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En vue de 2020, Trump mise à fond sur le racisme et la xénophobie

En vue de 2020, Trump mise à fond sur le racisme et la xénophobie
AFP

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  1. Dans une série de tweets publiée dimanche, Donald Trump enjoint à quatre représentantes démocrates au Congrès de retourner au pays d’où elles viennent. Ce n’est qu’un exemple du parti-pris raciste et xénophobe sur lequel il compte consolider sa base électorale dans l’espoir d’être réélu en 2020.  

En son for intérieur, Donald Trump est-il raciste? Est-il xénophobe? Je n’en sais rien et seule sa conscience, s’il en a une, connaît la réponse à cette question. Si on ne peut pas sonder les tréfonds de l’esprit du président, toutefois, on peut observer ses actions et constater qu’il mise à fond sur les relents de racisme et de xénophobie qui imprègnent la culture d’une bonne partie de la population blanche américaine pour alimenter et exploiter un profond sentiment d’insécurité dans ce groupe de moins en moins majoritaire.         

Dans une série de tweets publiée hier, Donald Trump attaque quatre jeunes représentantes démocrates issues de groupes minoritaires et élues au Congrès en 2018. Ayanna Pressley (Mass.), Rashida Tlaib (Mich.), Alexandria Ocasio-Cortez (N.Y.) et Ilhan Omar (Minn.), qui sont parmi les porte-parole les plus en vue de la gauche du Parti démocrate, sont aussi les cibles préférées du président et des républicains qui souhaitent convaincre l’électorat qu’elles représentent le courant principal du Parti démocrate.        

Dans un vocabulaire typique du courant raciste et xénophobe qui semble dominer le Parti républicain aujourd’hui, le président enjoint à ces quatre représentantes de «retourner d’où elles viennent», même si trois d’entre elles sont nées aux États-Unis et la quatrième, Ilhan Omar, a fui la Somalie avec sa famille en 1992, alors qu’elle avait 9 ans. Ce tweet a été vertement critiqué comme raciste et xénophobe aux États-Unis et un peu partout dans le monde. Il s’est même immiscé dans la campagne au leadership du Parti conservateur en Grande-Bretagne, où la première ministre sortante Theresa May a condamné les propos du président américain et où plusieurs voix se sont élevées pour demander à Boris Johnson, un des favoris dans la course et proche de Donald Trump, de faire de même.     

  

Des propos incendiares  

À Washington, les démocrates ont été unanimes à condamner ces propos et les républicains ont été largement silencieux, même si quelques-uns ont fini par critiquer du bout des lèvres les propos de Trump. Il faut remonter loin, dans un passé peu glorieux, pour retrouver un temps où les divisions partisanes étaient aussi fortes et acrimonieuses aux États-Unis. C’est exactement ce que semble vouloir le président Trump, qui y voit une façon de conserver l’appui indéfectible de sa base partisane, construite sur l’insécurité identitaire d’une partie de la majorité blanche.       

Ce n’est rien de nouveau et ce n’est qu’un exemple parmi d'autres du caractère incontestablement raciste, non seulement du discours, mais également de certaines politiques mises de l’avant par Donald Trump et son parti. On se rappellera que l’entrée de Trump sur la place publique américaine avait été marquée par sa contestation de la légitimité du premier président afro-américain des États-Unis, dont il affirmait à tort (et sans la moindre trace de preuve) qu’il n’était pas né aux États-Unis. La suite est connue: à l’annonce de sa candidature, il accusait en bloc les immigrants mexicains d’être des criminels et des violeurs; ensuite, il annonçait son intention de bannir l’entrée au pays à tous les musulmans; au lendemain des événements de Charlottesville en août 2017, il blâmait «les deux côtés» pour les violences instiguées par des groupes d’extrême-droite néonazis, pour ne citer que ces exemples.       

Stratégie de division  

Aujourd’hui, non seulement il a émis ces propos à forte consonance raciste à l’endroit de ces quatre femmes, mais il les accuse elles-mêmes d’être racistes. L’objectif est évidemment de braquer les critiques des démocrates et des tenants d’une vision inclusive de la société et de la nation américaines contre Donald Trump. Pour lui, c’est une façon de consolider l’appui indéfectible de sa base électorale, composée en forte proportion d’hommes blancs nostalgiques d’une époque où leur domination était incontestée. De plus, en mettant quotidiennement ces quatre figures emblématiques de la gauche démocrate sous les feux de la rampe, Trump et ses stratèges espèrent imprimer dans l’esprit du public l’image d’un Parti démocrate beaucoup plus à gauche et plus radical qu’il ne l’est en réalité.       

Ce n’est malheureusement pas le seul exemple de stratégies adoptées délibérément pour mobiliser les appuis des Blancs motivés par la xénophobie ou l’insécurité identitaire. La crise humanitaire qui affecte les centres de détention de migrants à la frontière sud vise le même objectif général. Le traitement inhumain de milliers de demandeurs d’asile et autres migrants sans papiers à la frontière sud vise aussi à consolider les appuis politiques de Donald Trump parmi cette population blanche marquée par l’insécurité identitaire. Les voix les plus fortes qui s’élèvent contre le traitement de ces migrants viennent de la gauche du Parti démocrate, dont les demandes en ce qui concerne le contrôle des frontières dépassent de loin celles de la majorité de leurs collègues, ce qui pousse les électeurs modérés qui souhaitent le maintien d’un certain degré de contrôle à percevoir une fausse dichotomie entre l’approche trumpiste et une ouverture totale des frontières qui ne représente pas du tout la politique du Parti démocrate.       

Ce n'est qu'un début  

Donald Trump demeure convaincu qu’il doit son élection en 2016 à une stratégie basée sur le creusement des divisions, sur la consolidation de sa base partisane et sur la peur qu’il souhaite créer chez les électeurs modérés en présentant le Parti démocrate comme un repaire de dangereux radicaux de gauche. Ces derniers épisodes démontrent qu’il entend suivre exactement la même stratégie en 2020 pour maintenir ses niveaux d’appuis de 2016, en comptant sur la possibilité qu'une croissance économique favorable fasse oublier ce genre de considérations à suffisamment d'électeurs pour qu'il puisse se faufiler vers un second mandat.        

Il reste encore 476 jours avant l’élection et cette stratégie de la division ne fait que commencer. Ça n’augure rien de très encourageant pour les mois qui viennent.