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Que fait Mélanie Joly dans cette galère?

Maryam Monsef
Photo Courtoisie Parti Libéral du Canada

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Qui faut-il blâmer pour tout le bruit qu’on a fait avant la présentation du film de « docu-fiction » Unplanned ? Et pourquoi Mélanie Joly a-t-elle embarqué dans cette galère ?

Madame Joly, qui fait un travail remarquable au ministère du Tourisme, a raté une belle occasion de se taire lorsqu’elle a blâmé Vincent Guzzo qui présente le film dans cinq de ses salles. Quant à celui-ci, il a pour le moins manqué de politesse en la traitant de « baveuse ». Cela dit, je comprends très bien le propriétaire des salles Guzzo de susciter une controverse. C’est depuis toujours l’arme publicitaire la plus efficace et la moins coûteuse.

Mais que fait Mme Joly dans cette polémique dont elle est en partie responsable ? Que je sache, le flambeau de la condition féminine ne lui appartient pas. Il y a une ministre chargée de le brandir lorsque c’est nécessaire. L’ex-ministre du Patrimoine s’est déjà fait assez de tort en défendant l’indéfendable exonération de la taxe sur les produits et services (TPS) de Netflix qu’elle devrait savoir qu’elle n’a rien à gagner à mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce.

LA PERSONNE TOUTE DÉSIGNÉE

Si le premier ministre Justin Trudeau tenait absolument à politiser la projection du film croyant bien servir sa cause avant les prochaines élections, pourquoi n’a-t-il pas passé la commande à Mme Maryam Monsef ? C’est elle la ministre responsable des Femmes et de l’Égalité des genres. Depuis l’an dernier, son ministère remplace l’organisme « Condition féminine Canada ». En plus, Mme Monsef dirige depuis trois ans la délégation canadienne auprès de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies. Étant aussi ministre du Développement international, elle aurait pesé beaucoup plus lourd dans cette affaire que Mme Joly.

C’est vrai que Mme Monsef, qui parle persan, dari et anglais, ne parle pas français. Qu’à cela ne tienne, puisque c’est en anglais seulement qu’est diffusé Unplanned dans les salles de Guzzo. Mais ne faisons pas reproche à Mme Monsef de ne pas parler français, elle n’est pas le seul membre du cabinet à ignorer « l’autre langue officielle ».

LA QUESTION FONDAMENTALE

Je suis plus inquiet d’une autre question, plus fondamentale celle-là. Première femme à représenter le comté de Peterborough-Kawartha, en Ontario, Mme Monsef est aussi la première députée d’origine afghane de l’histoire du Canada et la première de confession musulmane à siéger au cabinet.

Se pourrait-il qu’on ait confié la hache de guerre à Mme Joly contre le film Unplanned et, par ricochet, contre les députés conservateurs qui sont ouvertement hostiles à l’avortement, parce que Mme Monsef n’aurait pas sur cette question les mêmes vues que la ministre du Tourisme et le premier ministre lui-même ?

Si tel était le cas, il eût été plus sage de ne pas politiser la projection du film. Les déclarations intempestives de la ministre Mélanie Joly pourraient finir par lui exploser en plein visage comme sa défense aveugle du sort privilégié réservé à Netflix.

♦ Post-scriptum : Je n’ai pas vu Unplanned et je n’ai pas l’intention de le voir. Je déteste les documentaires et les docu-fictions de propagande dans lesquels j’inclus, n’en déplaise à ses nombreux admirateurs, plusieurs films de Michael Moore.