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Conquête de la Lune: les pères nazis de la mission Apollo 11

Wernher Von Braun
Photo d'archives, AFP Wernher Von Braun

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On célèbre cette semaine avec fanfares et trompettes, aux États-Unis, le 50e anniversaire de la conquête de la Lune par la mission Apollo 11. L’origine nazie des responsables de ce projet est la plupart du temps escamotée ou très brièvement évoquée.  

Les Américains détestent qu'on leur rappelle cette terrible réalité, mais les principaux architectes de leur programme spatial étaient des criminels de guerre. À Nuremberg, seuls les scientifiques nazis sans intérêt sont condamnés. En 1946, dans une opération clandestine nommée Paperclip, les États-Unis accueillent 1600 scientifiques, ingénieurs et techniciens nazis pour lancer leurs recherches sur les fusées. 

Parmi les criminels de guerre recrutés figure Wernher von Braun, l’architecte du programme spatial américain. Il avait donné à Hitler son arme la plus terrifiante, la fusée V-2, dont 3000 exemplaires furent ciblés sur Londres, Anvers et Liège, causant la mort de milliers de civils. 

Wernher Von Braun
Photo d'archives

Membre du parti nazi depuis 1937, von Braun adhère aussi aux SS. Himmler lui accorda trois promotions qui le menèrent au grade de Sturmbannführer en 1943. Quand on lui montra une photo de lui en uniforme SS avec Himmler, von Braun affirma n’avoir porté l'uniforme SS que cette seule fois. 

Wernher Von Braun
Photo d'archives

En 2002, un ancien officier SS de son centre de recherche de Peenemünde dit à la BBC que von Braun portait régulièrement l'uniforme SS dans des réunions. 

Dans son étude Wernher Von Braun, the SS, and Concentration Camp Labor: Questions of Moral, Political, and Criminal Responsibility, Michael J. Neufeld, du Musée national de l’aéronautique et de l’espace de Washington, écrit que von Braun a été observé dans au moins cinq camps de concentration dont la main-d’œuvre servile travaillait pour son centre de recherche de Peenemünde. Sa présence au camp de concentration de Mittelbau-Dora, dépendance du camp de Buchenwald, chargé de la fabrication de missiles V2, est attestée par plusieurs témoignages. On estime que 60 000 prisonniers y ont effectué des travaux forcés pour fabriquer son V-2. Plus de 20 000 en sont morts: Juifs, Roms, soldats soviétiques et résistants français contraints de travailler jusqu’à ce qu’ils meurent d’épuisement. Des témoignages cités par Neufeld rapportent que von Braun a personnellement participé à des sévices administrés à des prisonniers récalcitrants. 

Comme von Braun, son principal adjoint, d’abord en Allemagne et ensuite aux États-Unis, Arthur Rudolph, joua un rôle scientifique de premier plan au Pentagone et à la NASA. Il a reçu la plus haute décoration de l'armée américaine pour son travail sur le missile Pershing. La NASA lui a offert sa Médaille du service exceptionnel. Au début des années 80, longtemps après sa retraite, le gouvernement américain, qui était pourtant au courant de son passé odieux, a dû se résoudre à reconnaître, après des révélations journalistiques, qu’il avait commis des crimes de guerre. Washington a quand même fait preuve de complaisance en acceptant de ne pas le poursuivre après qu’il eut renoncé à sa citoyenneté américaine et accepté de retourner en Allemagne, où il est mort en toute quiétude en 1996. 

Parmi les autres nazis notoires entourant von Braun figurait aussi Kurt Debus, directeur des opérations de lancement de la NASA. Le cratère lunaire qui porte son nom honore ainsi un autre membre des SS et du Sturmabteilung (SA). Et Hubertus Strughold, «le père de la médecine spatiale américaine», qui a conçu la fameuse combinaison des astronautes d’Apollo 11. Savant nazi, il avait mené des expériences de privation d'oxygène sur des enfants épileptiques. 

Également recrutés par les États-Unis dans le cadre de leurs recherches spatiales, pour leurs compétences particulières, on retrouve Kurt Blome, qui avait testé le gaz neurotoxique Sarin sur des Juifs à Auschwitz. Quant à Hermann Becker-Freyseng, Siegfried Ruff et Konrad Schaefer, ils expérimentaient à Dachau, notamment en injectant de l’eau salée dans les veines de leurs malheureuses victimes pour étudier leur mort, avant de venir participer à des recherches de médecine spatiale aux États-Unis.