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Les calculs erronés de Trump

Les calculs erronés de Trump
AFP

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Le calcul de Trump est clair et terrible : si on asphyxie un peu plus l’économie cubaine et vénézuélienne, si on leur serre la ceinture un peu plus, si on resserre encore davantage les mesures coercitives déjà existantes, si on multiplie les interdictions de commerce et les interdictions de toutes sortes, il va se produire très certainement une commotion des plus graves qui va entraîner à court ou à moyen terme la chute de ces gouvernements hostiles ou voyous selon les termes utilisés par ce président dangereux et imprévisible.

C’est un calcul froid qui ne tient nullement compte du prix à payer en ce qui concerne l’aspect humain, en misant sur des résultats rapides. C’est sans doute le même type de raisonnement que s’est fait le président Harry Truman lorsqu’il a décidé de larguer deux bombes atomiques sur le Japon. Ou au début des années soixante-dix lorsqu’on a voulu faire tomber le gouvernement démocratique de Salvador Allende au Chili.

Or, cette asphyxie de l’économie cubaine dure depuis le début des années soixante. Ce blocus ressemble fort à cette torture moyenâgeuse, le garrot vil, qui permet au tortionnaire de faire durer pendant un certain temps le plaisir de tuer. Depuis près de soixante ans, le peuple cubain subit les coups et contrecoups du blocus économique et financier imposé par Washington. Cela se manifeste, entre autres, dans l’alimentation, dans l’acquisition de matériaux divers pour la construction de logements, surtout après les passages répétés de cyclones et d’ouragans. Des enfants n’ont pu recevoir les médicaments nécessaires pour être soignés dignement, faute de pouvoir acheter à l’extérieur du pays les médicaments idoines.

Au Venezuela, on a procédé de la même manière, de façon aussi sournoise et criminelle. On a saisi illégalement les comptes bancaires de l’entreprise pétrolière d’État PDVSA, on bloque les transactions courantes des entreprises d’État avec des tiers pour l’acquisition de biens de consommation, obligeant à pratiquer un commerce triangulaire, ce qui augmente les coûts, on a manipulé les taux de change occasionnant une inflation galopante et favorisant bien évidemment une hausse des taux d’intérêts lorsque le Venezuela sollicite de nouveaux crédits sur les marchés mondiaux. Cette crise provoquée selon un organigramme bien pensé a causé, bien évidemment une chute drastique de 40% du PIB, avec ce que cela suppose sur l’emploi et ses revenus.

Les auteurs de ces basses manœuvres devraient être jugés devant une cour internationale pour crime contre l’humanité. Qu’est-ce qu’on attend pour le faire ?

Alors que pendant les huit années précédant l’arrivée de Trump à la Maison Blanche, le président Obama avait petit à petit adouci les mesures coercitives, permettant à l’économie cubaine de mieux respirer, de mieux planifier à long terme — car un budget, ça se planifie dans le long terme —, alors qu’on percevait nettement l’effet bénéfique de ces nouvelles politiques de l’ère Obama, Trump, élu essentiellement sur le slogan « We will make America great again », ce qui annonçait une politique protectionniste, a saccagé sans ménagement le pont qu’avait tendu son prédécesseur, sans que personne ne s’y attende.

Pourtant, les stratèges de la Maison Blanche devraient savoir que Cuba en a vu d’autres et qu’il a toujours rebondi, tels les boxeurs cubains souvent champions olympiques, sans perdre de vue la perspective de la victoire, en suivant les exemples de ses figures de proue et héros légendaires qu’on ne cesse jamais de vénérer ici. Ce saccage éhonté ne fait qu’occasionner encore plus de problèmes au niveau alimentaire et médical, mais ne réduit en rien le niveau de détermination à vaincre des Cubains et des Vénézuéliens. Trump n’a décidément rien compris.