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La complainte de Monia Chokri

Monia Chokri
Photo d'archives, Agence QMI Monia Chokri

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Quand le film de Monia Chokri, La femme de mon frère, est sorti récemment­­­ en France, j’étais là-bas en vacances.

Du coup, quand je voyais le visage d’Anne­­-Élisabeth Bossé collé partout, sur les colonnes Morris, ça me faisait un petit velours à mon identité québécoise.

Mais surtout, ne le dites pas à Monia Chokri. L’identité, le nationalisme, ce sont des valeurs qui l’horripilent... Même le mot valeur la dérange !

XÉNOPHOBES ET DANGEREUX

Dimanche dernier à la radio d’État, Monia Chokri a affirmé à Franco Nuovo qu’à sa sortie du conservatoire, elle n’était convoquée à aucune audition : « Avec mon prénom et mon nom de famille, j’étais un peu considérée comme une étrangère, une ethnie de service ».

Puis elle a fait cette déclaration surprenante au sujet des nationalistes. « Parler des valeurs, de nos valeurs... c’est quelque chose qui m’angoisse un peu, ces discours-là. Parce que d’abord, je les trouve xénophobes et dangereux. (...) C’est toujours un danger de rejeter l’autre parce qu’un jour, l’autre peut nous être utile. »

Encore une artiste qui associe les mots « valeur » et « identité » à la « xénophobie » et à la « peur de l’Autre ».

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Monia Chokri n’a pas ce rapport malsain avec le nationalisme, car elle a la chance, dit-elle, d’avoir une double identité (sa mère est québécoise et son père tunisien).

Le 15 juillet, la Tunisie a modifié sa loi sur le mariage. Une femme musulmane est maintenant autorisée à épouser un non-musulman­­­.

Mme Chokri, cette ancienne loi contre les mariages mixtes vous paraît-elle xénophobe ? Motivée par la « peur de l’Autre » ? Iriez-vous à la radio tunisienne dire que vous trouvez ce discours de valeurs « dangereux­­­ » ?

BOSSÉ HYSTÉRIQUE ?

Plus tard dans l’entrevue, Monia Chokri déplore qu’en France, de vilains critiques aient écorché son film. Ils auraient trouvé le personnage d’Anne-Élisabeth Bossé « hystérique » parce qu’ils sont « des hommes d’un certain âge, blancs, hétérosexuels ».

Pour m’amuser, j’ai tapé Monia Chokri et « hystérie » dans Google, et j’ai trouvé plein de références à des critiques écrites par des... femmes !

Dans 24 images, Apolline Caron-Ottavi­­­ parle de « l’hystérie qui peut surgir à tout moment, que ce soit via des personnages au bord de la crise de nerfs ou via un montage ultra saccadé ».

Dans Libération, Élisabeth Franck-Dumas­­­ parle de « montage hystérique » et qualifie le film d’« exaspérant ».

Catherine Balle, dans Le Parisien : « Souvent hilarants, les dialogues fusent, de manière parfois hystérique ».

Véronique Le Bris de Cine-Woman pose la question : « Pourquoi avoir fait de son héroïne une hystérique ? ».

Gwennaëlle Massle, dans Le Mag du Ciné, écrit que le film « passe de l’hystérie au découragement en quelques secondes ». Une autre titre carrément : Hystérie parfaite chez Monia Chokri.

À l’émission Le masque et la plume, Danièle Haymann (encore une femme !) a dit que Sophia était « odieuse et insupportable ». Dans Le Journal des femmes, une femme écrit : « L’hystérie névrotique provoque autant qu’elle enthousiasme ».

Monia Chokri pourrait peut-être arrêter de se faire passer pour une pauvre victime du vilain patriarcat.