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250 ans d’histoire pour le Service des incendies

Directeur du SPCIQ depuis 2014, Christian Paradis se fait un devoir d’être très présent sur le terrain et d’impliquer les gens dans les divers processus, ce qui a certainement contribué à assainir les relations de travail.
Photo Jean-François Desgagnés Directeur du SPCIQ depuis 2014, Christian Paradis se fait un devoir d’être très présent sur le terrain et d’impliquer les gens dans les divers processus, ce qui a certainement contribué à assainir les relations de travail.

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Le Service de protection contre l’incendie de la Ville de Québec (SPCIQ) souligne ses 250 ans, ce qui en fait l’un des plus vieux, sinon le plus vieux, en Amérique du Nord, et dont la riche histoire mérite d’être racontée.

Chaque service détermine sa date de fondation en fonction d’événements marquants. Ce fut en 1863, à Montréal, soit près de 100 ans après Québec. « Chaque fois, ç’a pris des incendies majeurs », relate son directeur, Christian Paradis.

 Dans son ouvrage Incendies et pompiers à Québec, l’officier Alain Grenier raconte qu’en 1769, la ville se relève à peine des assauts de la Conquête, pendant laquelle Québec a croulé sous les tirs de canons pendant deux mois. 

Il y a tant d’incendies sur le territoire, en raison notamment d’un accès difficile à l’eau et de mauvaises habitudes d’entreposage, qu’une entreprise privée est fondée pour prévenir les tragédies.

« Au début, c’étaient des initiatives des assureurs, relate M. Paradis. Il y avait des écriteaux sur les bâtiments pour indiquer lesquels étaient assurés, car les gens payaient pour la protection des incendies. »

Grandes tragédies

L’évolution du « département du feu » s’accélère au milieu du 19e siècle, avec deux incendies majeurs, dont un en 1845, où une bonne partie du quartier Saint-Roch et des faubourgs Saint-Jean et Saint-Louis a été emportée. Plus de 20 000 personnes seront jetées à la rue.

Jusqu’en 1912, les pompiers interviennent à l’aide de 80 chevaux, qui seront en service jusqu’en 1937, qui marque l’arrivée des voitures à essence. En 1917, on ouvre le premier bureau de prévention contre l’incendie, signe que les mentalités évoluent.

Puis, dans les années 60, le métier devient une véritable profession, pour laquelle une formation est exigée.

De nos jours, avec l’instauration d’escouades spécialisées, les pompiers interviennent également en hauteur, dans des espaces clos, et sauvent plus de vies sur l’eau que lors d’incendies, signe que la prévention fonctionne. 

Peu de décès

Le Service ne déplore aucune perte de vie depuis 1975, chez les pompiers en devoir, et un nombre peu élevé de citoyens victimes des incendies (trois depuis 2006). On y compte 515 personnes, dont moins de 5 % de femmes, nombre appelé à augmenter, selon la volonté de la direction. « On travaille à promouvoir le métier, et ce, sans abaisser les standards », dit M. Paradis, qui prône la diversité d’idées et d’approches au sein du Service.

Depuis 2014, le personnel s’est beaucoup renouvelé, avec 100 nouveaux employés. Une centaine d’autres s’ajoutera d’ici 2024, au fil des départs à la retraite. Pour certaines familles, c’est une histoire de trois et même quatre générations, signe du fort sentiment d’appartenance qui y règne depuis très longtemps.

Un virage réussi

Comme quoi les relations de travail se portent au mieux au SPCIQ, depuis cinq ans, une deuxième convention collective d’affilée a été signée sans anicroche, le mois dernier.

« C’est historique ! Tous les pompiers qui sont là aujourd’hui n’ont jamais connu ça », se réjouit Christian Paradis, qui a pris la barre de la direction du service il y a cinq ans, et qui compte 33 ans de métier.

L’arrivée de M. Paradis a marqué un virage. Après plusieurs années de ce que les médias ont qualifié de « guerre froide », l’ambiance est bonne, et la collaboration l’est tout autant entre la direction, les employés et leurs représentants.

C’est un travail d’équipe, souligne le directeur, pour qui il était primordial d’impliquer les gens de tout le service, et de faire en sorte qu’ils se sentent plus valorisés.

Signe que son souhait s’est concrétisé, le plus récent sondage de mobilisation, visant en quelque sorte à mesurer l’indice de bonheur au sein du service, se chiffre à 93 %, comparé à 20 % en 2014. 

Belle opportunité

M. Paradis s’en réjouit et souhaite justement profiter de ce 250e anniversaire non seulement pour tenir diverses activités, mais aussi pour amener le service encore plus loin, par obligation pour les générations à venir, dans un milieu réputé pour être très conservateur, dit-il.

« C’est notre devoir de revoir nos méthodes et façons de faire. Il faut regarder ce qui se fait ailleurs, et pas seulement aux États-Unis, mais en Europe aussi. »

Le prochain enjeu sera d’intégrer la télémétrie, ou comment bien mesurer l’effort physique et le faire cesser au bon moment. En Amérique du Nord, plus de 60 % des décès chez les pompiers sont dus à des événements cardiovasculaires survenus à la suite d’un effort excessif.

« Deux faits demeurent depuis 250 ans, lance M. Paradis. C’est le courage de nos pompiers — c’est d’ailleurs le thème de cet anniversaire — et l’effort physique considérable qu’exige leur métier. »

Divers programmes ont été mis en place dans la dernière décennie, dont des protocoles de décontamination pour minimiser les risques de cancer chez les pompiers, mais aussi des programmes pour une alimentation saine et l’entraînement en caserne.