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Un Mont-Sainte-Anne électrique à la fin août

80 athlètes prendront part aux premiers Mondiaux de E-Bike qui se tiendront à Beaupré le 28 août prochain

Notre journaliste s’est servi de la propulsion générée par le moteur électrique pour réussir ses ascensions.
Photos Jean-François Desgagnés Notre journaliste s’est servi de la propulsion générée par le moteur électrique pour réussir ses ascensions.

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BEAUPRÉ | L’électrification des transports sort des sentiers battus en marge des Championnats du monde de vélo de montagne qui prendront d’assaut le Mont-Sainte-Anne du 28 août au 1er septembre prochains. Pour la toute première fois de l’histoire, un champion et une championne de vélo de montagne électrique (E-Bike) seront couronnés par l’Union cycliste internationale à ce rendez-vous. Qui n’a jamais rêvé d’être propulsé par un moteur en pédalant ?

À l’invitation de Gestev, l’organisateur de ces 30es Championnats du monde, les troisièmes à se tenir à la montagne de Beaupré depuis 1998, Le Journal a pu tester sous un soleil de plomb ce nouveau sport en vogue au Québec et au Canada. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est tombé instantanément sous le charme de ce vélo dont le moteur, installé dans le cadre, peut offrir une puissance maximale allant jusqu’à 575 watts.

Autonomie de la batterie

Mais attention ! Ceux et celles qui pourraient croire que les adeptes de vélo de montagne électrique sont une pâle copie des vététistes traditionnels se mettent le doigt dans l’œil. Le moteur donne une petite tape dans le dos, mais ne comptez pas sur lui pour accomplir toute la besogne.

On peut gérer la force du moteur à même le guidon. 
Photos Jean-François Desgagnés
On peut gérer la force du moteur à même le guidon. 

« Le vélo est un amplificateur. Si vous pédalez tranquillement, le moteur va donner un peu de puissance. Si vous pédalez plus fort, le moteur va être plus fort. Si vous ne pédalez pas, il n’y a aucune puissance qui est générée. Ça permet de faire une randonnée plus longtemps et d’aller plus loin et plus haut, mais au bout de la randonnée, vous serez aussi fatigué en ayant fait trois fois la distance que vous faites habituellement », explique Yan Vallée, spécialiste en vélo électrique chez le fabricant Specialized.

Aux premiers coups de pédale, l’assistance fournie par le moteur a surpris, mais il a suffi de quelques secondes pour s’accoutumer. L’explosion qu’elle fournit a été d’une grande utilité pour s’attaquer aux nombreuses pentes prononcées du Mont-Sainte-Anne (MSA). L’autonomie de la batterie (voir tableau) varie en fonction de l’utilisation du cycliste, qui peut choisir le niveau de force nécessaire du moteur selon la portion du tracé.

« Pas du motocross »

Les puristes de la discipline ont émis certains doutes quand ils ont vu apparaître les premiers engins munis de moteur. Le marché nord-américain accuse un retard de trois ans sur celui de l’Europe, selon M. Vallée. Or, les magasins spécialisés sont désormais bien au courant de la demande pour cette bibitte sur deux roues.

« Il y a une idée préconçue de certaines personnes comme quoi ça pourrait être de la triche ou pour les paresseux. On respecte leur opinion. Par contre, par expérience, plusieurs de ces personnes ont essayé le vélo électrique et leur opinion a totalement changé. Ce n’est pas non plus du motocross », a-t-il lâché.

L’arrivée du E-Bike a permis de démocratiser le sport. Il faut aussi voir un beau clin d’œil de la part de l’UCI en choisissant le MSA comme terre d’accueil de ce premier événement alors que Gestev et ses fondateurs Patrice Drouin et Chantal Lachance ont fait figure de pionniers dans le développement du vélo de montagne.

« Il y a une partie de la clientèle qui se remet dans le sport. Ils n’auraient pas nécessairement fait de vélo de montagne sans l’assistance électrique. On commence à avoir aussi des gens qui font déjà du vélo de montagne et ils veulent quelque chose pour faire leur boucle préférée deux, voire trois fois la même journée », a souligné Yan Vallée.

Un E-Bike pèse en moyenne 50 lb à cause du moteur (cadre) et de la batterie (boitier du pédalier). 
Photos Jean-François Desgagnés
Un E-Bike pèse en moyenne 50 lb à cause du moteur (cadre) et de la batterie (boitier du pédalier). 

 

À SAVOIR 

  • Autonomie de la batterie : entre 40 et 100 km
  • Puissance nominale : 250 watts
  • Puissance maximale : 575 watts 
  • Durée de la charge : entre 3 et 5 heures 
PRIX
  • Double suspension : à partir de 5000 $
  • Une suspension : à partir de 3500 $

 

Un parcours périlleux pour l’élite mondiale

Qu’à cela ne tienne, les cyclistes qui participeront à ces premiers Mondiaux de E-Bike auront tout sauf droit à une balade dans le parc, promet le responsable des parcours chez Gestev, Frédérick Langlois.

Selon les prévisions de l’Union cycliste internationale (UCI), ils seront environ 80 en provenance de plusieurs pays à prendre le départ le 28 août (hommes et femmes) du circuit de 5,6 km. Le Canada pourra accueillir jusqu’à un maximum de 30 coureurs en étant le pays hôte.

« Un parcours de vélo de montagne électrique versus celui de cross-country standard [dit olympique] aura plus de dénivelés par tour et des pentes plus abruptes parce qu’on veut mettre les athlètes dans le trouble », lâche sans détour cette sommité en confection de tracés.

Comme la FE

« On veut que le parcours soit suffisamment difficile pour qu’ils [les athlètes] aient à gérer la batterie. Si le parcours est trop facile, ils pourraient mettre le moteur au maximum, alors qu’en étant difficile, la gestion de la batterie devient stratégique », a-t-il ajouté en dressant un parallèle avec la Formule électrique.

Les engagés devront être vigilants en démarrant le dispositif électrique en raison du niveau technique du parcours. « L’assistance accélère la vitesse sur le parcours et les mouvements. Il faut être très réactif et être un excellent pilote pour être capable de passer à travers tous les obstacles sur le parcours. »

Double médaillé olympique en cross-country et multiple champion en Coupe du monde au Mont-Sainte-Anne, le Français Julien Absalon s’est tourné vers le E-Bike depuis l’annonce de sa retraite. Il ne faudrait pas s’étonner qu’il revienne en sol québécois dans cette discipline.

Guerre entre motoristes

Au-delà de la lutte entre cyclistes de différents pays, le vélo de montagne électrique est synonyme de guerre entre les motoristes. Les moteurs de marque Bosch, Brose, Shimano et Yamaha fournissent la plupart des grands fabricants de vélo de ce type.

« Les motoristes auront aussi beaucoup à gagner lors de ce championnat pour savoir qui est le moteur le plus fiable et le plus puissant. Chaque motoriste a ses particularités et ce sera aux cyclistes de se démarquer par rapport aux avantages que chacun des moteurs offre », estime l’analyste des courses du Vélirium, François Gariépy.