/weekend
Navigation

Half Moon Run: un troisième album très attendu

Half Moon Run
Photo courtoisie, Jennifer McCord

Coup d'oeil sur cet article

Half Moon Run est de retour. Après une pause de plus d’un an et demi, le groupe montréalais revient à l’avant-plan avec une nouvelle tournée, qui coïncidera avec la sortie de son très attendu troisième album, cet automne. Le Journal s’est entretenu avec le musicien Conner Molander sur ce nouvel opus que le groupe a mis plus d’un an à créer. 

Vous avez fait un « spectacle secret » à Saint-Eustache en juin, et à Laval, il y a quelques jours. Comment se déroulent ces soirées? 

« C’est toujours fabuleux. Pour annoncer ces concerts, nous envoyons seulement l’information à notre liste de diffusion. Pour nous, jouer à Laval, c’est comme un concert à Montréal, même si ça ne l’est pas techniquement. Mais on reconnaît les mêmes personnes.  

Vous en profitez pour faire quelques nouvelles chansons? 

« Oui, mais le nouveau matériel est assez compliqué à faire. Nous faisons attention de ne pas jouer trop de nouvelles pièces pour le moment. Nous en faisons cinq dans le concert. Ça semblait un bon nombre pour des gens qui n’ont pas encore écouté l’album. Ils peuvent apprécier le show. Il y a une énergie différente quand tu joues des chansons devant des gens pour la première fois comparativement à des chansons qu’ils adorent. Nous avons passé trois jours dans cette salle [Salle André-Mathieu de Laval] où nous avons répété tout le nouveau matériel. Nous jouerons plus de nouvelles pièces quand l’album sortira. » 

Étiez-vous rouillés quand vous avez recommencé les concerts? 

« Oui, mais pour une courte période. C’est revenu rapidement. Depuis quelques semaines, nous pratiquons à chaque jour. Nous avons joué ces chansons des centaines de fois. Nous avons fait quelques autres shows secrets il y a deux mois, dont un dans le sous-sol du Rialto [à Montréal]. Quand tu écris des chansons, tu veux les essayer devant un public pour voir la réponse. Ça peut être surprenant. Parfois, des trucs que tu penses qui vont bien sortir, les gens ne réagissent pas. Et c’est parfois l’inverse. Nous avons fait beaucoup de changements selon la réponse des gens live. » 

Étiez-vous fatigués après la dernière tournée? 

« En fait, c’était pire après le premier album. C’était vraiment intense, très épuisant. La deuxième tournée, je ne m’en plaindrais pas. C’était épuisant, mais c’est comme lorsque tu fais un long voyage. C’était bon de revenir à une routine à la maison. Notre premier album, c’est un cliché de le dire, mais on a toute notre vie pour l’écrire. C’est ce qui est arrivé avec Dark Eyes. Ensuite, nous avons beaucoup tourné et nous avons sorti Sun Leads Me On assez rapidement après ça.  

Quand avez-vous amorcé le travail sur le nouvel album? 

« Peut-être au printemps 2018, nous avons commencé à faire un horaire, semaine par semaine, pour voir ce que nous pouvions faire le plus efficacement possible autour de la musique. Quelques chansons que nous avons sur cet album sont vieilles. Par exemple, nous avons une pièce de plus de sept minutes qui comprend une portion créée à l’époque de Dark Eyes [sorti en 2012]. Nous sommes un band depuis neuf ans maintenant et c’est la beauté de la chose. Nous avons beaucoup plus de matériel avec lequel travailler. Nous avons un tableau rempli d’idées, des douzaines d’idées qui nous excitent. Nous avons vraiment plus de matériel qu’à l’époque de Sun Leads Me On. » 

Que vouliez-vous faire avec ce nouvel album? Aviez-vous une ambiance spécifique en tête? 

« Je serai honnête. Je suis fier de toute la musique que nous avons enregistrée. Mais il y a des choses, spécialement sur Dark Eyes, qui sonnent un peu « brumeuses » (hazy). C’est une bonne chose, mais nous voulions nous détacher de ça, revenir vers un son plus clair, tout en restant riche, chaleureux, enveloppant. Nous avons travaillé avec Joe Chiccarelli (Broken Social Scene, Morrissey, Mika, The White Stripes, The Shins, Frank Zappa), un producteur de Los Angeles. Il a fait des tonnes d’albums. Il est venu ici, nous avons enregistré à Montréal. Nous parlions constamment de ça, le ton de l’album, le son qu’on voulait avoir. Il y a un danger à sortir de quelque chose de brumeux pour aller vers un son plus défini. Si tu l’appuies trop, ça peut sonner trop popre, style pop radio. On ne voulait pas ça. Un groupe comme Radiohead fait évidemment un bon travail de ce côté-là. C’est « moody » et propre, mais ça sonne incroyablement bien. Nous ne voulions pas les copier, en fait, nous essayions davantage de les copier dans le passé! » 

« Il y a une chanson sur l’album où la caisse claire a été le plus grand problème. Nous avons écouté beaucoup de Fleetwood Mac, dont la chanson Dreams. La caisse claire est un peu l’histoire de notre album. Nous avons blagué que ça pourrait être le titre du disque (Snare Drum)! (rires). » 

L’album est-il complété aujourd’hui? 

« Oui, l’automne dernier, nous avons même envisagé de le sortir au printemps. Mais nous avons dû retourner en studio pour refaire certaines chansons parfois jusqu’à quatre fois. Nous n’étions pas satisfaits. Nous faisions des chansons avec Joe (Chiccarelli). C’était bon, mais nous voulions les essayer ensuite par nous-mêmes. Nous retournions donc dans notre espace de travail pour les refaire. Et le résultat était encore meilleur. Et là, nous retournions enregistrer avec Joe.  

« Je crois que nous avons fait un bon travail. C’est la raison pourquoi nous avons fait des shows secrets. Nous voulions le faire de la bonne façon, cette fois. Nous voulions jouer les chansons live avant de les enregistrer. Nous n’avions pas vraiment fait ça sur Sun Leads Me On. » 

Comment envisages-tu la tournée à l’automne, qui mènera le groupe au Canada anglais, aux États-Unis et en Europe? 

« Je suis vraiment excité par ça. Nous avons une très bonne équipe. Je n’ai pas été sur la route depuis un bout. Je suis prêt pour ça! » 

De quelle façon le groupe a-t-il évolué avec les années? Es-tu content du chemin parcouru? 

« Oui, je ne pourrais être plus heureux avec ma vie et la façon dont les choses se passent. Il y a des erreurs parfois, mais les aurais-je faites différemment? Je ne crois pas qu’il faut s’attarder sur ça. Au début, c’est devenu problématique la façon dont la tournée se déroulait. Nous buvions trop, le calendrier était trop intense, nous étions loin de la maison durant une trop longue période. Ç’a pris un certain temps pour s’ajuster... Après que Dark Eyes ait été sorti depuis quelques années, les choses se sont placées. » 

« Suis-je heureux avec le groupe? Je compare toujours ça à une relation à long terme. En général, oui je suis heureux, sinon je ne resterais pas dans cette relation. Y a-t-il parfois des problèmes? Oui. Les gens que nous étions à l’époque et ceux que nous sommes aujourd’hui sont complètement différents. Nous avons vécu tellement de choses. Faire ce nouvel album nous a rassurés sur notre identité comme groupe, et aussi comme individus. [...] Quand tu as un certain succès, il y a un momentum derrière, tu peux te laisser porter par ce momentum. Nous ne l’avons pas fait. Nous avons tout arrêté, tout brûlé et nous avons tout rebâti. Nous n’avons pas de regrets là-dessus. » 

Un autre groupe montréalais, Arcade Fire, connaît un grand succès sur la scène internationale. Rêvez-vous d’avoir le même genre de carrière? 

« Il y a deux réponses à ça. La première est oui. Mais une autre partie de toi sait que ce n’est pas exactement une bonne trace à suivre. C’est spécialement quelque chose qui n’est pas plaisant à admettre en entrevue (rires). Mais oui, certainement, tu veux être aussi bon que possible. La façon de le faire est de regarder les autres qui l’ont fait et te demander si tu peux le faire aussi. Je ne me sens pas en compétition directe avec Arcade Fire, mais je me compare et me demande ce qu’ils font de mieux que moi. Je vais essayer de le faire encore mieux moi-même. C’est un peu comme un sport, dans un sens. C’est le plaisir de ça. » 

Est-ce difficile de créer sans penser au succès ? 

« Je ne sais jamais jusqu’à quel point je veux en dévoiler, mais il y a des gens pour ce nouvel album qui nous plaçaient dans un aspect business. Je ne peux que dire des bonnes choses sur les personnes qui nous entourent. Mais il y en a qui ont dit que notre groupe faisait de la musique avec des rythmes accrocheurs et des harmonies entraînantes. Ils nous disaient que si on mettait ces éléments de l’avant, ça donnerait quelque chose de plus pop qui pourrait vraiment exploser [à l’international]. C’était un peu « la recette du succès ». On nous a déjà dit que si on donnait nos mélodies à un producteur, il pourrait faire en sorte que nous ayons un gros succès commercial, du moins pour une petite période. Dans le groupe, nous en avons discuté. Mais à chaque fois que ça s’en allait dans cette direction, les mêmes choses se produisaient. D’abord, ce n’est jamais garanti que le résultat sera un succès. Si ça ne l’est pas, tu vas vouloir te tuer. Non seulement ce n’est pas un succès, mais tu as vendu ton âme. Et en prenant du recul, on se demandait pourquoi on était en train de faire ça. Tu dois faire la bonne chose, tu dois faire la meilleur musique possible selon tes propres goûts. Tu dois respecter la personne que tu es et les fans que tu as. Ces fans espèrent quelque chose de toi pour le prochain album. Ils te suivent car ils t’aiment. Et je sais ce qu’ils veulent. Ils veulent que nous sortions notre meilleur matériel. Pas que nous chassions le succès à tout prix. » 

Est-ce dur d’écrire de la même façon maintenant que les foules sont plus importantes qu’à vos débuts? 

« Nous avons eu des situations pour le nouvel album où certaines personnes nous ont demandé si on pouvait rendre nos chansons « plus modernes et accessibles ». On nous disait qu’elles devaient compétitionner à la radio. Nous nous sommes assis avec le producteur et lui avons dit: ok, augmente le tempo de cette pièce. Mais rapidement, nous lui avons dit de le ramener à l’origine. Nous avons dû nous battre constamment. Mais c’est délicat. Chaque pas que nous faisions dans cette direction (commerciale), nous nous sentions terriblement mal. Chaque fois que nous revenions là où est notre cœur, nous nous sentions tellement mieux! Même si on nous dit qu’on s’éloigne de ce à quoi ça pourrait être, soit vraiment plus d’argent, vraiment plus de succès! » 

Le deuxième album a connu moins de succès que le premier. Y avait-il une pression différente pour le troisième?  

« Nous n’en avons pas discuté entre nous quatre. La seule chose qui nous garde sains d’esprit, c’est de faire le meilleur album possible. Nous savons ce que nous aimons. Que pouvons-nous faire d’autre? » 

Y a-t-il eu des doutes? Des remises en question sur où s’en va le groupe? 

« C’est le cas depuis le début de notre carrière, depuis le début de ma vie! (rires) Cette question est au cœur de la plupart des auteurs-compositeurs. « Qui sommes-nous? Que faisons-nous? » Les doutes sont parfois utiles.  

Comment est-ce inspirant de vivre à Montréal? 

« J’adore ça plus que jamais, spécialement après avoir beaucoup voyagé. Je sens que c’est ma maison plus que jamais. J’ai déménagé ici il y a presque dix ans. C’est juste la meilleur ville au monde! L’hiver est dur, je déteste ça! Mais ça vaut la peine... Essaie de penser à une meilleure ville pour être un artiste, spécialement un musicien. Berlin est génial, New York et Los Angeles sont trop grosses, tu peux te faire avaler si tu vas là-bas. Peut-être qu’il y a plus d’opportunités là-bas. Mais il n’y a définitivement pas de meilleure ville au Canada. Même pas proche. 

Vancouver? J’ai grandi là-bas. Je connais très bien ça. Mais la scène musicale n’est pas près [de celle de Montréal]. Ils en ont une, mais le style n’est pas très bon. Ils ont une bonne scène de film.  

« Montréal, j’adore ça. J’ai toujours pensé que j’allais retourner vivre en Colombie-Britannique, c’était dans ma tête. Mais maintenant, je ne pense plus que je le ferai. J’aimerais mieux m’acheter une maison à Montréal, vivre ici et élever mes enfants ici. Ma blonde vient de Granby!  

Je suis plus heureux que jamais à Montréal. Après tous ces voyages, quand je reviens chez moi - - j’habite près du Parc Jarry dans Parc Extension -, quand je marche là-bas, j’écoute des podcast d’histoire, je marche, je regarde les gens avoir du plaisir, c’est si beau, Montréal a une telle énergie. Je me dis que ça doit être l’une des plus belles places de l’histoire de l’humanité! Quand on considère tout. La qualité de vie est si élevée, c’est fantastique! » 

«Il y a d’autres places dans le monde, comme en Australie et Nouvelle-Zélande qui sont assez formidables. La météo, la nourriture. Mais il y a quelque chose de Montréal qui est spécial. J’aimerais juste que les hivers ne soient pas aussi rudes! Peut-être que j’irai passer les hivers en Australie! (rires) » 

 ► Half Moon Run fera quelques concerts au Québec le mois prochain. Pour toutes les dates : halfmoonrun.com.