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Les vertus négligées de la paresse

Les vertus négligées de la paresse
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Comme le veut la formule, l’été, c’est fait pour décrocher. L’actualité ralentit, et les sujets d’indignation, pour quelques semaines, se font moins nombreux.

C’est l’heure de la sainte paresse. L’hyperactivité perd ses droits. Et chacun peut alors, pour peu qu’il s’en accorde le droit, s’adonner à quelques plaisirs trop souvent négligés, en se laissant aller à une langueur sans culpabilité. Étrange moment de l’année, où l’on peut ne rien faire sans mauvaise conscience. Du moins, sans trop de mauvaise conscience.

Cinéma

Cela exige évidemment une chose : que l’on soit capable de se dérober à l’injonction de l’hyperactivité obligatoire, qui nous laisse croire que si nous ne faisons pas le tour du monde chaque fois qu’une semaine se libère, nous ratons notre vie.

Je plains les hommes et les femmes que l’inactivité effraie. Je plains ceux qui, du premier au dernier jour de leurs vacances, sentent le besoin de s’enrégimenter dans l’armée du tourisme planétaire, avec des bagages qui ont l’air de malles princières.

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Redisons-le : il faut oser la paresse, qui n’a rien à voir avec l’ennui. Il faut oser s’affaler sur son sofa, à la maison ou au chalet, et regarder un vieux film, avant de faire une sieste insolente. Je ne parle pas nécessairement d’un chef-d’œuvre, mais d’un film vu il y a longtemps et qu’on se permet de revoir parce qu’il nous amuse. De mémoire, depuis début juillet, j’ai revu Air Force One, Clanches, Les pleins pouvoirs, Le Patriote, La vérité si je mens 2, Le dîner de cons, Le confort et l’indifférence et Le dernier bal de la quatrième. J’en oublie assurément quelques-uns.

De même, rien n’est plus agréable, avec ses proches, que de sortir à la dernière heure du jour pour aller à la crèmerie du coin de la rue. Plaisir simple, tout simple. Mais certainement pas trop simple.

On peut aussi se contenter de contempler la nature en s’émerveillant de ses subtilités, qui trop souvent nous échappent, tellement nous sommes occupés à presser le pas, le nez rivé sur son écran. Il arrive, l’été, qu’on se rende compte qu’on n’a pas consulté son téléphone depuis des heures. Quel doux sentiment de libération !

En fait, l’été se présente comme l’envers de nos vies frénétiques. Un jour, tôt ou tard, nous comprendrons que notre civilisation, qui n’a pas que des défauts, nous pousse toutefois à la névrose en nous condamnant à la suractivité, en donnant une importance démesurée à des petits soucis qu’on devrait savoir balayer du revers de la main, en excitant en nous une pulsion débile qui nous pousse à trouver le sens de la vie dans une consommation qui rend fou.

Pause

On ne peut survivre à ce monde qu’en en prenant une pause de temps en temps.

Tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, il faudra le civiliser de l’intérieur, en résistant à la tentation de la frénésie. Que l’été nous redonne l’envie de nous désaliéner, en cultivant les vertus négligées de la paresse.