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Le gouvernement ne fait pas mieux

Québec a peu de moyens d’obliger ses partenaires privés à offrir un menu santé dans les haltes routières

La famille Delorme-Filiatreault, composée des parents Benoit et Marilou ainsi que des enfants Benjamin, 5 ans, Samuel, 10 ans, et Danaé, 7 ans, dit ne pas avoir d’autre choix que d’arrêter souper au McDonald’s par manque d’options sur la route.
Photo Vincent Larin La famille Delorme-Filiatreault, composée des parents Benoit et Marilou ainsi que des enfants Benjamin, 5 ans, Samuel, 10 ans, et Danaé, 7 ans, dit ne pas avoir d’autre choix que d’arrêter souper au McDonald’s par manque d’options sur la route.

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Les aires de service construites en partenariat public-privé sont des antres de la malbouffe, déplorent des routiers qui aimeraient voir le gouvernement en faire un peu plus pour les aider à bien manger.

« Quand on arrête à des haltes routières comme celle de Maskinongé qui vient d’être rénovée, on se demande pourquoi le gouvernement n’exige pas qu’il y ait des restaurants plus santé qu’un Valentine, un A&W et un Tim Hortons », résume le camionneur Philippe Asselin.

Un exemple qui est loin d’être unique comme a pu constater Le Journal en épluchant l’offre alimentaire des aires de service, fournie par le ministère des Transports du Québec (MTQ).

Or, l’entente que le gouvernement a passée en 2008 avec le partenaire privé qui gère ces haltes routières pendant 31 ans prévoit que celui-ci doit garantir une offre alimentaire qui « répond aux exigences du Guide alimentaire canadien », selon ce qu’a indiqué le porte-parole du MTQ Guillaume Paradis.

Du yogourt

« Les menus ont été soumis à une nutritionniste, puis de légers ajustements ont ensuite été apportés afin que les menus respectent le Guide [...]. Par exemple, un restaurant a alors ajouté du yogourt à son offre alimentaire », détaille-t-il.

Impossible, toutefois, de savoir de quel restaurant il s’agit ni si c’est le seul exemple d’un ajustement du menu puisque le MTQ a refusé de donner davantage de détails à ce sujet.

Le nouveau Guide alimentaire canadien présenté en janvier met maintenant de l’avant les légumes, les fruits et dans une moindre proportion les aliments protéinés et à grains entiers. On y recommande aussi surtout de se tenir loin des produits transformés. Mais certains tentent de faire bouger les choses.

« On a des rencontres avec le gouvernement pour éviter de n’avoir que du fast-food sur les routes, confie le président de l’Association du camionnage du Québec, Marc Cadieux.

Solutions

Selon Corinne Voyer, de la Coalition Poids, le gouvernement pourrait subventionner des restaurants qui offriraient des menus plus santé, car autrement il est difficile de compétitionner avec les grandes chaînes de restauration rapide.

« Si on se met à exiger une offre alimentaire collée sur le Guide alimentaire canadien, je ne suis pas sûr qu’on réussisse à trouver preneur », soupire-t-elle.

Même si des solutions pourraient exister, ce sont les compagnies qui les refusent, comme l’a constaté la nutritionniste Isabelle Huot.

« Ça fait trois ans que j’essaie d’entrer ma gamme de produits dans les dépanneurs comme Couche-Tard. Je leur fais des pitchs, et quand je leur demande pourquoi ils ne veulent pas de mes collations, ils me répondent que les clients ne veulent pas de ça. Je n’ai pas encore réussi à les convaincre », déplore-t-elle.

Les enfants ne sont pas épargnés par le gras

Les enfants québécois sont particulièrement exposés à la malbouffe, selon des études réalisées à ce sujet, et l’offre alimentaire sur le bord des autoroutes participe à ce phénomène.

Face à cette situation, des parents tentent des solutions de rechange.

« En temps normal, on amène des lunchs lors de nos activités comme le ski, mais cette fois-ci, ce n’était pas le cas et on n’avait pas le temps d’arriver à Montréal pour souper », explique Marilou Filiatreault, rencontrée avec son conjoint Benoit et leurs trois enfants à l’aire de service de la Porte-du-Nord, sur l’autoroute 15 nord à Saint-Jérôme.

Annie Tardif, une mère de trois jeunes enfants qui voyage quelques fois par année pour se rendre sur la Côte-Nord ou en Abitibi, convient que les restaurants de style fast-food peuvent être intéressants pour les familles. Surtout lors des longues distances.

Aussi à la maison

« Lorsque je suis avec les enfants, nous arrêtons souvent au McDonald’s ou au Burger King où les enfants peuvent se défouler dans une aire de jeux, indique-t-elle. Si je choisis ces restaurants, c’est aussi parce que je sais qu’à ces endroits, mes enfants ne dérangeront personne. »

Et même en ville, la malbouffe reste très accessible aux jeunes, notamment près des établissements scolaires, dénonce Corinne Voyer de la Coailition Poids.

« Les restaurants rapides autour des écoles sont beaucoup plus problématiques au quotidien, dans l’environnement des enfants. Il y a un marketing très agressif et on vient créer une fidélité avec l’enfant », déplore-t-elle.

Associée aux vacances

Un peu plus d’un élève sur cinq mange de la malbouffe dans un restaurant ou un casse-croûte au moins trois fois par semaine, selon les résultats d’une enquête menée auprès de jeunes de sixième année de Montréal par la Direction régionale de santé publique et publiée l’an dernier.

Dans le cas de la malbouffe sur la route, Mme Voyer s’inquiète surtout des habitudes que peuvent prendre les enfants.

« À force d’associer la restauration rapide aux vacances, ça peut devenir une habitude », avertit-elle.