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Y a-t-il trop d’humoristes?

Joël Legendre et Yves Corbeil
Photo Agence QMI, Steve Madden Joël Legendre et Yves Corbeil

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On a souvent posé la question et chaque fois, il s’est trouvé des humoristes pour trouver la question stupide. Pourtant, elle ne l’est pas. Mais est-ce la bonne question ?

Cet été, à Montréal, se tiennent en quelques semaines Le Grand Montréal comique, le Zoofest et les festivals Juste pour rire et Just for Laugh. À Québec, le ComédiHa ! Fest présente, selon ce qu’on annonce, 350 spectacles, 500 artistes et artisans. Pas un de moins ! Et je ne parle pas du Grand Montréal comique dont de nombreux spectacles essaiment maintenant en banlieue. Si vous arrivez à vous reconnaître dans cette profusion de festivals, vous êtes meilleur que je le suis.

En multipliant les festivals et les spectacles, l’humour a inévitablement perdu de sa qualité. Les amateurs de hockey plus âgés se rappellent avec nostalgie le bon temps où la Ligue nationale ne comptait que six équipes. Elles n’alignaient alors que de bons joueurs et des vedettes hors normes comme Maurice Richard, Jean Béliveau ou Gordie Howe. Il n’y avait pas de place pour les « plombiers ».

Il n’y avait pas de place pour les plombiers non plus lorsque les spectacles d’humour étaient plus rares et que les grandes scènes étaient réservées à des vedettes comme Yvon Deschamps, Clémence Desrochers, Muriel Robin ou Raymond Devos. Je sais qu’on ne peut pas ressusciter le passé, mais est-il souhaitable que les humoristes continuent de se marcher sur les pieds, qu’ils se copient les uns les autres. Il n’y a pas que Gad Elmaleh qu’on pourrait accuser de plagiat.

L’HUMOUR A BESOIN D’AIR

Même s’il s’agit d’une ressource renouvelable, l’humour s’épuise si on ne lui donne pas le temps de se renouveler. Les meilleurs humoristes savent bien qu’ils doivent retrouver leur souffle. Ils espacent donc leurs spectacles, prennent de longues pauses pour se ressourcer ou ils se lancent momentanément à l’assaut d’un autre genre. C’est le cas de Louis-José Houde et de Patrick Huard, par exemple, qui font périodiquement des incursions mémorables au grand écran.

C’est aussi le cas de Martin Petit, de Martin Matte et de quelques autres qui délaissent momentanément la scène pour faire de la télévision, s’octroyant ainsi un temps de réflexion et donnant un répit à leur public.

IL N’A PAS GAGNÉ LE GROS LOT

Mardi soir, j’ai assisté au Zoofest qui présentait Yves Corbeil dans sa série Ben voyons donc!. La série est réservée à une personnalité qui s’essaie à l’humour. L’intention serait louable si on manquait d’humoristes, mais c’est loin d’être le cas.

Même s’il a été bien servi par Louise DesChâtelets, Joël Legendre, les Pic-Bois et Patrick Rozon, son metteur en scène, Yves Corbeil n’a pas remporté le gros lot. Était-ce un service à lui rendre que de lui proposer pareille aventure ?

Gouvernements et commanditaires sont généreux à l’égard des festivals. Les producteurs ne se posent donc pas trop de questions sur la rentabilité des spectacles qu’ils présentent, si bien qu’ils les multiplient tant qu’ils peuvent.

Il n’y a pas trop d’humoristes. Mais il y a trop de festivals et de spectacles d’humour. Comme il y a dans la Ligue nationale trop de clubs et de parties. Les vedettes finissent par se perdre parmi les plombiers et la qualité de l’humour, comme celle du hockey, se dégrade.