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Grève à la SÉPAQ: un conflit qui pourrait gâcher les vacances

Si elle est déclenchée samedi, la grève affecterait les plans de plusieurs familles

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Des milliers de familles risquent de voir leurs vacances gâchées par un conflit de travail à la Sépaq, puisque 1500 employés menacent de déclencher une grève générale dès samedi s’ils n’arrivent pas à une entente avec la partie patronale. 

Des travailleurs de la Sépaq ont manifesté mercredi près du parc de la chute Montmorency, à  Québec. Une grève pourrait être déclenchée samedi.
Photo Agence QMI, Marc Vallières
Des travailleurs de la Sépaq ont manifesté mercredi près du parc de la chute Montmorency, à Québec. Une grève pourrait être déclenchée samedi.

Privés de services, des visiteurs devront tout simplement annuler leur séjour. Même si l’accès au site de camping est maintenu, quoi faire si la majorité des activités prévues avec les enfants ne sont plus offertes ?   

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de Simon Boivin, responsable des relations avec les médias de la SÉPAQ, à l'émission Dess de 11 à 13, sur QUB radio:  

Chalets, restauration, plein air, milieu aquatique, l’ensemble des secteurs risque d’être affecté à l’aube des vacances de la construction.  

Des vacances 

Pour l’heure, 300 employés sont déjà en grève. Leur grève touche le parc de la Chute-Montmorency, le Manoir Montmorency, le siège social et différents sites de camping. Le camping des Voltigeurs ainsi que les centres touristiques du Lac-Kénogami et du Lac-Simon sont aussi touchés par la grève.   

Photo Agence QMI, Marc Vallières

Si les deux parties n’arrivent pas à une entente d’ici samedi, quelque 7000 réservations seront touchées par la situation lorsque la totalité des employés va débrayer. Les 23 parcs nationaux seront alors également frappés par la grève. 

Photo Agence QMI, Marc Vallières

Pris en otage, les vacanciers n’ont pas envie de voir leur séjour compromis. «Je commence au Bic. Si on me dit que tout est annulé, ça me dérange parce que j’ai réservé ça en janvier. Je pars pour un mois avec mes vélos, mes kayaks et ma roulotte. Je n’ai pas de plan B», a expliqué Alain Vézina, de Québec.  

Des mariages 

En plus des familles, des couples commencent également à vivre un stress inutile pour un événement important prévu parfois un an à l’avance. Le 10 août prochain, trois mariages sont prévus au Manoir Montmorency, et au moins un autre la semaine suivante. Avec eux, la direction tente de se faire rassurante. 

«On nous a bien rassurés, mais comme c’est beaucoup d’organisation un mariage, ça reste inquiétant. Des vacances, c’est plus facile à annuler, disons», ajoute Judy Larrivée.  

«On pense à un plan B, mais c’est beaucoup de frais», se dit aussi Julie Corriveau. «Ton mariage, tu le fais comme tu veux ou te ne le fais pas. Normalement, il n’y a pas de plan B. On pensait qu’on avait tout réglé», précise son conjoint Stéphane Côté.  

«On nous a dit qu’ils pouvaient nous trouver quelque chose ailleurs, mais ils ne savent pas où. Trouver une salle pour un mariage à une semaine d’avis, c’est pas mal impossible», a confié Sylvain Boivin. 

Un espoir 

Parlant d’un «écart très grand» entre les demandes du syndicat et les offres de la direction, le porte-parole de la Sépaq, Simon Boivin, indique que l’organisation s’en remet au conciliateur. Une rencontre entre les deux parties était prévue hier. 

Photo Agence QMI, Marc Vallières

«Avec le conciliateur, on a espoir d’arriver à une entente dans un avenir rapproché», indique M. Boivin. 

Actuellement en grève  

Quelque 300 syndiqués de la Sépaq  

  • Parc de la Chute-Montmorency et du Manoir 
  • Camping des Voltigeurs à Drummondville  
  • Centre touristique du Lac-Kénogami au Saguenay 
  • Centre touristique du Lac-Simon en Outaouais  

Voici les 24 lieux touchés par l’avis de grève du 20 juillet  

  • Parc national d’Aiguebelle 
  • Parc national du Bic 
  • Parc national Frontenac 
  • Parc national de la Gaspésie 
  • Parc national des Grands-Jardins 
  • Parc national de l’île-Bonaventure et du Rocher-Percé 
  • Parc national des îles-de-Boucherville 
  • Parc national de la Jacques-Cartier 
  • Parc national Miguasha 
  • Parc national du Mont-Mégantic 
  • Parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie 
  • Parc national d’Anticosti 
  • Parc national de Plaisance 
  • Parc national du Lac-Témiscouata 
  • Parc national d’Opémican 
  • Parc national du Mont-Orford 
  • Parc national du Mont-Saint-Bruno 
  • Parc national du Mont-Tremblant 
  • Parc national des Monts-Vallin 
  • Parc national d’Oka 
  • Parc national de la Pointe-Taillon 
  • Parc national du Saguenay 
  • Parc national de la Yamaska 
  • Le Gîte du Mont-Albert  

Exemples de services affectés  

  • Location d’embarcations nautiques 
  • Location de vélos 
  • Casse-Croûte 
  • Activités de découverte 
  • Croisière en bateau-mouche 
  • Descente de rivière  

Exemples de conditions salariales 

Au Manoir Montmorency 

Préposé au service à la clientèle, classe 2  

  • 1er janvier 2018 (équité)  
  • Après la période d’essai : 12,72 $ / heure  

Au parc de la Chute-Montmorency 

Préposé au stationnement et à la billetterie  

  • 1er janvier 2018 (équité) 
  • Après la période d’essai : 11,69 $ / heure  

Acteurs privés du tourisme : incapables d’en offrir autant que la Sépaq 

Catherine Bouchard 

Des acteurs privés de l’industrie du tourisme affirment qu’ils sont incapables de pouvoir offrir autant que la Sépaq. 

Mathieu Dupuis-Bourassa, directeur des opérations à la Vallée Bras-du-Nord, indique que ses échelons salariaux sont «calqués» sur ceux de la Sépaq, régime de retraite en moins. Selon lui, en tourisme et en plein air, il n’existe pas de salaire «à tout casser».  

«Ce n’est pas un domaine des plus payants, c’est un domaine de passionnés», fait-il valoir. 

Geneviève Labonté, propriétaire de l’entreprise Nature Aventure, offre des salaires horaires de départ allant de 13 à 14 $. «J’offre un dollar d’augmentation annuellement à ceux qui reviennent, comme c’est saisonnier» explique-t-elle. 

Elle ne peut garantir un horaire fixe, puisque l’entreprise s’adapte à l’achalandage. «Mais je paie toujours 40 heures par semaine et je rééquilibre le tout par la suite», précise-t-elle. 

Le mandat 

L’aventurier et alpiniste professionnel François-Guy Thivierge, qui guident des clients depuis plus de 15 ans aux Palissades de Charlevoix, trouve également que la Sépaq s’éloigne un peu de son mandat. 

«Les Palissades, c’est un parc d’aventures en montagne qui va devenir un parc de la Sépaq dans quatre ans. J’espère qu’ils vont me garder parce que je m’en occupe très bien», lance-t-il.  

Celui qui a gravi les plus hautes cimes des sept continents aimerait bien que les entrepreneurs prêts à s’investir puissent encore occuper un rôle important dans le futur.  

«Ils prennent les beaux territoires sous prétexte que c’est de la conservation. Si on construit des centres d’attractions pour faire concurrence au Village des sports, c’est une autre histoire. Ils opèrent des activités commerciales comme la via ferrata parce que c’est payant. Et là, ça va être fermé s’il y a une grève. C’est loin de la vocation de conservation de parc», explique l’expert.  

– Avec la collaboration de Jean-François Racine 

Des salaires non proportionnels aux investissements, affirme le syndicat 

Catherine Bouchard 

Le syndicat dénonce les salaires plutôt bas en comparaison avec les nombreux investissements prévus à la Sépaq. 

Au dernier budget 2018-2019 déposé par l’ancien gouvernement du Québec, un montant de plus de 120 millions $ avait d’ailleurs été réservé pour la Sépaq. 

Sans vouloir s’aventurer dans les détails, le porte-parole de la direction, Simon Boivin, indique que la contre-offre du syndicat ne respecte pas la capacité de payer de la Sépaq, en plus de contenir des demandes supérieures à celles qui avaient d’abord été déposées. 

Le syndicat a vite répliqué. «Rien n’a été ajouté, on a fait un bout de chemin pour s’entendre», a précisé Christian Daigle, président général du SFPQ. 

Ce dernier rejette également le blâme sur l’employeur. Selon lui, les Québécois voient le déséquilibre. Le public, quand il sait que des gens sont payés entre 13 $ et 14 $ de l’heure depuis huit ans, alors qu’il y a 100 M$ d’investissement dans les parcs et les infrastructures, qu’il en veuille à l’employeur. Je ne sais pas qui paraît le plus mal en ce moment, mais ce n’est pas nous.» 

Pas de réservation 

Les employés demandent une hausse de salaire qui correspond au coût de la vie, ce que ne reflète pas la hausse offerte par la direction, qui tournerait plutôt autour de 1 %.  

Selon la convention collective, le taux horaire offert à un préposé au casse-croûte, au 1er janvier 2018, était de 11,69 $ après la période d’essai. Pour un journalier, le salaire était de 13,58 $ et le salaire d’un guide accompagnateur était de 14,34 $. La convention prévoit également un régime de retraite. 

La Sépaq ne prévoit pas la fermeture de sites, mais la société a envoyé des communications aux clients ayant fait des réservations parmi les 7000 qui risquent d’être affectées par la situation pour le week-end à venir. D’ailleurs, aucune réservation ne peut être faite. 

Une compensation de 20 % par nuitée est offerte aux clients concernés, mais il est toujours possible d’annuler ou de déplacer les réservations.  

– Avec la collaboration de Jean-François Racine