur un programme politique et qu’après, ils fassent le contraire. »  

Cette personne ayant refusé de se présenter au congrès de son parti plus tôt cette année justement, car « tout ceci n’était qu’une mascarade » et, car « les dés étaient pipés en faveur de la préférence d’une petite clique au sein du parti » dont l’allergie à toute forme d’appui à l’interdiction des signes religieux ne faisait aucun doute.  

Et qu’importe que Québec solidaire ait appuyé le principe de l’interdiction des signes religieux quelques semaines auparavant finalement, et essentiellement, par électoralisme. N’allez pas croire que cela n’a pas indisposé plusieurs militants et sympathisants de ce parti. La trahison est trop évidente, et c’est difficile, même pour les plus militants, de la défendre.  

D’ailleurs, il est tout à fait pertinent de se demander si Québec solidaire aurait le même nombre de députés, le même pourcentage d’appui, si ce parti s’était présenté devant la population en défendant sa position actuelle sur le dossier de la laïcité...   

Roméo Bouchard a raison de pointer vers les doléances de plusieurs syndiqués de la CSN qui ont été outrés, ou carrément insultés par la position de leur syndicat dans le dossier de la laïcité. Cette même indignation qui a poussé de nombreux militants du parti à s’en distancer.   

C’est que « cette gauche-là » ne fait pas dans la dentelle pour écarter ceux qui contestent ses orientations idéologiques.   

 

«Je suis de gauche, mais pas de cette gauche»
Joël Lemay / Agence QMI

Un jour, quelqu’un écrira le récit des débats internes chez Québec solidaire entre ceux qui préféraient que le parti soit cohérent et respecte son appui à la laïcité, et les autres, organisés, bien en selle dans le parti, qui n’attendaient que la fin de la trêve électorale pour renier cet engagement auprès de l’électorat.   

Un débat au sein du parti qui n’a pas été propre-propre. Il faut en discuter avec ceux qui ont osé défendre publiquement l’appui à la laïcité au sein de Québec solidaire. Insultes, intimidation, flots incessants de commentaires désobligeants de la part des plus crinqués militants diversitaires. On les connaît. Quiconque s’est intéressé un peu à ce débat interne chez QS les connaît...  

« Je suis de gauche, mais pas de cette gauche. Je suis d'une gauche citoyenne, liée au peuple, à mon peuple » écrit Roméo Bouchard. Voilà qui heurtera de plein fouet « cette gauche-là », elle qui fonde son militantisme sur l’anti-nationalisme, sur l’appui total au concept du « post-nationalisme » tel qu’il est prêché par tous les Justin Trudeau du monde.   

« Cette gauche-là » qui, assurément, finira par imposer à Québec solidaire la fin de l’appui à l’indépendance du Québec.   

Comme toi, cher Roméo, j’ai toujours le cœur à gauche. Mais pas de « cette gauche-là ». Lors des prochaines élection au Québec, le visage de la gauche aura changé.