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La stratégie de division de Trump à l’œuvre

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Un sondage mené au lendemain de la publication d’une série de tweets par Donald Trump, largement dénoncés comme racistes, suggère que la stratégie du président porte fruit... pour le moment.

Dimanche dernier, Donald Trump déclenchait une tempête en attaquant quatre jeunes représentantes démocrates au Congrès issues de groupes minoritaires.

Loin de s’excuser, Trump en a rajouté plusieurs couches. Selon lui, ce sont elles qui font preuve de racisme et qui démontrent leur haine envers l’Amérique lorsqu’elles dénoncent, entre autres, le traitement inhumain des demandeurs d’asile à la frontière sud. Les propos de Trump lui ont valu une condamnation historique de la Chambre des représentants.

Et ce n’est pas tout. La crise humanitaire à la frontière et le refus de l’administration Trump de poursuivre un policier qui a étranglé un Afro-Américain à mort dans un incident filmé risquent d’empirer les choses.

Comment expliquer cette stratégie des divisions ? Où est la logique ?

Logique trumpiste

Depuis sa contestation du lieu de naissance de Barack Obama jusqu’aux événements de Charlottesville, en passant par ses déclarations incendiaires sur les immigrants mexicains et sa menace de fermer les frontières aux musulmans, les divisions raciales sont au cœur de la stratégie politique de Donald Trump.

D’abord, Trump exploite l’insécurité identitaire des électeurs blancs qu’il a arrachés aux démocrates en 2016, et cherche à les mobiliser en empirant volontairement la crise migratoire à la frontière et en accentuant le visage multiethnique du Parti démocrate.

De plus, il braque les projecteurs sur ces quatre porte-étendards de l’aile gauche du Parti démocrate pour tenter de convaincre les républicains conservateurs que leur idéologie domine le parti, alors que c’est loin d’être le cas.

Les sondages et les sous

Un sondage Ipsos mené après le déclenchement de cette tempête montre que son effet net sur le taux d’approbation du président est nul, mais que Trump gagne des points chez les républicains, dont environ 90 % approuvent sa performance.

Ces chiffres plaisent à Trump, qui compte sur l’enthousiasme de sa base pour maximiser la participation républicaine au vote. De plus, son emprise sur un bloc d’électeurs solide étouffe les dissensions dans son parti. Finalement, le feu des critiques de l’opposition encourage ses partisans à financer une campagne qui s’annonce beaucoup plus coûteuse que celle de 2016.

Diviser quel parti ?

Un autre objectif de Trump est de provoquer des dissensions dans les rangs adverses, mais il n’est pas clair qu’il y parvienne.

Trump s’attendait peut-être à ce que les démocrates centristes hésitent à se porter à la défense de leurs collègues plus à gauche qu’eux, mais cet épisode a plutôt contribué à cimenter un parti normalement réputé pour ses luttes intestines.

Du côté républicain, les dissensions sont rares – quatre républicains seulement ont voté pour la motion de la Chambre contre Trump –, mais elles posent une question fondamentale : les réductions d’impôts, les nominations de juges conservateurs et les performances record à la Bourse justifient-elles l’abandon des principes qui ont jadis fait la force du parti d’Abraham Lincoln ?