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Des caisses s’affichent surtout en anglais

Des membres de Desjardins choqués par la situation

Desjardins Ottawa
Philippe Orfali Le centre de services Desjardins du centre-ville d’Ottawa s’affiche principalement en anglais, une situation critiquée par plusieurs membres de l’institution québécoise.

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Fondée par Alphonse Desjardins pour doter les francophones de leur propre institution financière, Desjardins s’affiche maintenant in English first en Ontario. Une situation qui choque plusieurs membres.

De nombreux membres dont l’identité a été volée récemment accusent le Mouvement d’avoir vendu la sienne en s’affichant en anglais d’abord en Ontario, où une forte majorité de ses 130 000 membres est pourtant francophone.

Au coin des rues Bank et Albert, à quelques pas du parlement où travaillait le fondateur des caisses Desjardins, le centre de services annonce : « Your financial future has a new address », deux fois plutôt qu’une.

Il y a bien quelques mots de français sur l’affiche, mais ils sont tellement petits qu’il faut être à côté de l’écriteau pour les voir.

« Quand on voit la collectivité franco-ontarienne militer activement pour le maintien de ses droits et que l’institution financière décide que son avenir se passe en anglais chez nous, c’est une véritable claque », lâche Serge Miville, un ex-sociétaire et professeur à l’Université Laurentienne de Sudbury.

L’histoire de Desjardins est intimement liée à celle des Franco-Ontariens. Alphonse Desjardins a fondé pas moins de 18 caisses en Ontario de 1910 à 1913. Comme au Québec, elles ont considérablement aidé leur émancipation, à une époque où les Canadiens français étaient boudés par les banques anglophones.

Encore aujourd’hui, une majorité écrasante des employés, membres et administrateurs de la Fédération des caisses populaires Desjardins de l’Ontario sont francophones.

« Gaffe »

Le centre de services Ottawa-centre-ville a ouvert ses portes il y a quelques mois. Il est géré non pas par les caisses locales, mais par le siège social à Montréal. « Les gens du siège social comprennent mal la réalité des caisses en Ontario. Si c’est en Ontario, pour eux ça doit être en anglais d’abord », a dit sous le couvert de l’anonymat un ex-administrateur de caisses, qui déplore lui-même cette « gaffe ».

La situation fâche également le chercheur Martin Normand, de la Chaire de recherche sur la francophonie de l’Université d’Ottawa, lui-même membre de Desjardins affecté par le vol d’identité. « Je me désole toujours de voir des entreprises québécoises s’afficher exclusivement en anglais en Ontario et rater une occasion de se rapprocher de leur clientèle et de faire rayonner le français. » Les exemples sont nombreux selon lui.

La direction de Desjardins à Montréal a refusé de nous accorder une entrevue à ce sujet.