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Libre marché et concurrence expliqués à Soliane

Capital.
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Expliquer les choses de la vie à ma petite-fille  

Soliane est à l’aube de ses 12 ans, et j’ai cru le moment venu de lui expliquer les merveilleux avantages de l’économie de marché qui appelle à une vive concurrence entre agents économiques, ce qui fait théoriquement baisser les prix au niveau du juste prix pour le plus grand bien des consommateurs.    

Premièrement, Soliane, l’économie de marché et le capitalisme sont liés. Dans le système capitaliste, la priorité est donnée au capital, à son détenteur et au respect des contrats. Je dois bien te dire Soliane que les principes de l’économie de marché relèvent de lois dites «naturelles» auxquelles les compagnies et leurs dirigeants ne font que se soumettre. Par exemple Soliane, s’il y a des hausses de prix ou des pénuries de produits, ils n’y sont pour rien puisque ces phénomènes obéissent à des lois naturelles. Personne n’y peut rien et n’est responsable de rien: c’est la nature qui le veut. C’est comme les tornades et les ouragans.     

Aussi, ma petite Soliane, l’économie de marché doit fonctionner sans irritants qui pourraient polluer l’environnement économique, comme des règlements gouvernementaux, des syndicats et des écologistes, qui, hélas, s’apparentent parfois à des groupes terroristes, des impôts et des taxes inutiles, etc. Bien évidemment Soliane, un État allégé et facilitateur aide à assainir la nature économique. Enfin Soliane, sache que les entrepreneurs ont tous un code d’éthique et un sens des responsabilités sociales très élevés. Ils ont mis sur pied, à cet effet, leurs propres organismes d’autoréglementation et d’autoévaluation volontaires qui veillent au respect de l’ordre. Merveilleux, n’est-ce pas Soliane? Tolérants comme le sont tous les capitalistes, ils peuvent accepter une certaine forme de socialisme dans le sens qu’ils peuvent daigner accepter de l’État des grosses subventions publiques afin de créer plus de richesse pour toutes et tous.    

Aussi, n’oublie surtout pas Soliane que les mêmes lois naturelles du libre marché vont automatiquement permettre une redistribution équitable de la richesse grâce à un juste rapport de force qui prévaut en tout temps entre les riches et les moins riches, les travailleurs et les employeurs, etc. Et s’il y a de petits accrocs, les politiciens sont là pour tout arbitrer et venir au secours des plus petits. Que c’est beau et que la richesse ruisselle. Comme le dit le poète, plus on donne de l’avoine au cheval, plus il va tomber des graines par terre au plus grand plaisir des moineaux.     

Un premier cas concret: l’internet et le sans-fil  

Oui, Soliane, les Canadiens et les Québécois paient plus cher qu’ailleurs leur internet et leur sans-fil. Mais attention Soliane, c’est plus que du bonbon ce que l’on a ici et on jouit d’un meilleur service que nous dit le triumvirat composé de Bell, Telus et Rogers. «Le gouvernement fédéral veut plus de concurrence dans le sans-fil».     

Mais il faut prendre garde aux chimères, nous dit un expert: «Communication sans fil. Plus de concurrence pourrait être coûteux dit un allié de Telus ».     

Oui Soliane, tu as vu juste, c’est un allié de Telus qui dit ça. Mais n’oublie pas que c’est avant tout un expert professionnel qui s’exprime. Alors, si c’est un expert qui le mentionne, c’est que ça doit être vrai. Trop de concurrence pourrait provoquer des faillites, des pertes d’emplois, des services à la clientèle moindres et de moins bonne qualité. Trop de concurrence, c’est comme pas assez...    

Soliane, il ne faut tout de même pas en arriver à une guerre sauvage entre agents économiques, ce qui manquerait de décorum et mènerait à la jungle. Tiens, je me rappelle qu’en 2007, Maxime Bernier, alors ministre conservateur de l’Industrie, avait déréglementé le marché de la téléphonie locale, et s’était exclamé, tout content : «Pour le libre marché. La guerre des prix favorisera les consommateurs, affirme le ministre fédéral de l’Industrie Maxime Bernier» (La Presse, 7 avril 2007). Ça fait seulement 12 ans de ça.     

Contrairement aux prétentions idéologiques de Maxime Bernier envers l’économie de marché, les analystes en 2007 s’étaient montrés moins enthousiastes que lui: «Déréglementation de la téléphonie locale. Pas de guerre de prix à l’horizon».    

Dans les faits Soliane, il n’y a pas eu de nouveaux compétiteurs. Bell et Telus ont plutôt augmenté généreusement leurs tarifs. Oui, oui, Soliane, le libre marché a profité à Bell et à Telus et pas du tout aux consommateurs, mais la beauté de tout ça est que le gouvernement a éliminé des obstacles et des irritants au petit marché libre. Marché libre, oui, mais restreint. Grâce au gouvernement conservateur, on a dépollué l’environnement économie. Il faut se montrer patient Soliane, un jour viendra qui fera apparaître d’autres concurrents qui feront baisser les prix.     

Ma dernière, Soliane, est une pièce de collection que j’ai ressortie de mes vieux articles de journaux, soit un article de journal qui date du 24 mars 2000 et qui s’intitule: «Pacte de non-agression Rogers-Shaw». Au premier paragraphe, il est écrit que «Rogers et Shaw ont conclu un pacte de non-agression qui leur permettra de se partager le pays pour mieux s’attaquer à Bell et à Telus, leurs plus grands rivaux».    

Une concurrence oui, mais remplie d’humanisme et de principes moraux élevés. Juste ça, ça vaut la peine de payer un peu plus cher qu’ailleurs. Il faut se faire concurrence, mais pas trop, car ça vire à l’agressivité sinon.    

Je vais encore m’entretenir d’autres merveilleux marchés dans des prochains textes, comme ceux de l’essence et des médicaments, dans lesquels des transnationales étrangères opèrent pour le plus grand bien de toutes et tous, et qui veillent sur nous et ma petite fille. Pourquoi ne suis-je pas devenu analyste sportif ou artistique? Il me semble que ma petite fille aurait fait montre de plus d’enthousiasme à mes enseignements.