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Douteux troisième lien

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Les experts qui s’inquiètent, doutent ou dénoncent le projet de troisième lien entre Québec et Lévis n’en finissent plus de se multiplier.

Hier, c’était au tour d’un ingénieur on ne peut mieux placé pour détenir un avis éclairé sur le projet. Il s’agit de Bruno Massicotte, mandaté par le ministère des Transports (MTQ) pour réaliser une étude de faisabilité sur un tunnel, rendue publique en 2016.

En entrevue avec la Presse Canadienne, M. Massicotte, professeur de Polytechnique, à Montréal, et ingénieur spécialisé en structures, a prévenu qu’il s’agissait d’un projet hors norme, non conventionnel, avec toutes les complications que cela suppose.

Quant au site choisi, où on peut s’attendre à trouver des dépôts meubles et des fonds sablonneux gorgés d’eau, celui-ci présente « le plus haut degré de défi » technique imaginable, expose l’expert dans ce même entretien.

Le libéral Gaétan Barrette s’amusait hier sur Twitter : « Selon l’auteur de l’étude de 2016 sur le 3e lien : Pas d’évaluation de sa pertinence, pas d’évaluation du meilleur tracé, pas d’évaluation du sol, pas d’expertise suffisante au Québec, pas de transparence sur les coûts. Selon la chanteuse Kathleen, ça va bien ! »

Nature des sols

À la lecture de cette étude, on peut en effet constater à quel point des données primordiales n’ont pas encore été déterminées. Plusieurs inconnues persistent quant à la nature des sols dans le secteur choisi, à l’est, où très peu de forages ont été réalisés.

Tout l’aspect sismique devra aussi être considéré, compte tenu de la nature des sols. Selon les résultats, cela pourrait entraîner des coûts plus importants afin d’assurer la stabilité de l’infrastructure. Des études menées pour le MTQ entre 2003 et 2009 ont démontré que les sols entre l’île d’Orléans et la rive nord sont considérés comme présentant un risque élevé de liquéfaction dans l’éventualité d’un séisme majeur.

Besoin indéterminé

Dans le cadre de cette étude, M. Massicotte devait répondre à deux questions : est-ce que c’est faisable, et combien ça coûte ? Si le projet est faisable, comme l’étude le concluait en y accolant des coûts de 4 milliards de dollars, ses auteurs ne se sont toutefois pas penchés sur le besoin ni sur les impacts sur la circulation d’un tel tunnel.

Le ministère des Transports y travaille, mais le gouvernement du Québec a d’ores et déjà donné le feu vert au projet, en plus de le placer sur la voie rapide. Or, dans l’étude, on souligne qu’en plus des investigations géotechniques, l’étude des besoins est un paramètre primordial qui aura une influence directe sur l’ensemble des études subséquentes, sur les optimisations possibles et sur les coûts du tunnel.

« Cette réflexion est relativement complexe, peut-on y lire, car elle doit s’articuler sur la vision du transport et du développement pour au moins la moitié du cycle de vie projeté de l’ouvrage. » Je me demande jusqu’où s’enfonceront les caquistes, aux frais des contribuables québécois, avant de tirer la plogue sur cette grotesque fantaisie.