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Au secours de l'imaginaire

Est-ce que, finalement, le prix à payer pour ces technologies n’était pas notre imagination elle-même?

Au secours de l'imaginaire

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Ces derniers jours, on a sollicité mon sentiment sur l’affaire de la nouvelle «James Bond», qui a suivi de près l'annonce du casting de la nouvelle Ariel. Ce n’est pas que je ne pense rien ou que ça ne semble pas s’inscrire pas dans une mouvance bien curieuse sous ses abords prétendument vertueux, mais comme à mon habitude, je flaire un chemin de traverse plus intéressant à discuter, car cette histoire, à mon avis, met autrement en exergue un autre phénomène.   

  

Je suis fille de pyrotechnicien, un pionnier de la deuxième génération à avoir pratiqué ce métier au Québec. Vous savez, quand on dit que «c’est arrangé avec le gars des vues»? Ben moi, «le gars des vues», je l’ai toujours appelé papa. J’ai donc littéralement grandi dans le monde du cinéma. Grâce à lui, qui m’emmenait sur les plateaux de tournage et qui partageait avec ses enfants toute la magie de cet univers fantastique, j’ai appris très tôt que le cinéma, sous tous les rôles et missions qu’on lui a donnés au fil du temps, avait pour vocation première de faire voyager dans l’imaginaire de ses artisans.   

  

Or, depuis plusieurs années maintenant, et bien qu’il y ait évidemment des exceptions, loin de moi l'idée d'être inutilement injuste, je remarque que la tendance lourde a majoritairement scindé la production cinématographique en trois catégories plus ou moins distinctes:  

  

1) Violence extrême, sexualité ultra-explicite et explosions continues  

2) Films de super-héros  

3) Suites et remakes compulsifs  

  

Un rare film d’auteur ici, un film estival d’Émile Gaudreault par là, le tout saupoudré de deux-trois comédies américaines bien grossières et sensiblement toutes pareilles, et c’est pas mal exclusivement ce qui se retrouve dans nos cinémas. Doit-on en conclure que l’imaginaire des artisans n’est désormais peuplé que de violence, de sexe et de nostalgie?  

  

«Tout a été fait», qu’on me dit. «C’est impossible d’être original, aujourd’hui», qu’on me rétorque. Mais à ça, moi je demande: mais où est passée l’imagination? Où sont passées la créativité et l’originalité? Est-ce à dire que maintenant que nous avons accès à toutes les technologies inimaginables pour raconter nos histoires, nous n’avons plus rien à dire? Est-ce que, finalement, le prix à payer pour ces technologies n’était pas notre imagination elle-même? On dirait que maintenant que nous avons tout, nous ne savons plus quoi faire avec. Nous avons voulu repousser toutes les limites pour nous contenter de faire du surplace.   

  

Alors pour en revenir au nouvel agent 007 ou à la nouvelle petite sirène, je trouve que ça vient seulement entériner le fait que la course à la production médiocre n’a pas de couleur de peau. Ce qui serait vraiment original, en revanche, ce qui pour moi ferait montre de diversité et d’un réel progrès social, serait d’aller complètement ailleurs, de sortir de la propagande militante pour raconter de nouvelles histoires, des aventures complètement inédites et de nouveaux personnages plus grands que nature, peut-être issus de tous ces folklores, légendes et traditions qui nous sont encore étrangers, mais qui, j'en suis certaine, relèvent eux aussi de valeurs universelles qui auraient le pouvoir de faire rêver les prochaines générations, toutes couleurs de peau confondues. Leur donner envie, à elles aussi, de développer leur imaginaire pour raconter les prochaines histoires au lieu de se contenter de cette insignifiante refonte de tous les classiques à la sauce Social «Justice» Warrior. Mais pour ce faire, nous devons d’abord porter secours à l’imaginaire en péril de notre époque.  

  

Alors, sortons de cette prétention ridicule d’avoir fait le tour de nos humanités et de nos idées, et il y a tout à parier que s’ouvrira devant nous un nouvel âge d’or artistique qui se fait attendre depuis sacrément longtemps.