/news/consumer
Navigation

Bell a trouvé son «permis de tuer»

Coup d'oeil sur cet article

L’achat du Groupe V Média par Bell Média permettra au géant des télécommunications d’accroître significativement sa présence dans l’univers télévisuel québécois francophone.

Cette perspective suscite des craintes dans l’industrie, car Bell détient non seulement une part importante de l’auditoire, mais aussi du marché publicitaire.

En acquérant V, les parts de marché de Bell Média grimperont d’environ 5 % pour atteindre 21 %.

En effet, l’hiver dernier, alors que toutes les chaînes proposaient une programmation originale, les parts de marché de V avoisinaient les 5 %, derrière TVA (25 %) et Radio-Canada (15 %), selon les données confirmées de Numéris, une firme chargée de calculer les cotes d’écoute.

Durant cette même période, celles des chaînes de Bell Media, qui détient Canal Vie, Canal D, RDS, RDS2, RDS Info, Z, Investigation, VRAK, Cinépop, s’approchaient des 16 %.

Des inquiétudes

La transaction entre Groupe V Média et Bell inquiète des observateurs du milieu, notamment en raison de l’essor fulgurant de Bell au cours des dernières années.

« Bell possède des chaînes payantes, spécialisées et généralistes en anglais, et payantes et spécialisées en français, résume une source juridique familière avec l’industrie. Tout ce qui leur manque, c’est une chaîne généraliste en français. Une fois qu’ils en acquièrent une, ils sont partout. Ils sont donc capables de faire des acquisitions de contenu à travers le monde en faisant miroiter des vitrines anglaises et françaises. Ils sont dans une situation de dominance telle qu’il y a un risque qu’ils soient capables de sortir les concurrents du marché. »

Un pesant d’or

« V, c’est une licence to kill [un permis de tuer] », poursuit cette source en reprenant le titre d’un film de James Bond. Dans le jargon du milieu, on parle souvent des licences que doivent obtenir les télédiffuseurs pour opérer.

« Des chaînes généralistes comme TVA, Radio-Canada, Télé-Québec et V, c’est puissant, reprend notre source. V, ça vaut son pesant d’or pour Bell. Ça lui permet d’entrer dans tous les foyers québécois. »

V (ou feue TQS) n’est plus la puissance qu’elle a déjà été, mais grâce à des téléréalités comme Occupation double et L’amour est dans le pré, qui ont enregistré des moyennes respectives de 659 000 et 642 000 téléspectateurs au cours du dernier calendrier télévisuel, la chaîne maintient sa place au sein du peloton de tête du petit écran.

Géants dangereux

Ex-directeur de l’information à Radio-Canada et aujourd’hui professeur invité au département de communication de l’Université de Montréal, Alain Saunier reconnaît que Bell Media deviendra un encore plus gros joueur s’il achète V Média. À son avis, cette transaction est toutefois loin d’être le danger le plus important qui guette le paysage télévisuel québécois.

« Je m’inquiète beaucoup moins de Bell Media que des géants du web comme Facebook, YouTube, Netflix et Amazon. C’est eux qui sont en train de définir la télévision de demain. C’est eux qui nous mettent sur la voie d’évitement. »

 

 

Sur le même sujet