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L’humour noir au service de #MeToo

L’humour noir au service de #MeToo
Photo courtoisie

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L’humour est parfois le meilleur moyen d’aborder des sujets épineux. Parlez-en à Riley Stearns, qui a su livrer avec L’art de l’autodéfense une comédie décalée et franchement divertissante, tout en évoquant le mouvement #MeToo.

Mettons d’abord les choses au clair. Oui, L’art de l’autodéfense s’articule (librement) autour du mouvement #MeToo. Mais l’œuvre de l’Américain Riley Stearns parvient à le faire d’une manière si détachée, voire subtile, que le commentaire social qui s’en dégage n’est jamais abrutissant, poussant plutôt les cinéphiles à réfléchir sur les enjeux dont il traite.

Exit, donc, le traitement moralisateur. Et c’est tant mieux. Car grâce à cette approche, le film parvient, dans un premier temps, à divertir. On se laisse facilement, et volontiers, captiver par le récit de cet homme solitaire (Jesse Eisenberg) qui, après avoir été victime d’une violente agression, s’inscrit au dojo du coin pour y apprendre les rudiments des arts martiaux. C’est sur ce tatami qu’il sera tantôt témoin, tantôt victime, d’intimidation et de comportements toxiques, voire répréhensibles.

En plus de l’humour (pratiquement omniprésent), L’art de l’autodéfense doit son succès à deux éléments clés : le doigté évident dont fait preuve Riley Stearns dans l’écriture de ses dialogues mordants, mais aussi le talent de ses interprètes. Porté par un Jesse Eisenberg absolument brillant, ce qui aurait pu être une œuvre rébarbative devient une comédie très actuelle, mais surtout délirante, et ce, malgré les trop nombreuses coïncidences fortuites auxquelles carbure son intrigue.

Film de genre ?

Il nous a fallu un moment, au cours du visionnement, avant de ­comprendre pourquoi la sortie du film a été précédée d’une première dans le cadre du festival Fantasia, surtout connu pour sa célébration du cinéma de genre, qu’il soit fantaisiste ou encore d’horreur. Et cette question, on nous l’a posée à plusieurs reprises en amont de ladite première. La réponse devient ­toutefois évidente à l’approche du dernier acte de L’art de l’autodéfense. Et elle a été d’une brutalité jouissive.

Car oui, le film de Riley Stearns est, de prime abord, une comédie noire au sous-texte politique. Mais cette satire alimente continuellement un sentiment de paranoïa, d’abord insidieux, puis accablant, qui apporte son lot de tension, certes, mais également de débordements violents que certains pourraient qualifier d’horrifiques.

  • L’Art de l’autodéfense (3/5)

Un film de Riley Stearns.

Avec Jesse Eisenberg, Alessandro Nivola et Imogen Poots.