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«Transcription» de Kate Atkinson: au cœur d’une mission secrète du MI5

Kate Atkinson
Photo courtoisie, Euan Myles Kate Atkinson

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L’écrivaine britannique Kate Atkinson s’est intéressée au sort des jeunes femmes recrutées par les services secrets anglais pendant la Seconde Guerre mondiale dans son nouveau roman, Transcription. À travers le personnage de Juliette Armstrong, une très jeune femme affectée à une mission d’apparence banale qui deviendra terrifiante, elle montre le rôle capital des femmes dans une période critique de l’histoire.

En 1940, Juliette Armstrong est contrainte, comme ses compatriotes, à chercher refuge dans les abris pendant les bombardements de Londres. À travers des scènes de désolation, elle tente de mener sa vie, mais les choses ne s’améliorent pas au fil des jours.

Son quotidien change brutalement lorsqu’un représentant du gouvernement la recrute pour une tâche inattendue, au sein des services secrets.

Juliette est chargée de transcrire les conversations de sympathisants anglais au nazisme. Cette tâche, d’abord monotone, deviendra de plus en plus effrayante.

Kate Atkinson, une écrivaine brillante dont les romans figurent au sommet des palmarès, a effectué beaucoup de recherches et épluché des documents récemment déclassifiés par le MI5, aux Archives nationales, pour construire son roman. Le travail confié aux femmes par les services secrets a attiré son attention.

«Peu de choses ont été écrites sur le sujet – parce qu’on a affaire aux services secrets, j’imagine. Mais aussi parce que ces informations devaient rester secrètes jusqu’à 70 ans après la guerre», dit-elle, en entrevue.

«Les gens n’ont commencé que très récemment à parler de ce qu’ils avaient fait pendant la Guerre. Et ceux qui ont travaillé pour les services secrets n’ont pas le droit de dire quoi que ce soit.»

Les espionnes

Kate Atkinson s’est inspirée en partie d’informations publiées dans la biographie de Joan Miller (One Girl’s War), publiée dans les années 1980, pour créer le personnage de Juliette Armstrong. «Ce livre n’a pas été publié avec l’accord du MI5, mais c’était son histoire.»

L’écrivaine explique qu’un grand nombre de femmes ont été employées pour dactylographier ou classer des documents. «C’était le genre de travail auquel les femmes s’attendaient, à l’époque. Seules quelques-unes d’entre elles faisaient vraiment un travail ­d’espionnage.»

L’espion Maxwell Knight a bel et bien existé (il est même réputé avoir inspiré le personnage de James Bond) et lui a inspiré le personnage de Perry, dans le roman.

«Il croyait que les femmes étaient de meilleures espionnes et il a dirigé trois ou quatre femmes pour l’infiltration du Right Club pendant la guerre. Je ne sais pas si les femmes étaient réellement de meilleures espionnes, mais il croyait qu’elles savaient mieux garder les secrets.»

Le personnage de Juliette, plausible et très bien rendu, est le fruit de son imagination. «Je pense qu’elle représente bien les femmes du temps de la guerre. Je suis fascinée par cette période, par la manière dont les gens s’exprimaient. Comme je ne voulais pas raconter l’histoire vraie de l’espion Eric Roberts, je me disais que la meilleure façon de raconter cette histoire serait par le biais d’une femme qui est chargée de ­transcrire des conversations.»

Des transcriptions d’opérations secrètes – présentées de manière très réaliste dans le roman – ont été récemment déclassifiées par les Archives nationales, et Kate Atkinson en a lu plusieurs.

«Quand on les lit, on a l’impression de faire un saut dans le temps. Les transcriptions qui apparaissent dans mon roman en sont inspirées. Quand je parle des pauses-biscuit, des cigarettes, de l’heure du thé, c’est exact. Je voulais être fidèle aux voix de l’époque.»

  • Kate Atkinson a reçu le prix Whitbread Book of the Year avec son premier roman, Dans les coulisses du musée.
  • Elle a publié plusieurs best-sellers, dont Une vie après l’autre (prix Costa) et L’homme est un dieu en ruine.
  • Elle a reçu le titre honorifique de Membre de l’Ordre de l’Empire britannique en 2011.

EXTRAIT

Transcription, Kate Atkinson, Éditions JC Lattès, environ 400 pages
Photo courtoisie
Transcription, Kate Atkinson, Éditions JC Lattès, environ 400 pages

«Allait-elle devenir un agent? (Une espionne!). Non, apparemment, son rôle consistait à être enchaînée à une machine à écrire.

«En temps de guerre, on ne peut pas choisir ses armes, Miss Armstrong», dit-il.

Je ne vois pas pourquoi on ne le pourrait pas, pensa Juliette.

Que choisirait-elle?

Un sabre tranchant? Un arc d’or flamboyant?

Peut-être les flèches du désir.»

– Kate Atkinson, Transcription, Éditions JC Lattès